“Je préfère pleurer dans une BMW que rire sur ton vélo”

En Chine, la télévision défrise et divise. Ma Nuo, candide (et vénale) candidate du “Tournez Manège” de Jiangsu tv vient de provoquer un petit séisme cathodique.

Car ici, soit vous raffolez des documentaires sur le massacre de Nankin ou les visites des chefs d’Etat étrangers et vous optez pour les chaînes nationales de CCTV. Soit vous zappez vers les chaînes régionales qui foisonnent d’émissions « Tournez Manège » entrecoupées de publicités de téléphones portables contrefaits.

Ces émissions ressemblent à un combat de gladiateurs, en jupe rose bonbon. Un garçon est passé au crible par 24 prétendantes. Elles le questionnent, le notent et se retirent si elles ne sont pas intéressées. En général, le candidat commence par énumérer ses qualités et ses défauts. Et c’est toujours à ce moment là que l’homme précise s’il est propriétaire de son appartement ou non, s’il a une voiture ou pas.

Bref, à son timide Roméo, Ma Nuo, 22 ans et candidate frivole du célébrissime programme “Tu es ma moitié” de Jiangsu tv déclarait sèchement: « Je préfère pleurer dans une bmw que rire sur ta bicyclette ». C’en était trop pour les oreilles chastes de nos dirigeants communistes qui réclament un retour aux vraies valeurs ! Ce sera désormais à la SARFT, le CSA chinois, de présélectionner les candidats.

Sur la toile, les spectatrices fulminent. Selon elles, ces jeunes participantes ne sont que le produit de cette société ultra-matérialiste créée de toutes pièces par le régime. « C’est comme si un homme avait violé une femme et lui reprochait de ne pas être vierge » analyse finement Hu Ziwei, ex-présentatrice de Beijing TV, virée en 2008 « pour avoir perturbé la nation ». En direct, elle avait dénoncé les galipettes extra-conjuguales de son mari, commentateur sportif de CCTV toujours bien en place à l’occasion de ce mondial…

Il est vrai qu’on pourrait difficilement reprocher aux jeunes Chinoises de chercher un mari friqué tant celles-ci sont exposées à l’insécurité matérielle justement. En Chine, il n’existe pas d’indemnité chômage après un licenciement, la couverture maladie est très chère (j’en sais quelquechose), la retraite quasi-nulle, les prix des appartements explosent à Pékin comme à Canton et peuvent même doubler d’une année sur l’autre dans des villes moyennes, le marché du travail est ultra-compétitif tandis que les parents attendent implicitement un retour sur investissement après avoir choyé leur enfant unique, le scandale du lait contaminé a rayé de la liste des courses des jeunes mamans les produits chinois bon marché… sans compter le harcèlement des magazines féminins chinois en faveur de canons de beauté hong-kongais  (yeux débridés, lèvres pulpeuses, peau blanche, gros seins, jambes fines) accessibles à coups de scalpels ou de produits hors de prix…

C’est le destin de ces jeunes filles appartenant à la génération 90′s, d’ailleurs âprement critiquées par leurs compatriotes des 80′s !

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