La Vie: c’est déjà Noël pour les soeurs de Tianjin

Publié le 7 décembre. A lire dans La Vie

pic. Jordan Pouille

Les vingt soeurs de la Charité de Tianjin ont de quoi être fières. Dans cette ville portuaire à 150 kms de Pékin, elle ont réussi un sacré tour de force: se faire bâtir une nouvelle église et un nouveau couvent !  La partie était pourtant loin d’être gagnée. Rappelez-vous. Il y a plus d’un an, un promoteur immobilier rachetait leur ancien terrain aux autorités et comptait raser leur vieux couvent, construit par des missionnaires français de Saint-Vincent de Paul en 1862. Les religieuses entamaient alors une grève de la faim, s’attirant les foudres de la police.

Les soeurs ont donc été expropriées mais elles n’ont pas perdu au change. Encerclé de nouvelles tours de béton dont le prix au m2 n’a rien à envier à ceux de Pékin ou Shanghai, leur bâtiment de briques rouges égaie le quartier et attire déjà les curieux. Il a été intégralement financé par le promoteur qui a compris que cette église allait apporter un “cachet” à son complexe cossu de logements et de commerces. Faute de quiétude, les soeurs vont profiter d’un confort inédit.

Une partie est prévue pour les soeurs mais nous comptons aussi héberger des personnes en grande difficulté. L’autre bâtiment, avec le clocher, servira pour la messe”, explique la mère supérieure qui suit les ouvriers à la semelle. En face, sur l’autre rive du fleuve Haihe, une nouvelle église est également apparue. “Ne vous fiez pas aux apparences. C’est une station d’épuration. Apparemment l’architecture chrétienne est devenue très en vogue à Tianjin“. L’inauguration est prévue pour Noël.

Ci dessous… Le chantier de l’église début septembre. L’ancien couvent, qui servait d’orphelinat catholique avant la Révolution Culturelle a été rasé durant l’été. Les ouvriers ont creusé par deux mètres de profondeur pour vérifier s’il n’y avait pas de cadavres d’enfants. Ils n’ont rien trouvé, mettant fin à de très vieilles rumeurs.

En septembre 2010, les soeurs ont perdu leur couvent et ont du être hébergées par le gouvernement local dans plusieurs appartements de location. Le promoteur s’était engagé sur parole (et non par écrit) à reconstruire une Eglise, non loin de l’ancien site (ci dessus) avant fin novembre. Une attente angoissante pour les soeurs, qui, de fait, ont choisi de concentrer leurs efforts sur un nouveau projet: la résurrection du vieil hôpital catholique de Tianjin, destinés aux pauvres.

Mars 2010. Nous retrouvrons la soeur qui a rejoint le père Zhulige, prêtre officiel installé à la Cathédrale Saint-Joseph. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’ont pas bonne réputation. Elle a quitté le couvent… “déserté”, bref cédé peut être plus facilement que les autres face aux coupures de courant intempestives, au stress, aux menaces des démolisseurs, aux pressions de la police, au sentiment de défaite annoncée. On peut aussi la comprendre en se demandant ce qui peut pousser les soeurs à vouloir s’accrocher autant à de vieilles pierres (voir les photos tout en bas) quand leur mission initiale est de rendre service aux plus démunis.

La limousine du père Zhulige, une figure importante de l’Eglise catholique à Tianjin. L’Association Patriotique semble attendre la mort des évêques souterrains, consignés à domicile, pour peut être introniser le père Zhulige au poste d’évêque officiel. En attendant, cet homme jouit d’un prestige, d’un cadre de vie digne d’un officiel du Parti. Nous l’avons rencontré dans un très bon restaurant. Pendant longtemps, la Cathédrale Saint-Joseph était clairement partagées entre les fidèles souterrains qui refusaient de rentrer dans le bâtiment (d’où la chapelle à l’extérieur) et les fidèles officiels.

Ci dessous, les soeurs de la Charité se sont barricadées dans leur couvent menacé de démolition. Elles sont beaucoup moins nombreuses que lors de notre toute première rencontre en décembre 2009. La plupart ont rejoint la campagne sauf celle ci dessus. Leur cadre de vie est rudimentaire. L’Eglise officielle leur a coupé les vivres, le prêtre attitré ne vient leur faire la messe, une manière de les faire sortir plus vite afin qu’elles renoncent à leur couvent et acceptent les propositions défavorables du promoteur immobilier (yanlord… une sorte de joint venture entre les officiels locaux et la cinquième fortune de Singapoure)

Le pot de terre contre le pot de fer: les tours résidentielles de Yanlord menacent la survie du couvent des soeurs de la Charité.

Le couvent bâti en 1862 par les missionnaires francais de la Congrégation de Saint Vincent de Paul.

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