Analyse – A Pékin, le fléau du mal-logement

Héritage de la guerre froide, Pékin compte de nombreux sous-sols anti-atomiques, construits sous les immeubles, souvent dans les quartiers centraux, à l’intérieur du périphérique, comme à WangFujing. Cachés derrière de grosses portes en fonte, ils ont été aménagés au fil des ans en logements locatifs abordables pour les travailleurs modestes de la capitale, refroidis par l’explosion des prix de l’immobilier. Pas de lumière naturelle, beaucoup d’humidité mais franchement, c’est correct.

Mais après avoir fait détruire cet été la cité des fourmis de Tangjialing, soit des logements construits en lointaine banlieue par des paysans pour les jeunes cadres migrants de Pékin (voir mes photos flickr ou la vidéo qui accompagnait mon reportage sur Mediapart), les autorités s’attaquent maintenant à ces logements souterrains en centre-ville jugés “non conformes”.

Sans doute que les propriétaires de ces chambres souterraines s’en mettaient plein les poches sans déclarer le moindre yuan au trésor public. Mais ce ne sont pas des marchands de sommeil pour autant et les locataires, encore une fois, vont en faire les frais et se retrouver à la rue. Car si je ne m’abuse, la vie est chère à Pékin et l’on ne trouve guère de dortoirs à Pékin pour tous ces ouvriers, serveurs, vigiles, masseurs, cuisiniers, vendeurs, hôtesses d’accueil et autres artisans venus de tout le pays pour contenter les Pékinois à moindre coût. Je connais pour ma part une association d’aide et d’assistance juridique aux travailleurs migrants dont les bureaux sont dans les sous-sols d’un hôtel de luxe.

Qu’adviendra-t-il de ces locataires bientôt expulsés (pas trop vite j’espère car il fait -11°c en ce moment)? En matière de relogement, Pékin a des yuans mais manque cruellement d’idées. A part des indemnités variables pour les propriétaires quand il s’agit par exemple de raser un hutong pour un projet de centre commercial annoncé comme étant d’intérêt public, les familles migrantes, elles, n’ont que leurs yeux pour pleurer.

Il faut savoir qu’en Chine, 46% des recettes fiscales des gouvernements locaux (comme ici, celui de Pékin) proviennent de la vente de terrains. Une mine d’or puisque tous les les terrains urbains appartiennent aux officiels corrompus du Parti à l’Etat communiste.

Aucune envie dès lors de les sacrifier pour un programme de logements sociaux. A Pékin, ce sont donc les promoteurs les plus fortunés (voir mon portrait de Zhang Xin, charmante patronne de Soho, le principal promoteur de Pékin, dans l’édition papier de Marianne, 21 août ) qui s’octroient l’espace vital pékinois pour y construire des tours résidentielles futuristes mais totalement inabordables, en particulier pour cette fameuse classe moyenne, garante de la stabilité du régime chinois. Pas de logement en ville, voire même pas de voiture puisque la municipalité a décidé de réduire de 2/3 les nouvelles immatriculations en 2011: deux rêves chèrement acquis par les Chinois trentenaires et qui s’évaporent à présent.

De fait, des tours vides de commerces ou d’habitants à perte de vue forment désormais la charmante “skyline” de la capitale. J’habite juste en face des jolis grattes-ciels Soho Sanlitun et je travaille juste en face des tours de Jianwai Soho: des charmantes mini “villes fantômes” au coeur d’une mégalopole de 17 millions d’habitants.

Voici aujourd’hui l’excellent reportage de l’intrépide Melissa Chan, correspondante chez Al Jazeera English, sur la disparition annoncée de ces logements souterrains.

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One Response to Analyse – A Pékin, le fléau du mal-logement

  1. Jean-Francois Morf, Charrat, Suisse says:

    Et la hausse des frais financiers va encore faire monter les prix des constructions, entretenant l’opinion que les prix ne peuvent que monter, et donc la spéculation immobilière, jusque au crash invitable! (attérissage en douceur=mythe)

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