La résilience des Japonais

Les superlatifs manquent pour qualifier la situation au Japon. A 100 kms seulement au nord de la capitale,  le taux de radioactivité était mercredi 300 fois plus élevé que la normale, selon l’agence japonaise Kyodo. Et peut-être bientôt la pénurie d’infos:  comme les habitants, les journalistes quittent actuellement la région de Fukushima, sinon le pays, en masse.

Pigiste en poste à Pékin, je suis arrivé au Japon dimanche après-midi, pour retourner en Chine dans la nuit de mardi à mercredi. En atterrissant à Tokyo Narida, j’ai immédiatement été confronté aux difficultés de remonter vers le Nord Est, proche de l’épicentre du séisme de vendredi. Je me suis approché comme j’ai pu de la ville côtière de Mito, par un train, qui sera bloqué à Yutsunomia.  Tandis que des militaires sont affairés à nettoyer les routes où ont échoué des containers de bateaux, les gens réclament de l’eau et de la nourriture. Mais rien n’arrive. La faim guette, à seulement 125 kms de la capitale de l’un des pays les plus riches du monde.

Car les routes rapides sont endommagées, bloquées ou réservées aux équipes de secours. Les hélicoptères sont réquisitionnés pour transporter les cadavres ou les blessés. D’autres servent à déverser de l’eau de mer ou de l’acide en grande quantité sur les réacteurs nucléaires de Fukushima en surchauffe.

Sur les lieux de désolation et à mesure que grandit la menace nucléaire, seuls parviennent les secouristes et les gros médias, aux capacités logistiques quasi illimitées. Petteri Tuohinen, talentueux correspondant à Pékin du Helsinki Sanomat, s’est paré d’un photographe de guerre, d’un interprète aguerri aux situations à risque et d’un chauffeur de taxi dont le compteur n’a cessé de tourner pendant 5 jours. Les témoignages de détresse qu’ils rapportent sont édifiants. A Sendai, ville rasée par le Tsunami et dont les images font penser à Hiroshima bombardé, la famine guette. “C’est ce qui m’a le plus révolté car si les journalistes sont arrivés ici, pourquoi pas la nourriture? Comment se fait-il que le Japon, fidèle allié des Américains, ne parvient même pas à nourrir son peuple?” m’expliquait-il mercredi au téléphone.

Sur ordre de son rédacteur en chef, Petteri a quitté Sendai mardi soir. Sur la route, il découvre l’exode. “Ce n’est plus la désolation de Sendai mais l’angoisse atomique de Fukushima. Nous nous tenions à 50 kms de la centrale, soit bien au delà du périmètre de sécurité et la route servait à évacuer les habitants. Ils quittaient la région par leurs propres moyens. Certains regardaient le ciel pour deviner le sens du vent car la radioactivité s’échappait du réacteur 4“. Là aussi, Petteri a constaté l’impuissance des autorités japonaises. “Les centres d’accueil était bien trop exigus pour accueillir tous les réfugiés. J’ai vu des centaines de famille dormir dehors, dans le froid“.

Petteri est arrivé à Tokyo hier mercredi, au petit matin, à peine trois heures avant un nouveau tremblement de terre. Magnitude 6, soit bien plus faible que celui du vendredi 11 mars, mais plus proche de la capitale. “J’étais dans l’ascenseur de l’hôtel, la cabine cognait contre les murs. Cela semblait durer une éternité”.  En sortant, Petteri se précipite vers la rue. Le quartier animé de Shibuya. Mais il est déconcerté: les Tokyoites vaquent à leurs occupations, presque comme si de rien n’était. “C’est la toute la force du peuple japonais, son courage face à la fatalité”.

Comme si la vie n’était qu’une transition, un passage. Car personne ici n’ignore la situation. Sur les écrans des stations de métro, dans les bus ou sur les téléphones, les images édifiantes de la NHK, la télévision nationale, défilent en boucle. Seuls les interrompent les “discours à la nation” du premier ministre Naoto Kan ou les bulletins du chef de la sûreté nucléaire. Ils ont du mal à convaincre. “Je crains qu’il nous cache la réalité afin que nous ne cédions pas à la panique“, m’expliquera une jeune femme. “Regardez, les supermarchés sont vides, le métro fonctionne très mal, le courant est régulièrement coupé et l’on demande aux habitants de se couvrir les mains et le visage pour se protéger de la radioactivité“. Disciplinée, la demoiselle respecte les consignes et continue de se rendre au travail.

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