Le Monde Diplomatique (Avril 2017)

Tellement heureux de cette nouvelle publication dans le Diplo. Un grand merci à celles et ceux m’ayant aidé pour ce travail, à Martine Bulard pour sa confiance.

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Les Chinois oubliés de la Grande Guerre

CHAPO

Le 17 février 1917, un sous-marin allemand torpille le paquebot français Athos près de Malte, faisant 754 morts dont 543 Chinois. Ces hommes devaient débarquer à Marseille et rejoindre un contingent non combattant de 140 000 travailleurs chinois. Une main d’œuvre largement méconnue.

Par Jordan Pouille *

* Journaliste

TEXTE

« L’accès des estaminets est interdit aux travailleurs indigènes chinois ». Un murmure de stupéfaction parcourt l’assemblée réunie dans une salle municipale archi comble de Saint-Valéry-sur-Somme, quand Mme Ma Li projette l’image de cet arrêté militaire français datant du 31 mars 1917. Quelques minutes plus tôt, cette professeure de l’Université du Littoral à Boulogne-sur-Mer montrait l’échange épistolaire entre un fonctionnaire et un élu du Nord, furieux d’avoir surpris plusieurs Chinois qui cultivaient leurs légumes sur les pâtures communales.

Ce soir d’octobre 2016, Mme Ma Li répond à l’invitation de la Société d’archéologie et d’histoire, car depuis son arrivée en France, en 2003, cette originaire de Canton enquête sans relâche sur la vie méconnue des 140 000 paysans chinois enrôlés en France, avec 400 interprètes, pendant la première guerre mondiale. Au même moment, l’empire russe en acheminait 200 000, via des recruteurs privés, jusqu’aux forêts de Sibérie, aux usines de Moscou, aux mines de charbon de Donetsk ou sur le chantier du chemin de fer reliant Saint-Pétersbourg au port de Mourmansk. Après l’effondrement du régime tsariste, 40 000 d’entre eux environ vont intégrer les forces combattantes de l’Armée rouge.

Ceux qui débarquèrent sur le sol français dès le 24 août 1916 doivent pallier le manque de bras dans les usines et œuvrer dans les bases arrière des armées alliées. Un officiel retraité des Troupes Coloniales, Georges Truptil, fut missionné à Pékin pour dénicher ces travailleurs. Il trouva un interlocuteur auprès de Huimin, une compagnie privée créée par des officiels chinois pour garder l’apparence de la neutralité de la Chine dans le conflit, proclamée par le gouvernement d’alors. Truptil fut rapidement suivi par les Anglais, qui s’appuyèrent sur des pasteurs anglicans installés dans les campagnes du Shandong, dans l’est de la Chine : « Ils recevaient une prime de 17 shillings par tête » affirme la chercheuse. L’Empire colonial britannique est rôdé à cet exercice : entre 1903 et 1910, celui-ci a expédié 64 000 travailleurs chinois vers les mines d’or sud-africaines.

Les témoignages que Mme Ma Li recueille en Chine auprès de 45 familles de descendants de travailleurs viennent compléter les informations distillées par les archives militaires. « 88% de ces Chinois étaient des paysans illettrés et ont subi eux aussi le traumatisme de la guerre. Ils ne parlaient pas beaucoup de leur expérience française et seuls quelques-uns ont laissé des notes. Leurs informations sont précieuses », affirme-t-elle. Et de préciser : « nous savons que ces travailleurs étaient, pour la grande majorité, originaires de la province du Shandong, et âgés de 16 à 40 ans. »

Quarante mille Chinois ont été placés sous autorité française, avec des contrats de cinq ans et un salaire de 5 francs par jour pour l’ouvrier qualifié, négocié par la CGT. Ils faisaient tourner les usines, comme les ateliers d’artillerie du Creusot, déchargeaient les bateaux dans les ports de Marseille, du Havre ou de Dunkerque puis creusaient les tranchées des Poilus, dans la Marne, sur le front de l’Est. 100 000 ont travaillé, pour leur part, sous commandement britannique pour des contrats de trois ans. « Les Anglais étaient les plus pingres. Jamais plus d’1,50 franc par jour alors que le danger était plus grand » dit Mme Ma Li, soit un dixième du salaire ouvrier français de l’époque.

Les Chinois au service des forces du Commonwealth entretenaient les routes et les rails de l’arrière-front mais creusaient aussi les tranchées de la Somme et l’Artois, ramassaient les dépouilles de soldats pour les enterrer par la suite. Autour de Lens et de la Crète de Vimy, dont s’emparèrent les Canadiens en avril 1917, les Chinois ont déminé les terres pour les rendre aux agriculteurs, ont évacué les gravats des villages bombardés pour faciliter le retour des populations civiles –  des éboueurs de guerre, en quelque sorte. Comme l’indique Mme Ma Li, « il était très dangereux de manipuler les obus non explosés. Or ils n’étaient pas payés pour une tâche pareille. Ces munitions étaient alors rassemblées dans des trous, puis recouvertes de ferraille et de terre à la va-vite. C’était leur technique ». Une pratique que nous confirme M. Frédéric Willemetz, démineur de la Sécurité Civile d’Arras. Avec quinze autres policiers, il déterre à plein temps les dépôts de munitions de la Grande Guerre, à travers les Hauts de France. « Surtout pendant la récolte des pommes de terre ou lorsqu’une pelleteuse de chantier enfonce son godet un peu trop profondément. Parfois on retrouve des obus vides mais gravés de dessins asiatiques… Un art lancé par les Poilus ».

Si la République de Chine – restée officiellement neutre dans le conflit jusqu’en août 1917 – a accepté un tel transfert de main d’œuvre, ce n’est pas par simple bonté d’âme. A l’issue des deux guerres de l’Opium et de la mise à sac du Palais d’Eté par les troupes anglaises et françaises, entre 1839 et 1860[i], les grandes puissances étranglent son économie. Elles contrôlent l’exploitation des chemins de fer, de nombreuses usines, coordonnent le prélèvement d’impôts et profitent d’enclaves territoriales comme Tianjin, Canton, Qingdao et Shanghai, sans parler d’Hongkong cédé à l’Empire Britannique en 1841. Après la Révolte des Boxers (1899-1901) contre l’occupation étrangère notamment, « on condamna la Chine à payer une indemnité de 67 millions de livres pendant 39 ans » détaille Ma Li. « Cet envoi massif de main d’œuvre vers la France va donc permettre de renégocier ce délai, d’obtenir le droit de revoir à la hausse ses tarifs douaniers pour favoriser ses industries, et de décrocher la promesse d’une participation à la Conférence de paix. » Celle-ci se tint à Versailles en 1919 mais ne permit pas à la Chine de récupérer le Shandong : la province passera des mains de l’empire allemand… à celles de l’empire japonais. Une cession insupportable pour les Chinois, aboutissant au soulèvement nationaliste du 4 mai. Certains de ses militants fonderont le Parti Communiste chinois deux ans plus tard, en 1921.

En France, la grippe espagnole, le choléra, les exécutions et de nombreux accidents décimèrent 20 000 des travailleurs chinois. Et c’est à Noyelles-sur-mer, un village à huit kilomètres de Saint-Valéry sur Somme, que l’on visite le plus grand cimetière chinois d’Europe – avec ses 849 stèles blanches ; il a été inauguré en 1921. A cet emplacement, aujourd’hui verdoyant, s’étalait un vaste camp de transit des Chinois sous commandement britannique. Une fois leur contrat terminé, les survivants rentraient au pays.

Lors d’un séjour au Shandong, Mme Ma Li a découvert que des dizaines de ces travailleurs avaient emporté une fiancée française. « Ils entretenaient des relations avec les Françaises. Certaines offraient leurs services contre l’équivalent d’un mois de salaire. D’autres cherchaient une relation stable auprès d’hommes jugés doux et courageux. Il faut dire qu’après la guerre, beaucoup de soldats français démobilisés ont sombré dans l’alcoolisme. » Quelle ne fut pas leur surprise quand ces migrantes réalisèrent sur place que leurs compagnons étaient déjà mariés. « Elles se retrouvaient littéralement concubines et beaucoup allèrent se plaindre à l’ambassade de France », précise Mme Ma Li.

Moins de 1800 travailleurs chinois ont choisi de rester sur le sol français. Tous étaient en contrat pour l’armée française qui, contrairement aux Britanniques, leur offrait une possibilité de s’installer. S’en suivent des intégrations surprenantes. Parmi eux, un certain Tchang Tchang Song, dont l’un des douze enfants est installé à Malakoff. « J’ai grandi à La Machine, dans la Nièvre, où mon père s’est fait embaucher comme mineur de charbon. Là-bas, nous étions tous des gueules noires, on ne se posait pas de questions sur ses origines et toutes les nationalités coexistaient », raconte M. Gérard Tchang, 74 ans. Ce n’est qu’à l’âge de la retraite qu’il s’est intéressé à son identité chinoise. « Avec ma femme, nous avons passé de longues journées aux archives du Service historique de la défense, à Vincennes. Nous avons retrouvé le bateau qui avait emmené mon père, âgé de 20 ans, de Nankin à Marseille en 1917. Après ses trois mois de trajet, l’armée française l’a envoyé à Suippes, dans la Marne, pour creuser les tranchées des Poilus. » Trois ans plus tard, Tchang Tchang Song choisira de rester. Il deviendra mineur et rencontrera la jeune Louise, « avec qui il décrochera la médaille d’or de la famille française » précise Gérard Tchang, encore plus fier du passé de résistant comme Franc-tireur partisan (FTP) de son père, pendant la seconde guerre mondiale.

A Ventabren, près d’Aix-en-Provence, Mme Christiane Galas, 87 ans, conserve elle-aussi le souvenir d’un père héroïque : « Il s’appelait Tong Xuan Peng et est devenu orphelin à 6 ans. Il est arrivé en France comme interprète, tandis qu’il apprenait les langues à Hongkong. C’est une belle affiche lui promettant l’aventure qui l’a convaincu au départ. Mais il ne s’attendait pas à la guerre. » Parce qu’il baragouine le français et maitrise cinq dialectes chinois, Tong Xuan Peng sert d’intermédiaire entre les travailleurs et les officiers. Un pistolet lui est même fourni, en cas de mutinerie. Il quitte l’armée en 1921, avec un permis de conduire. Et devient chauffeur de notables. « Mon père tombe alors amoureux d’une nourrice luxembourgeoise qui s’occupait du bébé d’une femme médecin à Paris ». Le couple s’installe ensuite dans le Midi et Tong Xuan Peng devient cuisinier au Grand Hôtel de Salon-de-Provence. « Dès qu’un Asiatique lui était signalé, il l’invitait à la maison. Nous avons souvent eu à déjeuner certains de ses “frères” déracinés. À la fin des années 1950, Peng se rendait régulièrement au camp des rapatriés indochinois de Saint-Livrade, pour aider les plus démunis dans leurs démarches administratives, ou pour traduire des lettres. » Mme Galas parle d’un père obsédé par l’instruction : « Il nous emmenait voir les opéras classiques après avoir âprement négocié le prix du billet et nous forçait à jouer plusieurs instruments » Sa mère meurt brusquement, à 43 ans, laissant Tong Xuan Peng veuf à 53 ans. « Il prendra en charge les mariages de mes frères et retapera des maisons en ruine pour nous laisser à chacun un pécule. » Mme Galas a tenu un laboratoire photo réputé, avec son époux. Agnès, l’ainée de ses trois filles, est devenue enseignante-chercheuse à l’université d’Aix Marseille. Elle participe désormais à un projet européen de partage des pratiques innovantes d’enseignement avec l’Asie. « Un tout petit clin d’œil à la Chine » dit-elle.



[i] La première guerre de l’Opium (1839-1942) menée par le Royaume Uni, la seconde guerre (1856-1860) par le Royaume Uni, France, Etats-Unis, obligent la République de Chine à ouvrir 27 zones d’influence et à céder Hongkong au Royaume Uni. Ma Li parle de « semi-colonisation ».

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Enquête après la démission de l’évêque Gaschignard

desc_247815-0.imgEdition 3737. La Vie.

Depuis la démission de Mgr Gaschignard, l’évêque de Dax, pour « des attitudes pastorales inappropriées », l’institution locale et les fidèles ont bien du mal à encaisser la nouvelle. Reportage à travers le diocèse des Landes.

Trois rameaux à la main, un vieil homme en complet gris marche péniblement vers la cathédrale. « Chez nous, c’est le laurier qu’on apporte pour être bénit. Vous en voulez ? »Gérard L. est dacquois, ancien directeur commercial d’une entreprise de BTP. « J’ai acheté le journal local, ils défendaient presque l’Église, comme s’ils se serraient les coudes. Ma femme et moi, on a trouvé dès le début un peu déplacée toute cette énergie déployée par Mgr Gaschignard auprès des jeunes depuis son arrivée en 2012. Est-ce vraiment le boulot d’un évêque d’aller s’offrir des sorties avec des ados, des marches, des concerts ou des nuits sous la tente ? Maintenant que l’évêque est cuit, je ne sais pas ce qu’ils vont en faire… Regardez tous ceux qui rentrent dans la cathédrale. La plupart estiment et soutiennent Mgr Gaschignard. Ce sont surtout des anciens… »

Désarroi dans le diocèse

Pour entamer cette messe des Rameaux, dans une cathédrale bondée, le père Bruno Portier a choisi d’aborder ce séisme de manière feutrée, le temps d’une brève homélie. « Les récents évènements nous rappellent que l’humanité est pécheresse et fragile. » Plus tard, le prêtre nous expliquera son intention : « Je me suis dit qu’il fallait vivre ça dans le cadre de la Passion du Christ, dans la spiritualité de cette semaine sainte. Pensons à cette foule qui acclame le Christ puis lui jette la pierre le lendemain. Il faut voir les choses avec la raison et non la passion, c’est-à-dire ne rien amplifier ni minimiser. Contrairement à ce que des paroissiens pensent, les médias ne veulent pas casser l’évêque. Il y a des faits et Rome ne décide rien à la légère. Dans mes mots, j’ai pensé particulièrement aux jeunes troublés et à tous ceux qui viennent me voir après chaque messe pour exprimer leur désarroi. Cette décision était la bonne ».

Depuis que le pape François a accepté la démission de Mgr Gaschignard jeudi 6 avril, les paroissiens de Dax semblent traversés par toutes les émotions : stupéfaction, instinct de survie, colère, tristesse et consternation. Parallèlement, la langue de bois n’a cessé d’accompagner la communication de leur diocèse. Le scénario de la « fatigue liée à diverses causes » a été défendu jusqu’à la dernière minute auprès des médias, quand bien même l’évêque, au fait de signalements adressés à l’archevêché, organisait une réunion de crise dès le 24 mars, avec son vicaire général.

Ce samedi, une cinquantaine de jeunes du diocèse des Landes entamait une marche de onze kilomètres, suivie d’un concert de pop louange dans l’abbatiale de Saint-Sever et d’une nuit au gymnase municipal. La présence de l’évêque était initialement prévue. À sa place donc, le vicaire général Denis Cazaux, qui n’avait pas manqué d’enjoindre les participants, ados et parents, à ne pas répondre à nos éventuelles questions. S’en est suivie une étrange procession, durant laquelle nous marchâmes en retrait, près d’une voiture-balais, escorté par Paul Perromat, le responsable de la communication. Le laïc s’attardait là encore sur un évêque apparemment exemplaire : « Jamais nous n’aurions pensé que le Pape allait nous envoyer un jeune évêque, dynamique et sportif. L’année de son arrivée, il a participé à la course qui ouvre les fêtes de Dax. Il y a un mois, sur le ton de la plaisanterie, il disait “Je suis encore là pour 25 ans” ».

Nous avons laissé ce groupe dans l’église Notre Dame d’Audignon. Là-bas, une sœur de la communauté du Chemin Neuf accueillait le jeune auditoire. Aucune évocation de l’affaire, rien sur cet homme d’Église que les jeunes ont si souvent côtoyé. Juste le récit de sa propre vocation et son enchantement devant le spectacle du printemps. « Cette affaire, nous en avons déjà assez entendu comme ça ! », estimait la religieuse, avec un sourire forcé.

De quoi parle-t-on précisément ?

L’affaire Gaschignard ne serait pas sortie sans l’action de Sébastien Boueilh, enfant du pays, ancien rugbyman et co-fondateur des « Colosses aux pieds d’argile », une association d’aide aux jeunes victimes d’abus dans les milieux sportifs. Les bureaux de son association sont à l’étage d’un complexe ludique, où s’enchaînent les goûters d’anniversaires. L’homme regarde son interlocuteur droit dans les yeux, comme s’il le passait au scanner. « Nous faisons de la sensibilisation dans les écoles et les clubs sportifs. Depuis cinq ans, j’explique ce qu’est un pédophile, un viol, un attouchement, un propos condamnable. Et je garde toujours un quart d’heure à la fin pour qui veut me parler individuellement. Ils savent que j’ai été victime d’abus pendant mon adolescence et se sentent en confiance. Une fois donc, une gamine de 15 ans est venue me voir. Elle me disait que l’évêque lui avait caressé la cuisse avant de l’embrasser sur la joue en lui murmurant des choses. Ça l’avait beaucoup troublée. Elle n’osait pas en parler à ses parents mais voulait que j’aille voir moi-même un curé qu’elle connaissait. »

Le prêtre ainsi alerté s’est avéré être lui-même au courant d’un autre épisode troublant. En confession, l’évêque aurait demandé à un adolescent de 14 ans s’il se masturbait, à quelle fréquence, s’il avait déjà consulté des sites pornographiques gays ou fait l’amour avec sa petite amie. Un autre clerc du diocèse tente de justifier : « Aujourd’hui, on est dans une société où on parle d’éducation sexuelle de façon purement technique à des enfants de 7 ans à l’école, et on se scandalise qu’il ait abordé le sujet, comme évêque, avec un adolescent ? Et s’il voulait seulement lui donner des repères, lui parler de la vision chrétienne de l’amour ? »

Sébastien Boueilh poursuit « Le prêtre est allé voir le cardinal, à Bordeaux. Là-bas, une animatrice lui avait aussi rapporté d’autres agissements. » On connaît la suite : le cardinal Jean Pierre Ricard, archevêque métropolitain de Bordeaux, a transmis l’affaire au Nonce apostolique mais aussi au Procureur de la République de Dax. « Mgr Gaschignard est allé lui même se présenter au Procureur de la République de Mont-de-Marsan. Cela montre qu’il a fait preuve d’un certain sens des responsabilités… », tempère le père Bruno Portier.

Anecdote surprenante : l’évêque avait rencontré ce même Sébastien Boueilh, juste avant Noël. « Trois mois avant que je ne parle à cette gamine, l’évêque a demandé une entrevue, au nom de son diocèse. Je suis donc allé lui parler, pendant une heure. Un peu plus tard, quand j’ai dressé un bilan d’activité devant les autres membres de mon association, j’ai dit que selon moi, il avait organisé cette rencontre pour avoir bonne conscience. » Il conclut, évoquant des cas autrement graves : « D’habitude, les témoignages que nous recevons traitent d’hommes déjà décédés. J’ai le cas d’un autre prêtre. Je sais qu’il a fait beaucoup de dégâts dans le département. Son nom revient souvent. La dernière fois, avec mon association, nous sommes allés dans un club, pour une remise de prix. Une dame est venue me voir pour me reparler de ce type. Elle semblait remuée. À l’époque, le curé était plus important que le maire de village. Il mangeait chez les gens, avait la confiance de tous. Ce sont souvent des gens qui sont serviables, engagés, arrangeants… ».

L’été dernier, en rentrant des Journées Mondiales de la Jeunesse de Cracovie, des participants ont pu voir l’évêque se saisir d’un tuyau d’arrosage et asperger copieusement un groupe de jeunes. « Des parents ont jugé ce comportement bizarre et m’en ont parlé », concède le père Bernard Hayet, chancelier du diocèse. Et d’ajouter : « Hier encore, un jeune est venu vers moi et m’a dit : “Des copains me racontent qu’il y a eu des trucs à Cracovie, mais moi je n’ai rien vu.”… Quand il était avec des jeunes, il prenait un coup de jeune. Un évêque dans l église il voit que des vieux. Il n’a pas su maîtriser sa relation au jeune.». Un autre prêtre du diocèse confirme cette impression : « Il allait toujours vers les jeunes. Pourquoi pas ? Mais le boulot d’évêque, c’est aussi de s’adresser à des adultes. Or on avait l’impression qu’il fuyait plutôt leur compagnie. » À Lourdes, aux JMJ de 2013, Mgr Gaschignard s’est livré à un déconcertant « Paquito » (voir la vidéo ici). Cette tradition du sud-ouest consiste à se jeter sur une foule assise par terre, en file indienne. La personne est littéralement soulevée et transportée en position allongée, par plusieurs dizaines de bras. Rien de répréhensible, mais une illustration de plus du rapport étroit de l’évêque avec la jeunesse.

Très proche des jeunes

« Lors d’une sortie avec une classe de cinquième, il a demandé aux enfants qui ne voulaient pas devenir prêtres de se jeter sur lui, dans le foin, comme ça », rapporte un prélat, sous couvert d’anonymat. C’est ce même contact physique, répété, qu’avaient signalé quatre familles à l’évêque de Toulouse, où Hervé Gaschignard œuvrait comme évêque auxiliaire, de 2007 à 2012. France 3 a parlé « de bagarres au sol, pendant un stage de VTT en 2011 ». Une enquête a été menée puis classée sans suite : « Pas d’attouchement ni d’agression sexuelle », a relevé le Parquet.

Très actif dans la « Pasto » landaise, le Père Louis Cazaux, 51 ans et prêtre de la paroisse d’Amou, à une quarantaine de kilomètres de Dax, explique que le ciel lui est tombé sur la tête. En février dernier, lors d’un camp ski de cinq jours destiné aux 13-14 ans, l’évêque était encore et toujours là. « C’est vrai que de temps en temps, il se mettait à l’écart avec les jeunes. Mais aucun d’eux ne m’a rapporté quoi que ce soit. Pas la moindre geste, ni la moindre allusion verbale ! »

L’Église va-t-elle en ressortir plus forte ? Bruno Portier : « Je me dis que ce sont des faisceaux de choses établies, arrivées à un point où il fallait vraiment en parler. Je trouve que la démarche choisie a été la bonne. Ceux qui savaient ont très bien agi en allant voir les responsables de Bordeaux, un échelon au-dessus de notre diocèse. Eux-mêmes l’ont signalé au Nonce mais aussi au Procureur. Ce cheminement est le bon ». Le Procureur a ouvert une enquête préliminaire « afin d’entendre les jeunes et leurs familles mais aussi les éducateurs, prêtres, témoins associations et toutes les personnes susceptibles de participer à la recherche de la vérité ». Ce mardi, le diocèse invitait un animateur en relations humaines, pour offrir « des temps d’écoute individuels » et mieux palper le moral des paroissiens.

À quel moment du petit geste passe-t-on à l’inacceptable ?

Le père Louis Cazaux sait que cette démission va déboucher sur une vigilance plus grande parmi les prêtres. « Moi qui aime bien parfois m’amuser avec les enfants, les prendre sur les épaules, il va falloir que je fasse attention. Par exemple, l’autre jour, j’ai expliqué la préparation du baptême à un petit de trois ans et il est venu dans mes bras. Heureusement qu’il y avait les parents car maintenant, cela peut être gênant. À quel moment du petit geste passe-t-on à l’inacceptable ? » Le prêtre termine des funérailles à Azargues. Deux dames le remercient chaleureusement pour la cérémonie, tandis qu’il regagne sa Renault noire. « Tout cela est douloureux pour nous mais il valait mieux que ça éclate. Comme dit Saint Jean, la vérité nous rendra libres. »

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Quand les Chinois de France s’éveillent à la contestation

Parution La Vie – avec Henrik Lindell

Depuis la mort de Shaoyao Liu, des voix s’élèvent pour réclamer plus de considération à l’égard de la communauté asiatique installée en France.

desc_247411-0.imgPluie battante sur la place de la République. En ce vendredi soir, les nombreuses bougies en hommage à Shaoyo Liu – ce père de cinq enfants tué chez lui par un policier le dimanche 26 mars, dans des conditions faisant l’objet d’une enquête – peinent à rester allumées. Cao Hua Qin, alias « le Gros », surveille son portable et attend une foule qui ne viendra pas. Cet homme trapu, que les autorités ont rapidement présenté comme un mafieux infiltrant la communauté chinoise, s’affiche volontiers en défenseur de celle-ci. Depuis qu’il a purgé sa peine de prison pour paris illégaux, cet habitant d’Aubervilliers rapplique à la moindre agression de compatriote, afin d’afficher son soutien et dissuader, espère-t-il, toute récidive.

Les trésors de Tamara Lui

Le Gros est en colère. « On est en guerre ! On se battra jusqu’à la fin du monde », vitupérait-il dimanche sur Weibo, un réseau social chinois. « Oui, mais contre qui, contre quoi ? », lui répondit Tamara Lui, du tac au tac. Arrivée en France à 19 ans pour y étudier, cette journaliste de 50 ans et mère de famille préside l’association Chinois de France, Français de Chine. Fin octobre, elle animait un festival de documentaires chinois à Paris. À chaque épisode de violence qui touche un ressortissant chinois, c’est elle que les plateaux télé et radio invitent. Devant les caméras, madame Lui déploie des trésors de sagesse et de pédagogie.

Les rassemblements répétés de Chinois en soutien à la famille de Shaoyao Liu n’y échappent pas. « En mai 1968, il y avait des jeunes avec des idées sur la table. Là, on se révolte avant même la fin de l’enquête judiciaire, et ce drame est devenu une affaire d’État. On voit des jeunes se bagarrer avec les CRS, des vieux s’interposer et Pékin, si prompt à soutenir la famille Liu, s’effacer peu à peu. Le régime n’ira jamais cautionner la défiance de ces jeunes vis-à-vis de la police. Cela pourrait donner des idées. » Tamara Lui veut servir de pont entre vieux et jeunes Chinois. Écrivains publics, soutien scolaire, repas de quartier : elle planche sur des actions simples d’entraide générationnelle. Une subvention d’État lui a été allouée. « Les jeunes se rebellent sans vraiment réfléchir. Mais les vieux confondent intégration et discrétion ! Beaucoup n’ont jamais demandé la nationalité française malgré leur éligibilité. Ils ne s’impliquent pas dans la vie publique en prétextant toujours que ce sera le travail de la génération d’après. » 

Racisme ordinaire

« En tant que Française née de parents chinois, la mort de ce père de famille me choque par son traitement médiatique » , dit Sophie Yang (le nom a été changé), 25 ans. La jeune femme vient d’achever de brillantes études littéraires à la Sorbonne et enchaîne les stages. « D’emblée, des journaux ont laissé entendre que les personnes indignées par cette tragédie étaient manipulées. Comme si leur colère était illégitime. » Depuis lors, la jeune femme est devenue plus vigilante. Elle prend conscience jour après jour de petites injustices dont elle ne se souciait guère auparavant. Par exemple, les réunions dans la (belle-)famille ne passent plus comme une lettre à la poste. « Mon ami est blanc, son père est breton. L’autre jour, quelqu’un cherchait un dessert… Du riz au lait. Alors l’oncle de mon ami a blagué en disant : “Demandez à Sophie !” J’en ai discuté ensuite avec ma belle-mère. Je lui ai dit qu’on aurait jamais osé parler du copain de sa cousine, congolais, en clamant : “Les bananes ? Demandez à Paul.” J’avais touché à un tabou et elle semblait outrée… En clair, les blagues sur les Asiatiques sont légion, car nous laissons passer. La génération de ma mère est du genre à ne jamais porter plainte pour une insulte, à ne pas créer le scandale. J’aimerais que les médias s’émeuvent de Shaoyo Liu comme ils se sont émus du jeune Théo. » 

C’est une colère semblable qu’exprime Patrick Huang, né en France de parents chinois, âgé de 23 ans et déjà patron d’une boutique de vêtements à Aubervilliers, rue de la Haie-Coq. La commune héberge la première plate-forme import-export de textile d’Europe. Pour ceux qui y travaillent, les agressions violentes, commises par des jeunes d’autres minorités, font partie du quotidien. « Ils débarquent en scooter du quartier voisin et s’emparent d’un sac, après une série de coups. » Le 12 août, Chaolin Zhang, un couturier de 49 ans, mourrait dans ces circonstances.

Selon Patrick Huang, cependant, la violence contre les Chinois n’est pas forcément en augmentation. Ce qui a changé, c’est le fait d’en parler haut et fort. « Contrairement à nos parents, nous qui sommes nés ici ne supportons plus l’injustice. Le ras-le-bol s’installe. » 

Le réseau d’entraide de Rui Wang

À 29 ans, Rui Wang a franchi toutes ces étapes. Son parcours identitaire est bien plus avancé, par la grâce de plusieurs faits marquants. « Je suis arrivé en France à l’âge de 7 ans. J’ai grandi à Pantin, j’étais bon élève et en phase avec le modèle d’intégration républicain. Mes parents ont été régularisés au bout de 10 ans et ont ouvert un restaurant à Paris. Puis j’ai fait les démarches de naturalisation et cela m’a ébranlé. La préfecture de police de Bobigny m’a traité brutalement, comme si j’étais l’un de ces migrants qui arrivaient clandestinement. Plus tard, à l’approche des Jeux olympiques de Pékin de 2008, des familles blanches avec lesquelles j’ai grandi ont commencé à m’interroger sur les droits de l’homme en Chine. Mes pairs me désignaient subitement comme un étranger, cela m’a fait beaucoup réfléchir et a refaçonné mon identité. » Avec des amis, il monte l’Association des jeunes Chinois de France. « C’est devenu une guilde de 500 membres, un lieu d’entraide pour constituer un réseau, se préparer aux concours des grandes écoles, se forger un capital social, culturel, voire économique. Nous réunissons des jeunes Chinois de Wenzhou, d’ex-Indochine et de Mandchourie, ces minorités qui d’ordinaire ne se côtoient même pas. Cette association me permet d’être en phase avec toutes mes identités. » 

La première vague d’immigrés chinois remonte à la Grande Guerre. À partir de 1917, l’armée française et son alliée britannique fait venir 140 000 paysans du Shandong pour pallier le manque cruel de main-d’œuvre. Seulement 1 800 hommes s’installeront alors en France. Dans le salon coquet d’un pavillon ouvrier de Malakoff, entouré de photos de famille, Gérard Tchang, 74 ans, nous parle de ses origines : « Après avoir creusé les tranchées dans la Marne, mon père est devenu mineur de charbon à La Machine, dans la Nièvre. Il y a rencontré Louise, ma mère, et ils ont élevé 12 enfants. À la maison, il ne parlait jamais de la Chine. Dans les corons, se côtoyaient déjà toutes les nationalités… Nous étions juste des gueules noires. » 

C’est à l’âge de la retraite que monsieur Tchang s’est intéressé à ses origines. Avec son épouse, il est allé fouiller dans les archives de la Défense nationale. « Puis j’ai entamé des démarches pour que mon père obtienne la Légion. On m’a répondu qu’il était trop tard. Sachez que Tchang Tchang Song a creusé les tranchées des poilus puis qu’il s’est engagé dans la Résistance, avec Roger, l’un de ses fils. Moi, j’ai combattu pendant la guerre d’Algérie. Alors quand j’entends maintenant débattre, en haut lieu, de l’identité nationale, j’ai de quoi me sentir offensé. »

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Parution Phosphore

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Parution La Vie

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Au Pérou, les paysans face à un géant minier (chinois) – La Vie

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Aux portes de Sciences Po

Hier, à l’invitation d’un confrère, j’ai participé à un atelier d’une quinzaine d’élèves,  en terminale aux lycées Simone de Beauvoir à Garges-lès-Gonesse et Louise Michel à Bobigny. A mes côtés, une journaliste chevronnée d’RMC, un avocat en droit du sport, un cadre marketing chez l’Oréal. Face à nous donc, des ados de lycées classés ZEP, ayant signé une convention avec Sciences Po. Ces jeunes urbains, de parents issus de l’immigration, se préparent à un premier oral. Certains convoitent déjà les métiers du droit, de la diplomatie, de la communication et des médias.

Très vite, j’ai été impressionné par leur intelligence, leur vivacité d’esprit. Ce ne sont pas des gamins inertes devant l’actualité. Ils ont un esprit critique, lisent énormément et comprennent bien des choses dont je ne me souciais guère à leur âge.

A leur âge pourtant, j’avais à peu près les mêmes indignations. Fils d’ouvrier, étudiant en hypokhâgne, je découvrais subitement les codes sociaux des élites sans en être issu, j’appartenais au Conseil Départemental de la Jeunesse du Nord et je militais bien sagement pour une société plus tolérante. Avec des amis dont les parents venaient d’Algérie ou du Maroc, nous faisions des testing à l’entrée des discothèques et organisions un modeste “Festival de la citoyenneté”, le terme étant très à la mode à l’époque.

Hier donc, entre deux questions liées aux métiers, l’identité nationale, le voile, l’empathie jugée inégale selon le lieu d’un attentat ont émaillé les questionnements des adolescents. Avec une défiance vis à vis des média. Mais pas vraiment de crainte face au chômage. Ces lycéens de ZEP ont deux grandes richesses – l’envie de réussir et la double culture. Je leur souhaite d’en faire le plus bel usage.

J’ai eu la chance d’être formateur un semestre à l’Ecole de journalisme Sciences Po. Une chose m’avait frappé en arrivant: l’uniformité des sujets de reportage imaginés par les étudiants. La majorité voulait raconter la gastronomie française, suivre un chef étoilé à Paris. Deux ans après, tous sont en poste. Je souhaite donc à ces jeunes de rentrer à Sciences Po, de ne pas trop s’inquiéter pour leur avenir et de rester eux-mêmes le plus longtemps possible.

Je ne peux m’empêcher de dresser des parallèles avec la jeunesse rurale. Quels sont les outils mis à leur disposition pour embrasser l’avenir? Est-ce qu’un ado, dans un lycée technique à Saint-Gervais d’Auvergne, devant des machines vétustes, aura une réelle opportunité d’ascension sociale dans une économie de plus en plus complexe et numérisée? Lui fera-t-on miroiter autre chose qu’un job peu qualifié à “Perpette-les-Oies”?

Lecture intéressante:

‘Sciences Po: 15 ans après, que sont devenus les étudiants en Convention Zep?’http://www.letudiant.fr/etudes/iep/sciences-po-fete-15-ans-que-sont-devenus-les-etudiants-conventions-zep.html

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La Vie – Retrouver un emploi après 50 ans

Merci à La Vie d’avoir accepté mon idée et de m’avoir donné les moyens de la concrétiser. Ce fut également l’occasion de rencontrer le photographe Olivier Touron, avec qui j’espère collaborer de nouveau. BV Ouverture Travail des Seniors-4-page-001BV Ouverture Travail des Seniors-4-page-002BV Ouverture Travail des Seniors-4-page-003

BV Ouverture Travail des Seniors-4 (pdf – janvier 2017)

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Ana est devenue assistante de vie

On pénètre dans cette maison blanche en grimpant un escalier de pierre. Dans le salon, une vieille dame en robe à fleurs regarde un documentaire sur les baleines à bosse. Elle est assise sur un fauteuil roulant, à côté de son lit.

Sur sa tablette recouverte d’une dentelle blanche sont alignés une télécommande, un téléphone et un sifflet pour appeler Georges, son mari, ancien boucher décédé à l’automne dernier. « Je le garde en souvenir ». Depuis son balcon, s’étend la baie ensoleillée de Fréjus-Saint-Raphaël.

Madame passe donc ses paisibles journées avec Ana, une aide à domicile ou « assistante de vie », installée à Bagnols en Forêt, sur les contreforts de l’Estérel. “C’est une femme très gentille. D’ailleurs, si elle ne l’était pas, elle ne serait pas là” précise la vieille dame avec l’accent du midi. Ana a d’abord été secrétaire dans une entreprise de fourniture de bureau. A 40 ans, elle perdait son mari (d’un cancer), puis son emploi (licenciement économique). Une amie lui proposa de faire des remplacements, certains weekends, avant de lui conseiller de passer une formation ADVF.

Aujourd’hui, Ana navigue entre deux dames âgées. Elle démarre à 8h30, prend une longue pause à midi, pour rejoindre ensuite une autre bénéficiaire, jusqu’à 19h. Elle accepte de temps en temps des veilles de nuit.

Ses bénéficiaires vivent ou ont vécu à Saint-Raphaël. Toutes ont plus de 85 ans. Certaines souffrent d’Alzheimer. « Ce n’est pas toujours paisible. Avec cette maladie, des personnes peuvent se montrer agressives subitement. Il faut apprendre à les gérer avec tact. Par exemple, j’ai une dame qui ne peut plus rester chez elle. La démence s’est vraiment installée. Je lui prépare les repas mais elle oublie de manger. Quand j’arrive, des fois, je la trouve toute nue. Elle veut absolument sortir et je dois fermer les portes, la retenir. Ces personnes nécessitent une prise en charge 24h sur 24h. Même si le Conseil Général participe, c’est souvent très coûteux pour les familles car les bénéficiaires sollicitent beaucoup de professionnels ». Dans cette maison blanche, pour cette vieille dame qui a presque toute sa tête, ce sont trois assistantes qui se relaient, sept jours sur sept.

Quand la personne décède ou qu’elle est placée en Ehpad, le contrat d’Ana se termine. C’est une fin de cdd. “Même avec des attestations employeurs, j’ai bien du mal à faire reconnaître mes droits chez Pole Emploi. Je suis déjà restée six mois sans indemnité. Ce n’est jamais facile de rebondir tout de suite”. L’hiver, l’aide à la personne – du gardiennage au partage de repas –  constitue le premier employeur de Saint-Raphael.

Pour autant, Ana apprécie cette reconversion. « J’aime ce métier car il a du sens. Je suis arrivé à un moment de ma vie où j’ai absolument besoin de savoir que j’apporte quelquechose ».  Ana montre un petit cahier, le carnet de liaison des assistantes de vie, destiné à la famille vigilante et sur lequel chacune rapporte les soins du quotidien, les visites, comme l’artisan qui est passé réparer la machine à laver, le jardinier venu élaguer le palmier, les roses rouges déposées sur la tombe de Georges. Tout est inscrit.

Ana est aussi maman. Sa fille a 21 ans. Après un passage en fac de lettres, la voici en BTS de management à Montpellier. « Elle m’appelle souvent Mère Thérésa pour me taquiner mais elle sait que j’ai enfin trouvé ma voie ».

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Fighter

bruno germain

Bruno G. Après deux années et demi de chômage, cet ancien ingénieur est retourné à l’école. Ce fut le choc culturel: ses camarades avaient trente ans de moins et maniaient une langue informatique qu’il ne connaissait pas. A 53 ans, il en ressort avec un job de développeur d’applis – il remplace une dame en congés mat’- et espère pérenniser son contrat. #reportage#fighters #photography

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