Avec le pêcheur de cadavres du Fleuve Jaune

Reportage dans le tombeau du miracle économique chinois. Depuis qu’un barrage a été construit à la sortie de son village, monsieur Wei a changé de métier. Il gagne son pain en repêchant les cadavres des ouvriers migrants échoués dans les méandres du Fleuve Jaune. Ces jeunes mingongs de Lanzhou, en amont, assassinés ou suicidés dans l’indifférence générale. A lire ici (sur abonnement) ou des extraits dans le billet ci dessous. Attention, certaines images peuvent choquer. (Reportage texte & photos Jordan Pouille pour Mediapart).

jordan pouille ©


A Lanzhou, le fleuve Jaune est le tombeau du miracle économique chinois

          Wei Jin Peng s’est levé à 6 h du matin. Mal rasé, cigarette au bec, ce père de famille a enfourché sa petite moto Lifan. Il a croisé les vieilles dames du village en pleine séance collective de gymnastique, longé cinq kilomètres de pommiers et de poiriers, puis franchi un vieux pont suspendu. Sous le pont l’attendent ses fidèles compagnons: cinq chiens gros comme des rottweilers dont les aboiements sont renvoyés par les montagnes. Les bêtes protègent le butin de monsieur Wei : une vingtaine de cadavres qui flottent près de la rive, rassemblés dans ce recoin du fleuve Jaune (Huang he). A l’abri des regards et du courant.

A 6 h 30, monsieur Wei a déjà vidé sa bouteille de thé au jasmin. Il allume sa puissante lampe torche, enfile sa paire de gants de vaisselle et s’avance jusqu’à sa petite barque hors d’âge. Elle est déjà lestée de centaines de bouteilles en plastique, récupérées la veille sur le fleuve. Il les revendra au poids à un recycleur venu spécialement de Lanzhou, la capitale de la province du Gansu, une ville de 1,4 million d’habitants, à 20 kilomètres d’ici.

La ronde de Wei Jin Peng peut débuter, d’abord vers les déchets qui se sont accumulés cette nuit près du barrage. «En général, les corps frais sont en dessous, à 30 centimètres de profondeur. Ils ne sont pas encore gonflés d’air. Il leur faut deux semaines avant de remonter à la surface.» Wei Jin Peng remue énergiquement sa rame dans les immondices, jusqu’à ce qu’il accroche un corps. Ce matin, c’est un petit cochon, qu’il offrira à ses chiens pour le déjeuner. 

«L’an dernier, à cet endroit précis, j’avais découvert une jeune femme avec un bébé ligoté contre sa poitrine. Après trois jours, la police m’a trouvé le nom du père et c’est moi qui lui ai annoncé la nouvelle. Nous les avons enterrés, plus haut, derrière cette montagne.» C’est cette même montagne qu’il a gravie un autre jour, sous la pluie, pour rejoindre le commissariat le plus proche. Sur ses épaules, le cadavre d’une adolescente, sans tête. «Je l’ai mis sur mes épaules et je l’ai déposé sur le bureau de l’inspecteur. J’étais très en colère car aucun flic, aucun officiel n’avait daigné venir le chercher… Et à ma connaissance, ils n’ont jamais retrouvé l’assassin.»

Wei Jin Peng continue sa ronde, en menant sa barque au gré du courant. «Parfois, les corps arrivent d’eux-mêmes jusqu’à cette cachette. Il n’y a plus qu’à se baisser. C’est moins fatigant que de cueillir les poires.» Comme ce matin. Une jeune fille de taille moyenne, étendue sur l’eau. Des pieds nus, un jean vintage, une chemise à dentelles et une chevelure nouée à l’élastique. On ne verra pas son visage, tourné vers le fond. «Je m’en occuperai tout à l’heure, quand le soleil sera levé.»

(…) La suite sur Mediapart.

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2 Responses to Avec le pêcheur de cadavres du Fleuve Jaune

  1. jyu says:

    what is this about?

  2. June Blue says:

    Seems it’s about some corpses.

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