La Chine verte et grise de Jonathan Watts

(photo Jordan Pouille)

Jonathan Watts est le correspondant “environnement” du Guardian en Asie. Un job passionnant qui l’emmène dans les quatre coins de la Chine. Caméra au poing et carnet de note en poche, à lui de mesurer l’impact du “Miracle économique” chinois sur la bio-diversité, sur la santé de la population, sur l’environnement. A nous, en le lisant, de mesurer notre responsabilité d’occidentaux… après avoir délocalisé toutes nos industries polluantes ou fait de la Chine une terre d’accueil pour nos déchets les plus toxiques. Cet été, Jonathan Watts compile ses plus beaux reportages, ses plus belles rencontres, dans le livre “When a billion chinese jump“, publié en anglais. 100 000 kms parcourus pour nous décrire un armageddon environnemental, que dis-je, un recueil à la fois touchant d’humanité et impressionnant de rigueur  sur l’ampleur de la catastrophe écologique chinoise, de la part d’un journaliste engagé pour la protection de notre planète.

Voici un extrait, en français, au sujet d’une récente expédition internationale organisée par le gouvernement chinois pour tenter de sauver le Baiji, le dauphin du fleuve Yangtze. 

“Il y a vingt ou vingt-cinq millions d’années, un dauphin plutôt pâle, au long museau, quittait l’océan paçifique et commençait à s’aventurer dans les eaux boueuses du fleuve Yangtze. Avec le temps, il s’est différencié des autres cétacés. La vue ne lui était guère utile dans une eau si sombre et le dauphin a fini par devenir aveugle mais avec un sonar redoutablement efficace pour se repérer. Dans un fleuve gorgé de poissons mais dénué de prédateurs, l’animal s’est répandu. Jusqu’à encore quelques milliers d’années, ces dauphins étaient si nombreux qu’ils côtoyaient les tapirs s’aventurant hors des denses forêts pour venir se désaltérer en bordure de fleuve (…). L’homme est arrivé après. Soit 6500 ans avant JC pour s’installer dans le delta du fleuve et y cultiver le riz pour la première fois dans l’histoire de l’humanité.

(…) Le delta du Yangtze supporte aujourd’hui plus d’un humain sur vingt et 40% de l’économie chinoise. Il n’y a plus de place disponible pour d’autres espèces ou d’autres activités. Les éléphants et les tapirs ont depuis longtemps étaient chassés. D’autres créatures fantastiques comme le crocodile du Yangtze sont désormais au bord de l’extinction. Le Baiji a sans doute déjà franchi la ligne. Plus que le panda géant, sa disparition illustre tous les sacrifices que la nature a du endurer pour soutenir le pays le plus peuple du monde. Dans les années 50, il y avait encore 6000 dauphins Baiji dans le fleuve Yangtze, leur unique territoire. Puis son nombre a chuté. En 1984, ils n’étaient que 400 et depuis leur déclin est allé de pair avec l’explosion de la croissance chinoise. La dernière fois qu’un Baiji était aperçu, remonte à 2002″.

S’en suit alors le récit passionnant de cette vaine expédition de scientifiques du monde entier, chargés de détecter les derniers Baiji et d’assurer leur survie dans des réserves sophistiquées.

Au fil des pages, Jonathan Watts souligne le paradoxe d’un pays d’1.4 milliard d’habitants, en pleine révolution industrielle mais déjà au pied du mur environnemental. Un peuple contraint de se projeter au plus vite vers un modèle de société écologique, durable alors qu’il entre à peine dans la société de consommation.

Après avoir dévoré le bouquin, je suis allé vérifier moi-même si Jonathan Watts n’était finalement pas blasé par cette société, prête à laisser son environnement partir à vau-l’eau. Pas de doute, le journaliste garde l’espoir:

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When a Billion Chinese Jump”, publié en anglais et disponible sous 2 semaines ici.

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