Li Zhen: “c’est dur d’être une ado”

Elle s’appelle Li Zhen. Je l’ai rencontrée un samedi soir en m’arrêtant devant un petit bistrot de Sanlitun dans lesquel des ados jouaient au babyfoot. Un Bonzini, un vrai, comme j’avais connu à la salle des fêtes du village, ça m’a intrigué. Aux manettes, une brochette d’ados encore dans leur jogging scolaire bleu et blanc. Li Zhen porte des lentilles bleues et fait une moue  de manga lorsqu’on la prend en photo, sa main droite faisant le V de la victoire. Elle m’a demandé si je voulais adopter un chiot abandonné, dont la frimousse dépassait de son sac à dos fluo. Je lui ai dit, après réflexion, que je préférais un poisson rouge.

Depuis, j’ai l’honneur d’être son coach d’anglais bénévole car son prof  l’a obligée à représenter son lycée au concours d’anglais de CCTV, la chaîne de télé nationale, le mois prochain.

Notre programme, ce sont plutôt des conversations autour d’une crème caramel au bookworm, un café cosy rempli de bouquins (où les correspondents de presse se rassemblent tous les premiers vendredis du mois, cqfd)

En gros, je la fais parler anglais et elle me fait parler chinois (elle a du courage). C’est sur, Li Zhen vient d’un milieu très privilégié- son père est architecte (dont le cabinet a concu l’une des tours CCTV qui a brûlé le jour de son inauguration) et sa mère est productrice de programmes de divertissement- pour bingtuan tv, une chaine militaire…. Mais Li Zhen est une bosseuse, drôle et dégourdie, qui connait la valeur de l’argent. Lorsque nous passons devant les vitrines du Sanlitun Village, de l’Apple Store, son regard se porte ailleurs: un mec en short par le froid de canard, ces vigiles secs comme un coup de trique, ce musicien marocain frappant un derbouka . Elle connait aussi les règles et peste contre sa prof qui l’oblige à nouer ses cheveux vers l’arrière alors que la mode est à la frange jusqu’aux sourcils. “Vraiment, elle ne comprend rien cette prof. Elle a appelé mes parents pour qu’ils m’engueulent. Ca ne m’étonne pas qu’elle soit célibataire”.

D’ailleurs demain dimanche, Li Zhen se lèvera à 6h pour une journée de cours dans une autre école, privée cette fois. Selon son réçit, ses parents sont obsédés par sa réussite scolaire et là voilà en cours 7 jours sur 7, toute la journée sauf le samedi après-midi. Et en pension par dessus le marché. Le bonheur dit elle, ce sera quand elle entrera à l’université-  Beida, Péking ou Tsinghua- et si possible lorsqu’elle fera une année d’étude à l’étranger, histoire de souffler un peu. A la limite, si ses parents acceptaient, Li Zhen quitterait les cours sur le champ pour monter un groupe de pop. “Tu connais Justin Bieber? Il est trop cool”. Le chanteur pour minettes canadien s’expose sur son téléphone portable lesté d’une petite peluche , la mascotte de l’Expo. Il est 19h00. Le téléphone sonne: c’est son père. A la prochaine !

&  Voici quelques clichés d’ados. Je construis tranquillement une série depuis 2007, des rues branchées de Shanghai au fin fond du Sichuan !

Juin 2010 pendant l’Expo de Shanghai (publié dans La Vie)

Jordan Pouille

 

Septembre 2010, une célébration au Temple de Confucius à Pékin (pour l’Afp):

Jordan Pouille

 

Mai 2007 sur le Bund à Shanghai (pour une expo):

Jordan Pouille

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One Response to Li Zhen: “c’est dur d’être une ado”

  1. Karim says:

    J’écris un texte sur l’adolescence, c’est pas simple de retourner si loin en arrière, alors je me ballade sur le net pour voir ce que raconte les ados d’aujourd’hui. Et en fait grâce à toi, je viens d’avoir un déclic… Cette façon qu’ils ont de regarder où on ne regarde plus (l’histoire de l’Apple store…) Merci et bravo pour ton billet !

    Karim

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