La Chine invente les villes fantômes

Posted 31 Jul 2010 — by admin
Category reportage, societe

En plein désert et bien loin de Pékin, des officiels zélés dépensent des milliards pour construire des villes dont personne ne veut. Pourquoi faire? Reportage à Ordos, où l’argent du charbon finance sa démesure puis à Qingshuihe, ville morte-née en 2007, et qui n’accueille guère que des chèvres à cachemire.

Publié dans Marianne samedi 31 juillet 2010 (sujet d’ouverture monde – 4 pages) . Textes et photos Jordan Pouille. 

Plus de photos (Jordan Pouille Tous droits réservés) ici:

Ci-dessus: le chantier de la ville nouvelle de Kangbashi, à 25 kms de Dongsheng, district d’Ordos.
Ci-dessous: l’échec de Qinshuihe. La municipalité s’est ruinée en rêvant d’une ville nouvelle qui ne sera jamais terminée.

Pour consulter toute la série, commander : jordanpouille @ gmail.com

Une semaine avec les curés souterrains de Mongolie intérieure

Posted 29 Jul 2010 — by admin
Category religion

Depuis janvier, l’Association Patriotique de Chine, en charge des affaires religieuses, multiplie les ordinations d’évêques en communion avec Rome. Curieux effort quand on sait que Pékin refuse toujours toute relation diplomatique avec le Vatican. La province de Mongolie Intérieure est montrée en exemple avec déjà deux ordinations cette année. Pourtant, à l’extérieur des villes et de leurs cathédrales, les curés souterrains sont toujours traqués par la police. Nous sommes partis à la recherche d’un curé porté disparu. Découvrez avec nous l’existence de villages catholiques laissés à l’abandon, de séminaires clandestins et d’irréductibles fidèles au Pape devenus bâtisseurs d’églises souterraines, malgré les descentes de police répétées. La Vie du jeudi 29 juillet 2010.

In English: 

The Patriotic Association, which is in charge of religious affairs in China, has been ordaining 5 bishops since january, with the Pope’s approval. This so-called reconciliation between the Official church and the underground catholic church is even more surprising as Beijing still rejects any kind of diplomatic link with the Vatican. The province of Inner Mongolia has appointed 2 bishops last spring and is now regarded as a model region for Chinese catholics. Meanwhile, outside cities and their cathedrals, undergrounds priest don’t get to see this reconciliation at all. Outside Hohhot, some of them are being chased by local police: threats, bribes and fines being part of their everyday life. For our report, we went to the countryside to search for a missing underground priest who had been put on a “wanted list” by local authorities. We slept  in remote catholic villages, visited illegal seminaries and temples, were invited to catholic funerals and met fearless believers eager to build their own churches to compete with the official church. The story was first published in the print edition of French magazine La Vie, on July the 29th. I own the pictures and would be glad to tell my experience again in an english speaking publication.


Text and pictures by Jordan Pouille (jordanpouille @ gmail.com)

La cathédrale de Hohhot interdite aux journalistes lors d’une récente ordination.

Village catholique de Wang’Ai

Séminaire clandestin quelque-part en Mongolie Intérieure.

En Chine, du brut et des étoiles

Posted 26 Jul 2010 — by admin
Category politique

Bizarrement, une marée noire chinoise est beaucoup moins sexy qu’une marée noire américaine. Nos média s’y attardent peu; et ce n’est pas Pékin qui va s’en plaindre !

Même ici en Chine, où la couverture consacrée à la fuite de BP au large du golfe du Mexique est au moins trois fois plus élevée que celle de Dalian. Il faut dire que, dans ses recommendations hebdomadaires, le département de la propagande pékinois a demandé solennellement aux journalistes chinois ne plus s’attarder sur les conséquences environnementales de cette catastrophe écologique chinoise, alors que BP a installé une webcam pour suivre sa fuite de brut en direct: deux écoles, donc.

(Photos GreenPeace)

Comme à l’époque du tremblement de terre du Sichuan ou plus recémment de Yushu sur le plateau tibétain de Qinhai, c’est donc la célérité de nos braves sauveteurs-militaires de l’Armée Populaire de Libération qui est mise en avant sur cctv et consoeurs, et tampis si l’on voit de temps en temps des images de secouristes bénévoles retirer le goudron à mains nues !  En revanche, les téléspectateurs chinois ne découvriront pas les déroutantes images d’Al-Jazeera tournées ce matin, où l’on voit des pêcheurs nettoyer des coquillages mazoutés pour mieux les revendre à la criée.

Les catastrophes, poule aux oeufs d’or du cinéma chinois

D’ailleurs, notons la sortie dans 4000 salles chinoises du long-métrage “AfterShock”, dédié au séisme de Tangshan de 1976 et ses 240 000 victimes. Il est l’oeuvre du Spielberg jaune,  Feng Xiaogang, à qui l’on doit les douze plus gros blockbusters chinois depuis dix ans, transformant de fait son pays en deuxième marché mondial du cinéma. Sorti le 22, le film fait même pour l’instant plus d’entrées qu’Avatar !  Feng profite à fond les ballons des règles du marché local, à faire pâlir d’envie notre ancien ministre de la culture Jacques Toubon. Car seuls vingt films américains sont autorisés dans les salles chaque année + vingt films du reste du monde (Europe, Japon, Corée du Sud y compris). A ce tarif, autant dire que les distributeurs préfèrent ne prendre aucun risque et optent pour des valeurs sûres (Michael Jackson, Karate Kid, etc…). Depuis décembre, un nouveau quota a tout de même été instauré: 10 films étrangers supplémentaires sont autorisés chaque année, pourvu qu’ils soient en 3D. Pour l’instant, ce sont les Américains qui s’y engouffrent avec Avatar et plus récemment Toy Story 3.  

Pour prolonger:

- Les plus “belles” photos de la marée noire de Dalian (Big Picture – Boston Globe): http://www.boston.com/bigpicture/2010/07/oil_spill_in_dalian_china.html 

- La critique d’AfterShock par Austin Ramzy, Time magazine: http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,2005688,00.html 

Et la bande-annonce d’Aftershock – 唐山大地震 :

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Topsy Turvy Xinjiang ! / Tête-bêche au Xinjiang ! Episode 1: Urümqi

Posted 24 Jul 2010 — by admin
Category culture, séquence nostalgie
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Voici les images tournées en marge d’un reportage réalisé l’an dernier pour la presse francophone à Urumqi, capitale du Xinjiang. 30 jours s’étaient déroulés depuis les émeutes sanglantes qui ont déchiré la ville le 5 juillet 2009. Malgré un climat d’extrême tension, où les soldats de l’Armée Populaire quadrillaient la ville à la recherche des insurgés, nous avons fait la connaissance d’une chaleureuse famille d’artistes ouighours dont le père est retraité d’un Bingtuan (société créée par des militaires hans envoyés par Pékin il y a un demi siècle). Ils sont fans de musique turque et nous ont accueillis chez eux avec une extrême générosité.

These are the motion images shot while reporting last year for the French print press, in Urumqi, capital of Xinjiang autonomous region. We were back there 30 days after the deadly riots which erupted in the city on July the 5th, 2009. Despite an extremely nervous atmosphere, as 20 000 soldiers have been spread all over the city to hunt the rioters down, we have been able to meet and spend a great time with a colourful uyghur family whose retired father used to work for a paternalistic Bingtuan factory. Our new friends are fanatical about turkish music and dance, as you will see. Enjoy !

Pourquoi “Tête-Bêche au Xinjiang” comme titre? Parce que les émeutes ont mis sans dessus dessous, la fragile harmonie entre les deux ethnies hans et ouighours. Minoritaires à Urumqi, majoritaires à Kashgar, les Ouighours qui déjà règlent leurs montres avec deux heures d’avance sur le reste de la population chinoise, vivent désormais à distance de leurs compatriotes hans. Une forme d’Apartheid bien triste mais totalement assumé. Si la Chine était un lit, Ouighours et Hans y dormiraient… tête-bêche !

Why did we choose such a title? Because these dreadful ethnics riots have torn the fragile harmony between the Han and Uyghur communities totally upside down. They now have to live together, while avoiding each other.

Prochain (et dernier) épisode à Kashgar, la deuxième ville du Xinjiang, dont la population est en grande majorité ouighoure musulmane. Déclarée zone économique spéciale, elle est sous le joug d’une urbanisation galopante.

Next (and last) episode will be showing Kashgar, second biggest city in Xinjiang. Its population is mostly made of traditionnal uyghur people. But Kashgar has been declared “Special Economic Zone” and is now under heavy urbanization.


Jordan Pouille, freelance reporter in China.
www.jordanpouille.com
jordanpouille(@)gmail.com

Les forçats des JO

Posted 22 Jul 2010 — by admin
Category séquence nostalgie

Equipe Magazine, avril 2007. Mon premier reportage (texte et photos) en Chine et je ne remercierai jamais assez les redchefs de l’époque de m’avoir fait confiance sur ce coup-là. Je sortais lessivé de deux années de cdd à Var-Matin et je débarquais en Chine, en mode sac-à-dos. Souvenir, souvenir…

La Chine verte et grise de Jonathan Watts

Posted 20 Jul 2010 — by admin
Category politique

(photo Jordan Pouille)

Jonathan Watts est le correspondant “environnement” du Guardian en Asie. Un job passionnant qui l’emmène dans les quatre coins de la Chine. Caméra au poing et carnet de note en poche, à lui de mesurer l’impact du “Miracle économique” chinois sur la bio-diversité, sur la santé de la population, sur l’environnement. A nous, en le lisant, de mesurer notre responsabilité d’occidentaux… après avoir délocalisé toutes nos industries polluantes ou fait de la Chine une terre d’accueil pour nos déchets les plus toxiques. Cet été, Jonathan Watts compile ses plus beaux reportages, ses plus belles rencontres, dans le livre “When a billion chinese jump“, publié en anglais. 100 000 kms parcourus pour nous décrire un armageddon environnemental, que dis-je, un recueil à la fois touchant d’humanité et impressionnant de rigueur  sur l’ampleur de la catastrophe écologique chinoise, de la part d’un journaliste engagé pour la protection de notre planète.

Voici un extrait, en français, au sujet d’une récente expédition internationale organisée par le gouvernement chinois pour tenter de sauver le Baiji, le dauphin du fleuve Yangtze. 

“Il y a vingt ou vingt-cinq millions d’années, un dauphin plutôt pâle, au long museau, quittait l’océan paçifique et commençait à s’aventurer dans les eaux boueuses du fleuve Yangtze. Avec le temps, il s’est différencié des autres cétacés. La vue ne lui était guère utile dans une eau si sombre et le dauphin a fini par devenir aveugle mais avec un sonar redoutablement efficace pour se repérer. Dans un fleuve gorgé de poissons mais dénué de prédateurs, l’animal s’est répandu. Jusqu’à encore quelques milliers d’années, ces dauphins étaient si nombreux qu’ils côtoyaient les tapirs s’aventurant hors des denses forêts pour venir se désaltérer en bordure de fleuve (…). L’homme est arrivé après. Soit 6500 ans avant JC pour s’installer dans le delta du fleuve et y cultiver le riz pour la première fois dans l’histoire de l’humanité.

(…) Le delta du Yangtze supporte aujourd’hui plus d’un humain sur vingt et 40% de l’économie chinoise. Il n’y a plus de place disponible pour d’autres espèces ou d’autres activités. Les éléphants et les tapirs ont depuis longtemps étaient chassés. D’autres créatures fantastiques comme le crocodile du Yangtze sont désormais au bord de l’extinction. Le Baiji a sans doute déjà franchi la ligne. Plus que le panda géant, sa disparition illustre tous les sacrifices que la nature a du endurer pour soutenir le pays le plus peuple du monde. Dans les années 50, il y avait encore 6000 dauphins Baiji dans le fleuve Yangtze, leur unique territoire. Puis son nombre a chuté. En 1984, ils n’étaient que 400 et depuis leur déclin est allé de pair avec l’explosion de la croissance chinoise. La dernière fois qu’un Baiji était aperçu, remonte à 2002″.

S’en suit alors le récit passionnant de cette vaine expédition de scientifiques du monde entier, chargés de détecter les derniers Baiji et d’assurer leur survie dans des réserves sophistiquées.

Au fil des pages, Jonathan Watts souligne le paradoxe d’un pays d’1.4 milliard d’habitants, en pleine révolution industrielle mais déjà au pied du mur environnemental. Un peuple contraint de se projeter au plus vite vers un modèle de société écologique, durable alors qu’il entre à peine dans la société de consommation.

Après avoir dévoré le bouquin, je suis allé vérifier moi-même si Jonathan Watts n’était finalement pas blasé par cette société, prête à laisser son environnement partir à vau-l’eau. Pas de doute, le journaliste garde l’espoir:

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When a Billion Chinese Jump”, publié en anglais et disponible sous 2 semaines ici.

“Yes We Can” ou la victoire d’Obama, vue de Shanghai

Posted 16 Jul 2010 — by admin
Category séquence nostalgie

Pour La Télélibre, lorsque j’étais encore installé à Shanghai, j’ai réalisé ce reportage vidéo le soir de la victoire d’Obama, ce 5 novembre 2008. Rassemblée dans les bars de la concession française, à deux pas de l’ambassade iranienne, la communauté d’expats américains était aux anges…

http://www.dailymotion.com/videox8jq51

Sieste d’été / Summer nap

Posted 15 Jul 2010 — by admin
Category politique

In Beijing. July the 13th, 2010. Jordan Pouille.

Fier comme un Mingong / Proud like a Mingong

Posted 09 Jul 2010 — by admin
Category societe

Photos by Jordan Pouille.

C’est la canicule à Pékin et sous les pavés, c’est pas la plage ! A Jianwai Soho, où je partage un bureau, on construit encore tous azymuts, pour le plus grand plaisir des spéculateurs… et des ouvriers migrants. Au coucher du soleil, quand le mercure repasse sous la barre des 40°c,  j’en profite pour tirer le portrait de ces derniers, à la bonne humeur désarmante. Voici le début d’une longue série photographique intitulée “Mingong summer”. Vos commentaires, critiques et suggestions sont évidemment les bienvenues. jordanpouille@gmail.com

(édit: 10/07) La dernière photo est publiée sur China Digital Times !

La position délicate du missionnaire en Chine

Posted 26 Jun 2010 — by admin
Category politique

Pour un reportage à venir sur la persécution de chrétiens dans une province reculée et désertique, j’ai rencontré un missionnaire belge en voyages d’affaires à Pékin et dont l’hôtel faisait face à l’Eglise Nantang construite par le Jésuite Mattéo Ricci. Officiellement, c’est un universitaire spécialiste de la question religieuse et qui se déplace en Chine pour entretenir les liens fragiles entre Pékin et le Vatican. Personne n’est dupe, encore moins l’Association Patriotique qui gère les affaires religieuses en Chine. Mais en 27 ans de voyage, ce colosse infatiguable a acquis le respect de tous, même des communistes les plus têtus. A tel point qu’il est désormais en mesure d’apporter un soutien financier, logistique et moral précieux aux croyants souterrains de Chine, préfèrant l’autorité du Saint Siège à celle du Parti. Je vous en parlerai d’avantage une fois que le papier sera publié mais cette rencontre m’a beaucoup marqué. Ses histoires, ses expériences de vie étaient difficiles et lui sait combien de croyants ont été emprisonnés et humiliés depuis la Révolution Culturelle jusqu’à très récemment.

(photos Jordan Pouille)