Chine-Japon: manif pluvieuse, manif heureuse ?

Samedi 18 septembre. 9h18. Une petite foule est rassemblée sur Ritan Lu. Des drapeaux, des affiches et le fleuron de la jeunesse patriote pékinoise chaude comme la braise. Ni l’heure ni le jour n’étaient anodins. Le 18 septembre 1931, le Japon envahissait le Nord-Est de la Chine, y installait son état fantoche. Aujourd’hui, les gardes-côtes japonais ont toujours sous le coude un capitaine de chalut chinois, intercepté après une collision, au large d’un petit archipel japonais contesté.

Après 25 minutes de chants, de cris anti japonais, le cortège quitte la ruelle qui borde l’ambassade nippone pour  cracher sa colère à grande foulée. Une halte soudaine devant l’ambassade américaine, les “Cao Ni Ma” (“nique ta mère”) fusent en direction des fenêtres états-uniennes. Apparemment, ce n’était pas au programme et les policiers chinois n’aiment pas les imprévus. Trois jeunes sont embarqués illico dans le panier à salade.  Une petite tape sur l’épaule des journalistes étrangers. Ce sont ces mêmes policiers qui aimeraient qu’on accélère le mouvement. Comme la semaine précédente, la presse est venue en nombre et a tendance à freiner la marche des manifestants ultra nationalistes, en se plantant juste devant.

Globalement, le dispositif policier est beaucoup moins impressionant que lors d’un match de foot du Beijing Guoan FC au stade des ouvriers, à deux pas.

Les chinois ordinaires toisent  l’allure des militaires en civil, de plus en plus branchés mais tellement athlétiques et de taille identique qu’on les repère au premier  coup d’oeil, même s’ils sont censés se fondre dans la masse.  “A mort le Japon! “, “Rendez nous nos îles!” “La Chine ne veut plus être humiliée” : un jeune gars avec son tshirt de mao lui moulant le bidon (et l’adresse web suivante maoflag.net, sérigraphiée juste en dessous) semble tendu comme un string. C’est sa première manif. Il ne nous dira pas son âge, ni son job “parce qu’il y a plein d’autres chinois à interviewer”. All right.

Je lui demande s’il pourrait éventuellement descendre dans la rue pour d’autre motifs, peut-être plus vitaux qu’un archipel perdu au large de la mer de Chine “Et manifester pour réclamer plus de libertés à votre gouvernement”?  “Et pourquoi s’en prendre au gouvernement chinois?”.”Euh, je ne sais pas. Parce que par exemple internet est censuré jusqu’à l’os, parce que le gouvernement peut vendre au promoteur le plus offrant le terrain sur lequel tu vis et t’exproprier sur le champs, parce que tu ne peux pas choisir celui qui te dirige”. Bien mal m’en a pris. La provocation est trop grande. “Dans les pays soi disant démocratiques, c’est le gouvernement qui manipule les médias”. Bim. Nouvelle salve “Et la moitié des américains seulement vont voter. A quoi ca sert, dans ce cas?” Badaboum. La discussion se poursuit et l’on évoque le vote par le congrès de la couverture maladie universelle made in Obama. “Et la guerre en Irak? Et les troupes en Afghanistan? Ca continue, même avec les démocrates !”. Ouch ! Regonflé à blog, le garçon se lance dans un hymne national survolté, que reprendront en coeur les 200 manifestants.Une manif sous la pluie, sans merguez, autocollant, ni musique entraînante mais une manif quand-même !

Et puis, vouiiiich, arrivée à hauteur de la première station de métro du parcours, Jianguomen, c’est la débandade. En moins d’une minute, tout le monde disparaît, sans même se dire au revoir.

A lire aussi:
Nouvelles manifestations anti-japonaises (Mediapart club – septembre 2012)
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