La Vie – Dunkerque, une architecture de renaissance

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La Vie – Tournée de lait dans le Berry, reportage chez des producteurs laitiers laminés par la sécheresse

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La Vie – Reportage au VRF Fondettes, résidence de vacances pour aidants et aidés

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Reportage à Fondettes

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La Vie – La bataille du 5G

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La Vie – Coronavirus et plans sociaux déguisés

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La Vie – Ces démocraties d’Asie qui tiennent le virus en respect

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MEDIAPART – Pékin découvre l’après-Covid à tâtons

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La capitale chinoise, qui convoquera son Parlement le 22 mai pour sa session annuelle, lève depuis quelques jours ses restrictions sanitaires, après deux semaines sans contaminations. Récit d’un retour à la normalité.

Officiellement, l’arrondissement de Shijingshan, entre les cinquième et sixième périphériques pékinois, n’a connu que 14 cas de coronavirus pour plus de 600 000 habitants. Ne dites pas à M. Chen, 72 ans et l’un de ses résidents, que ces chiffres sont peut-être fantaisistes, il vous répondra que son gouvernement est transparent mais que « certains, aux États-Unis et en Europe, les mettent en cause uniquement par inimitié envers la Chine ».

Pendant plus de trois mois, M. Chen, comme ses voisins, aura appliqué les commandements sanitaires à la lettre. « Nos sacrifices importants ont payé. Depuis le nouvel an lunaire, je ne suis sorti de mon petit appartement que pour quelques courses et faire pisser le chien. » Le 30 avril, les autorités de Pékin n’ont signalé aucun nouveau cas de Covid-19 depuis quatorze jours consécutifs. Et à peine treize pour l’ensemble du mois d’avril. Pour la première fois depuis le début de l’épidémie, les officiels alignés lors de cette conférence de presse s’exprimaient sans masque.

Au vu de ces résultats encourageants, les restrictions sont supprimées les unes après les autres à travers la capitale. Aux stations de métro, les caméras thermiques cohabitent avec la vidéosurveillance. On a rouvert les grands parcs – sur réservation en ligne – et même les portions touristiques de la Grande Muraille, les plus authentiques restant inaccessibles car bordées de villages d’irréductibles, toujours barricadés. Ce 1er Mai, cela a été le tour de la Cité interdite… avec une forte distanciation sociale : seulement 5 000 places par jour ont été allouées jusqu’au 5, date de la fin des congés de la Fête du travail. D’ordinaire, elle accueille 48 000 visiteurs par jour.

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Maintenant qu’il a le droit de rendre visite à son ami, installé dans un lotissement voisin, M. Chen doit – au-delà de la sempiternelle prise de température et du badigeonnage au gel hydroalcoolique par un gardien – scanner un QR code affiché à l’entrée. Via une application spécifique, son téléphone vérifie qu’il n’a pas fréquenté de zone dite « à risques » ces deux dernières semaines : un message en lettres vertes lui indique ainsi qu’il peut entrer. Cette application est devenue obligatoire dans les lieux où le public peut accéder à nouveau sans entraves. « Comme à l’infirmerie, où je renouvelle mon ordonnance, ou dans ces immeubles neufs du Z-Park, dans le quartier mitoyen de Xishanhui, au pied desquels les retraités ont repris leurs séances matinales de tai-chi-chuan », dit-il. Les jeunes salariés de cette annexe de Zhongguancun, la Silicon Valley chinoise, qui, ici, concentre des startups de jeux Android, ont tous mis un terme à leur télétravail. Les livreurs de repas s’y ruent à nouveau, mais sans couverts ni baguettes jetables dans leurs sachets, conformément à une nouvelle réglementation.

Dehors, M. Chen porte un masque chirurgical de norme chinoise N95, vendu 1,5 yuan l’unité (20 centimes d’euro). Dans ces confins de Pékin, aux portes des montagnes et où l’on n’a pas les manières du district chic de Chaoyang, le port du masque, même les jours de forte pollution, n’était pas une évidence. Et pourtant il s’est imposé vite et partout, bien au-delà des transports en commun, où son usage est obligatoire.

M. Chen tient à filmer des scènes du quotidien et à nous les montrer via WeChat. Comme ces papis qui s’affrontent de nouveau au xiangqi, les échecs chinois. Ou cette mamie qui pousse sa petite-fille sur une balançoire publique. Toutes les deux sont masquées. Il nous montre aussi ces enfants masqués prenant d’assaut le trampoline du vieux courtier en assurances. Chaque fin de journée, ce monsieur s’installe au milieu d’un espace vert, les enfants affluent et lui, en échange, demande aux adultes qui les surveillent une mise en relation WeChat. Mis à part pour les 50 000 élèves de terminale (avec masque obligatoire en classe), les écoles de Pékin n’ont pas encore rouvert. « Comme les parents sont retournés bosser, vous imaginez bien que les grands-parents sont de nouveau très sollicités », dit M. Chen. Vieille tradition pékinoise, les coiffeurs de rue et leurs coupes à 7 yuans ont retrouvé du poil de la bête, concurrençant les petits salons confinés.

À Pékin, les quarantaines sont, depuis jeudi, supprimées pour les personnes en provenance de provinces dites à faible risque de contamination. On commence à décoller des portes ces milliers de petits boîtiers offerts par la société Xiaomi, des mouchards high-tech reliés aux smartphones des volontaires civiques des comités de quartiers, chargés de faire respecter le confinement. Bien sûr, quelques lotissements font du zèle et maintiennent ces restrictions. « Je trouve ça normal. Sur WeChat circulent des vidéos de touristes chinois débarquant à Pékin. Une fois quitté l’aéroport, ils sont très excités, s’entassent dans les files de taxis et n’en font qu’à leur tête », explique Bao Jin, jeune scientifique dans l’aérospatiale. Il rappelle que la province du Heilongjiang, plus au nord, enregistre en ce moment de nouveaux cas de contamination : des citoyens chinois asymptomatiques de retour de Russie.

Mais d’après un mini-programme de l’application WeChat, qui cartographie les cas confirmés de Covid-19, aucune personne contaminée n’est à signaler à moins de 10 km de son domicile. Rassuré, Bao Jin a tenté hier de braver la pression sociale en se présentant à son poste de travail sans masque. Rien d’interdit mais, d’un regard, ses collègues ont su exprimer leur désapprobation. « J’avais l’impression d’être le vilain petit canard, moi qui, pendant plus de deux mois, rejoignais le bureau avec ma voiture personnelle, pour éviter le métro, et préparais mon repas pour éviter la cantine. »

Dans moins d’une semaine, après trois mois de disette, sa salle de yoga rouvrira. Certains bars d’hôtels huppés proposent des forfaits mensuels de cocktails illimités, autour d’une centaine d’euros, espérant se rebâtir une clientèle d’habitués. D’autres diffusent des films à l’affiche… et c’est dans l’un d’eux, dans le quartier commercial de Sanlitun, que Bao Jin assiste à de petites projections de productions hollywoodiennes, les cinémas étant fermés jusqu’à nouvel ordre.

Sanlitun, ancien quartier des ambassades, est le lieu qu’avait choisi Fan Lin, 35 ans, pour traverser sa quarantaine après un long voyage d’affaires à Wuhan. « Je voulais la faire chez moi, ailleurs à Pékin, mais mon comité de quartier m’a prévenue qu’ils me mettraient à l’hôtel, pour une histoire de mauvaises canalisations et de tout-à-l’égout. J’ai pu négocier une quarantaine dans l’appartement du collègue avec qui j’avais voyagé. » Fan Lin décrit la présence d’une caméra braquée sur sa porte. Et le gardien de l’immeuble qui, deux à trois fois par jour, faisait la jointure entre elle et le livreur de repas commandés en ligne. « Je lui ai laissé un pourboire de 20 yuans, il m’a remerciée et l’a refusé. » Sa quarantaine est achevée depuis hier mais elle reste confinée dans l’attente de résultats : « Mon collègue et moi sommes juste sortis jusqu’à une clinique à 500 mètres pour un test d’acide nucléique. Le lieu et l’heure du rendez-vous avaient été fixés pour nous» Fan Lin reste impressionnée par l’accompagnement. « Depuis le TGV qui nous ramenait à Pékin, en passant par le personnel de gare, les gens du comité de quartier, le gardien : tout le monde a été prévenant, malgré ces masques, ces gants, ces précautions infimes entre nous. Cela aide beaucoup à accepter l’isolement. »

Sanlitun est aussi le lieu de résidence de Michael Pettis, professeur de finance à l’université de Pékin, installé en Chine depuis 2002. Sa fac ne devrait pas rouvrir avant septembre et c’est par visioconférence qu’il fait cours à ses élèves de master. « Après des semaines d’achats en ligne, je suis retourné dans la rue faire mes courses alimentaires. La foule est bien là, la température est déjà estivale et les enfants s’amusent avec les jets d’eau. Mais à part l’Apple Store, les gens n’entrent pas vraiment dans les commerces non alimentaires. »

Le Starbucks vend volontiers son frappuccino à emporter et gare à celui qui enlèvera son masque pour le savourer. « J’étais à 10 mètres de mes congénères et un garde m’a exhorté à le remettre », s’amuse encore M. Pettis. Écharpe brodée d’une formule auspicieuse sur l’épaule, des vendeuses masquées se postent à l’entrée des boutiques de fringues, bâillant sans retenue. « Je lis des articles sur l’effondrement social, économique et politique dans le reste du monde, comme on pouvait en lire il y a encore un mois à propos de la Chine. Tout cela semble très loin, ici, à présent. Le futur de la Chine ne me semble plus apocalyptique, ces craintes de fin du monde sont derrière nous. Cela dit, à en juger par les impressionnants masques à gaz que portent en ce moment certains chauffeurs de taxi, des Pékinois se préparent encore au pire. » Ce professeur s’interroge sur la reprise de la consommation, au-delà du quartier branché de Sanlitun : « Ici, c’est comme si les gens avaient perdu l’habitude de faire du shopping ou qu’ils réfléchissaient à épargner un peu plus. Mais à travers la Chine, il ne fait pas de doute que beaucoup de gens, travailleurs migrants, jeunes, indépendants, employés de restaurants et de l’industrie du service, ont perdu leur job ou souffert d’une importante baisse de revenus. » 

 C’est probablement le cas d’Ilya, jeune gérant d’une école d’apprentissage du mandarin à Pékin. Cet entrepreneur décrit une reprise compliquée. Une grande partie de sa clientèle est actuellement hors de Chine, tout comme l’un de ses professeurs. « Elle est née et a grandi à Pékin, mais son passeport est étranger. Son travail et sa maison sont ici mais, de fait, elle n’a pas le droit de retourner en Chine actuellement. Une autre est retournée dans son village natal pendant les festivités du nouvel an lunaire mais celui-ci est toujours barricadé. Quant à la troisième, ses parents refusent qu’elle retourne en centre-ville. » Pour couronner le tout, son école est située au fond d’un « hutong » – petit quartier traditionnel de Pékin – pittoresque et principalement résidentiel, accessible par une allée étroite. Le comité de quartier n’envisage toujours pas de faire entrer sa clientèle. Ilya ignore quand la situation retrouvera un semblant de normalité. « À la fin du mois, il va nous falloir régler les six prochains mois de loyer. Puisque les cours ne vont pas reprendre rapidement, et si le propriétaire ne concède pas une forte réduction, on quittera les lieux. » Pas d’élèves, pas de professeurs et de fortes charges : même si ce gérant évoque de « nouveaux challenges », notamment via les cours en ligne, un secteur déjà très développé à Pékin, il n’est pas sorti de la tempête.

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La Vie – Reportage – Equipe mobile Ehpad Covid19

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La Vie – Ehpad: le modèle allemand

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Médiapart – Retraités et confinés: le sacerdoce d’une population vulnérable mais hyperactive

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Vivre reclus et sans perspective claire de sortie à cause de son appartenance à une catégorie à risques est une épreuve lourde pour cette frange de la population souvent dynamique, maillon essentiel de notre vie en société. Témoignages.

Après réflexion, l’exécutif a renoncé à contraindre les personnes âgées de rester confinées plus longtemps que les autres après le 11 mai. Mais le chef de l’État, qui a indiqué dans un communiqué, vendredi dernier, ne pas souhaiter « de discrimination entre nos concitoyens », a aussi appelé ces retraités « à la responsabilité individuelle ». Histoire de les inciter à rester chez eux…

Éveline Girault, 69 ans, occupe un camping-car sur une aire de Bourges, aux abords de la place Séraucourt. Cette ancienne aide-soignante de l’hôpital de Brest avait résilié son bail locatif et vendu ses meubles pour aller s’installer près de son fils, cadre d’une société canadienne en Roumanie. Le Covid-19 et ses restrictions en ont décidé autrement. « Il faut les voir ces couples de retraités qui s’emmerdent dans leurs caravanes. Plutôt que de rester les bras ballants dans mon camion, j’ai rejoint la réserve sanitaire. » Éveline vient tout juste de terminer une mission comme agent d’entretien dans un Ehpad contaminé du Loir-et-Cher, où les résidents décèdent à la chaîne depuis le 23 mars.

« Je nettoyais l’unité Covid puis on m’a mise à l’étage à cause de mon âge. Là, j’y ai vu des agents ancrés dans leurs anciennes façons de travailler et au fond de moi, ça me mettait en pétard. Alors, même si des résidents guérissent, les contaminations n’ont pas cessé. » Comme tout le personnel, elle s’est fait dépister mardi et attendait, dimanche encore, le résultat. « Si je suis testée négative, je m’engagerai sur une nouvelle mission, cette fois dans un hôpital ou une clinique parisienne, où j’ai commencé ma carrière. Et si je peux rejoindre mon fils en juillet, alors ça sera parfait. J’ai trop soif de liberté, de reprendre mon destin en main. »

Eveline Girault. © JPEveline Girault. © JP

 

De sa ville, Jean-Claude Lopes, 71 ans, connaît toutes les âmes. Jusqu’à la veille du confinement, cet ancien chef-électricien du casino Saint-Raphaël épuisait ses matins à saluer méthodiquement ses amis en remontant le bord de mer jusqu’à Fréjus-Plage. Il croise encore quelques riverains pour déposer un cierge à la basilique, au pied de la statue de sainte Rita… mais plus personne sur la promenade, aux accès interdits.

« C’est une population âgée, ici tout le monde a peur et plus personne ne sort. Ce spectacle me désole alors je n’y vais plus sauf à la pharmacie pour vérifier s’ils ont du gel ou des masques. Et puis les flics sont partout, à contrôler tout le monde, tout le temps. »Reclus chez lui, le voici devenu sentinelle de ses amis tourmentés. Dès potron-minet, vial’appli WhatsApp qu’il a découverte récemment, Jean-Claude s’astreint à recueillir les angoisses de son réseau d’actifs ou retraités, assignés à domicile ou sur la brèche.

Ce matin, le voici soucieux de ce camarade dépanneur informatique, prestataire à Toulon pour des navires civils et militaires à quai, puis songeur pour son fils pompier qui se demande bien qui surveillera les plages cet été pour peu qu’elles soient accessibles, puisque les formations de secouristes ont été annulées. Jean-Claude rassure enfin ce forain de marché qui n’arrive plus à écouler sa marchandise ou ce coiffeur à deux doigts de jeter ses ciseaux. « J’allège un peu leur fardeau mais moi ce qui me pèse, c’est la confusion, le désordre là-haut. Un jour, Macron nous annonce une date, une mesure, une commande massive, un espoir. Le lendemain, ses ministres annoncent l’inverse, nuancent ou tergiversent. » Bientôt un mois et demi que Jean-Claude n’a plus touché sa petite-fille qui ne vit pourtant qu’à 1 500 mètres. « Je rêve de franchir le portail et serrer la pitchoune dans mes bras ! »

Annie, 70 ans, était prof au collège Rabelais de Blois jusqu’en 2008. Son mari, Yvan, 72 ans, enseignait l’électronique au lycée Camille-Claudel. « On a arrêté tôt pour profiter au mieux de la vie. » D’ordinaire, le couple assiste à toutes les séances du cinéma et tous les spectacles de la Halle-aux-Grains, juste en face. Ils sont aussi bénévoles dans une ressourcerie : Annie y trie le textile et le présente en boutique tandis qu’Yvan répare les petits appareils ménagers.

À Blois, les bords de Loire, les parcs et chemins forestiers ont été condamnés. Les jeux pour enfants sont saucissonnés de guirlande bicolore et ressemblent à des scènes de crime. Un drone policier patrouille depuis peu. Annie se cantonne au centre ancien qu’elle arpente autant qu’elle peut, une attestation en main. Elle fréquente ainsi copieusement ce mini-marché couvert, découvert dans un recoin d’une rue en escalier et tenu par une poignée de producteurs locaux. Ne lui dites surtout pas qu’elle est à risques. « J’ai changé de médecin traitant car il ne regardait que les courbes, les statistiques pour m’expliquer comment vivre du fait de mon âge certain. » Pour Annie, la fin du confinement sera une délivrance tant elle abhorre cette société qui voudrait tenir le risque en respect. « En Angleterre, l’opinion publique réclamait un confinement que le gouvernement rechignait à établir. En se condamnant à se protéger toujours plus, on nie la vie dans tout ce qu’elle est, dans le risque qu’elle comprend. »

Muguette Villette, 65 ans, ancienne institutrice, est confinée avec son mari et leur petite-fille de 14 ans à Chambon-sur-Cisse, à une douzaine de kilomètres de Blois. « Au début, on n’avait pas du tout conscience que c’était aussi grave. Et puis Macron a parlé de guerre alors on s’est créé un petit cocon agréable, donc on ne peut pas dire que ce soit pesant. Je pense à ceux qui vivent en appartement, avec des enfants et en télétravail. »

D’ordinaire, Muguette enseigne le français à des réfugiés syriens et africains, dans les locaux des Restos du cœur derrière les bureaux de la CAF de Blois. Avec le coronavirus, l’association avait tout arrêté, même la maraude aux personnes sans domicile, les bénévoles – presque tous âgés – ayant préféré rester confinés. La distribution alimentaire a repris il y a deux semaines, sous la forme de colis scellés préparés à l’avance et disposés sous un chapiteau blanc.

« Je m’entraîne à vivre au présent »

Aux côtés de sa petite-fille qu’il a fallu former à la couture, Muguette a rejoint à sa manière l’effort de guerre, en fabriquant chez elle des masques en coton pour les bénévoles et les bénéficiaires. Ses voisins en profitent aussi : « Je les pose sur leurs boîtes aux lettres, ils viennent les chercher et on se fait un coucou de loin. J’espère que ça ne leur fera pas du tort. Rien n’est homologué. »

Muguette possède un petit gîte en ville, qu’elle loue sur Airbnb en temps normal pour les touristes des châteaux. Elle l’a mis gracieusement à la disposition du personnel de l’hôpital public « et depuis une semaine, une infirmière de nuit en profite ». Son utilité sociale demeure ainsi totale, tout comme sa peur de transmettre le virus. Son époux a les poumons fragiles depuis une vilaine chute à vélo. Et leur petite-fille est asthmatique. Alors Muguette a instauré un protocole sanitaire radical. « Personne ne sort au-delà du jardin sauf moi. J’assure les courses avec un masque et des gants. En rentrant, je laisse les aliments plusieurs heures à l’air libre, je jette les emballages, je nettoie les poignées de portes avec des lingettes désinfectantes, je change de tenue et file sous la douche. C’est sans doute un peu parano mais je ne vois pas d’autre solution. » Avec des voisins, elle s’est rencardée auprès d’un grossiste en fruits et légumes pour se faire livrer à domicile et réduire les passages au supermarché. Les voyages à l’étranger prévus à l’automne et même l’an prochain sont déjà annulés. « Tant qu’il n’y a pas de vaccin, on ne prendra aucun risque. Si mon mari chope le virus, je sais qu’il ne s’en remettra pas. »

 

Vue du jardin de Jeanne.Vue du jardin de Jeanne.

 

Jeanne, 82 ans, occupe seule une maison de plain-pied dans un village près d’Alençon. Son horizon est un champ de céréales qu’elle aime photographier aux premières lueurs, depuis sa véranda. Mais aussi le soir, pour éviter d’entendre le décompte macabre de Jérôme Salomon. Il y a huit jours, son petit frère est mort du coronavirus. François avait 69 ans à peine et vivait à Ris-Orangis avec sa femme Chantal dans une maison coquette avec jardin. « Ils ont attrapé le virus en même temps, ils ne savent pas trop comment et au bout de dix jours, François m’écrivait qu’ils commençaient à gagner la bataille, que le plus dur était passé et qu’il allait peut-être pouvoir sortir et acheter des croissants. »Leurs symptômes étaient différents : Chantal toussait et avait mal à la tête, François avait perdu l’odorat et souffrait de courbatures. « J’ai beaucoup pleuré. J’avais peur pour ma belle-sœur car elle s’était fait opérer du cœur il y a trois ans mais c’est celui de François qui a lâché. » Un deuil âpre, vécu en solo. « Je m’entraîne à vivre au présent au maximum mais je ne choisirai de quitter mon confinement que lorsque des masques seront disponibles en pharmacie. C’est mon critère. Ceux en tissu sont moins efficaces mais ils nous rassurent, allègent notre vigilance et je m’en méfie. »

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