Zhang Xin, la dragonne de l’immobilier

Portrait de Zhang Xin, jeune “self made woman” et reine de la construction immobilière à Pékin. Avec elle, les derniers hutong n’ont qu’à bien se tenir ! Marianne, 21 août.

MARIANNE – LES 7 SALOPARDS DE LA CRISE – CHINE

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Zhang Xin, le dragon de l’immobilier

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Zhang Xin n’a pas connu la crise mais pourrait bien la provoquer ! A 45 ans, cette femme est devenue milliardaire en redessinant Pékin. Elle est le visage de la bulle immobilière qui étouffe les grandes villes chinoises.

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Zhang Xin est la pdg de Soho China, le plus gros promoteur immobilier privé de la Chine continentale. En quinze ans, assistée de son mari Pan Shiyi, cette ouvrière devenue milliardaire a métamorphosé la capitale, redessiné son centre historique à grands coups de gratte-ciels de verre, de béton et d’acier et bâti une fortune personnelle de 2 milliards de dollars.  Mais elle sait garder de la compassion pour le petit peuple: “Quand je vois ce que gagne ma femme de ménage, je me dis que je n’ai pas le droit de voyager en première classe”, a-t-elle déclaré cet été à un journal britannique.

Zhang Xin a une obsession: transformer ses quartiers populaires en quartiers d’affaires, ses Hutong décrépis en galeries commerciales.  Certes, ses dernières tours affichent un taux d’occupation ridicule, ses centres commerciaux de luxe sont désertés par les clients… quand les commerçants ne baissent le rideau, faute de pouvoir payer le loyer.

Mais spéculation oblige, tout ce qu’elle construit s’achète instantanément et se revend aussi vite avec de fortes plus-values. Le 20 janvier, tous les bureaux de sa nouvelle tour pékinoise, Soho Nexus, ont été vendus en une seule journée !

La marque se décline. Onze quartiers de la capitale sont déjà estampillés « Soho » : Soho New Town, Soho Jianwai, Soho Sanlitun, Soho Shangdu, Soho ChaoWai et consœurs… La Zhang Xin touch repose sur deux fondamentaux : un excellent réseau auprès des cadres du Parti qui lui permet d’obtenir d’immenses terrains en centre-ville et un appétit insatiable pour les architectes internationaux déjantés, qui pensent qu’un bâtiment moderne doit forcément ressembler à un vaisseau spatial.  Après le futuriste Soho Sanlitun – 5 tours de bureaux, 4 tours d’appartements de standing et 5 centres  commerciaux coincés entre les ambassades et le Stade des Ouvriers-  Zhang Xin se lance, et ça ne s’invente pas, dans le Soho Galaxy. Soit un autre complexe immobilier intergalactique sur un terrain en or massif, près du ministère des Affaires Etrangères.

Mais la « success story » de Zhang Xin aurait pu s’arrêter net, il y a quatre ans. Alors au sommet de la gloire, la promoteu« se » décroche l’ambitieux contrat de revitalisation du Hutong de Qian Men, patrimoine historique vieux de six siècles, officiellement protégé et flanqué juste derrière la place Tian An Men.  Sous son coup de crayon, les Sihueyan (ou maisons traditionnelles) sont gommés, 30 000 familles sont expulsées. QianMen offre aujourd’hui un alignement de commerces occidentaux,  dans un décor faussement chinois digne de Disneyland. Si Starbucks ou Pizza Hut se régalent, les médias du monde entier tirent à boulets rouges sur la jeune femme… qui depuis a fait discrètement disparaître le projet Qian Men de son site Internet.

Qu’importe, grâce à Zhang Xin, la municipalité de Pékin se frotte les mains. « Avec Qian Men, nous avons transformé le hutong en marque commerciale. A nous maintenant de la faire prospérer harmonieusement » explique un jeune ingénieur du bureau de la planification urbaine.

Zhang Xin, qui s’affiche régulièrement à la une des magazines joue, gagne et rejoue. Avec un appétit sans limite. Pékin est devenu un formidable terrain de jeu pour les spéculateurs. Des promoteurs aux investisseurs en passant par l’Etat qui vend ses meilleurs terrains au prix fort : tout le monde en profite. Tout le monde ou presque. Zhang Xin fait peu de cas des milliers de familles expropriées par le gouvernement, et encore moins des classes moyennes dont l’accès à la propriété se résume désormais à un deux pièces… au delà du 5e périphérique!

Pur produit de la Chine capitaliste, elle n’a aucun scrupule. « Mon rôle en tant que constructeur est de construire. Il se trouve que j’ai conscience que des tours de bureaux restent vides. Mais cela ne va pas m’arrêter de produire, tant qu’il y a des gens qui font la queue pour acheter le produit » déclare-t-elle, lucide, au magazine économique américain Forbes, en mars dernier.

Cerise sur le gâteau, les constructions de madame Zhang ont la réputation d’être « cheap ». Comme à Jianwai Soho, dans le quartier d’affaires de Guomao, à trois stations de métro de la Cité Interdite. Inauguré début 2008, le complexe tire déjà la langue « Les fers rouillent, les murs s’effritent, les peintures s’écaillent et les carrelages se décollent. Vous trouvez ça normal ? » enrage l’un des co-propriétaires à l’origine d’une manifestation le 22 juin devant les bureaux d’un syndic’ aux abois. La légende raconte que Zhang Xin surveillait la scène apeurée depuis la baie vitrée de son duplex au 32 étage d’une tour voisine.

A sa décharge, Zhang Xin ne correspond pas tout à fait au portrait robot du promoteur immobilier véreux, prince rouge ou fils d’apparatchik, corruptible à merci et inhumain à souhait.  Car cette femme est une véritable self-made woman ! Jugez plutôt. Fille d’immigrés chinois en Birmanie rentrés au pays dans les années 50, elle se fait embaucher à quatorze ans dans un atelier de couture hong-kongais. A vingt ans, le destin lui sourit enfin : Zhang Xin obtient une bourse du Commonwealth pour partir étudier au Royaume Uni et décrocher un master en « économie du développement » à Cambridge. La demoiselle obtiendra son premier poste à Wall Street, chez Goldman Sachs. Sentant le vent des opportunités économiques se lever en Chine, elle rentre à Pékin en 1994, où elle rencontre Pan Shiyi, qui la demande en mariage après seulement 4 jours d’idylle. L’année suivante, ils fondent Soho, qui sera introduit en Bourse en 2007. Aujourd’hui, cette mère de deux garçons reverse des millions dans sa fondation caritative, et s’adonne corps et âme à sa nouvelle religion : l’ordre de Bah’ai, dont deux des fondements sont  « la répartition équitable des richesses » et « la recherche d’une solution spirituelle aux problèmes économiques “. Les expulsés des Hutongs méditent sur cette solution spirituelle…

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BIO

1965 naissance à Pékin de parents exilés de Birmanie.

1979 débarque à Hong-Kong avec sa mère et travaille à l’usine.

1992 décroche son master en économie à Cambridge et file à Wall Street, chez Goldman Sachs.

1994 rentre à Pékin et postule chez Pan Shiyi, promoteur immobilier lui aussi parti de zéro.

1995 Zhang Xin et Pan Shiyi se marient et fondent Soho.

2001 Zhang Xin livre ses premières tours d’appartements à Pékin. Deux ans avant la fin des travaux, tout est déjà vendu.

2007 Soho entre en bourse à Hong-Kong et pèse 6 milliards de dollars.

2011 une fois le projet « Soho Galaxy » achevé, Zhang Xin aura construit 3.6 millions de mètres carrés en « surface de plancher », rien qu’à Pékin.

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