Fukushima fait-il peur aux Chinois?

Si les rejets radioactifs des réacteurs japonais venaient à se répandre massivement bien au delà du Japon, la Chine serait en première ligne, après la Corée. Qu’en pensent les Chinois?

On se souvient: il y a 12 jours, les supermarchés étaient dévalisés de leurs stocks de sel iodé par des citoyens croyant à tort que le condiment pouvait les protéger d’éventuelles radiations. Par le biais de médias à l’unisson, le gouvernement a finalement fait taire la néfaste rumeur. 

Aujourd’hui, les médias chinois ont comme consigne de se pas enquêter sur la radioactivité en Chine mais de se ranger derrière les dépêches de l’agence de presse officielle (Xinhua ou Chine Nouvelle) qui elle-même se contente de reprendre les déclarations du gouvernement.

Il est ainsi impossible de trouver des articles indépendants abordant le risque réel de propagation radiaoctive des réacteurs japonais. Avant que la consigne d’autocensure ne tombe, un article intéressant du magazine Caixin racontait il y a une semaine le calvaire d’une famille chinoise irradiée (il n’est pas précisé l’origine de l’irradiation), l’impuissance des médecins, l’indifférence frappante des autorités: http://bit.ly/hJjySq

Par ailleurs, aucune enquête scientifique n’est autorisée sur l’impact de quarante ans d’essais nucléaires au Xinjiang, où le taux de cancer est 35% plus élevé que la moyenne. A la frontière kazake, le nombre de victimes de la radiation donne la nausée. Voir l’article du Scientific American daté de 2009: http://bit.ly/HMYZy 

Sur la menace de Fukushima, les experts du nucléaire en Chine continentale, qu’ils soient de l’université de Tsinghua (comme beaucoup d’autres média, j’ai contacté le professeur Wang Kan) ou de l’Académie des Sciences Sociales, se calquent sur la position du gouvernement, exprimée plus bas.

Petit détail intriguant: la page de contact de Wang Kan (avec son email, son tel, ses horaires) encore accessible ce weekend, a été remplacée par une page sans rapport. La vraie page, disponible dans l’onglet “en cache” est accessible hors de Chine mais bloquée en Chine: http://bit.ly/hIiE0d

Heureusement, il nous reste les dépêches de l’agence officielle Chine Nouvelle (http://bit.ly/g0z9tB), dans laquelle de citoyens chinois expliquent haut et fort:

- qu’ils sont bien informés par le gouvernement

“As long as the government makes public the information in a timely manner, we won’t lose our senses and do things like panic-buying again,” he added. 

- qu’ils ont bien entendu le message des experts et des journalistes

“I’m not scared, because I’ve learned from media reports that the amount of radiation is very small and experts say no protective measures are needed,” Wang told Xinhua while strolling at the People’s Park in Guangzhou, capital of Guangdong Province.  

- qu’on ne les reprendra plus à dévaliser les magasins de leurs paquets de sel. 

“Now, everything is normal. We should not scare ourselves again since the panic-buying of salt was a good lesson,” said Yang Rui, a resident in Nanjing, capital city of Jiangsu Province.

Pourtant l’inquiétude des Chinois existe. Il y a deux jours, la suite de mots, en chinois, “pollution radiactive chine” figurait dans le top 3 des requêtes sur Baidu, le principal moteur de recherche. Il y a dix jours, sur Sina Weibo, un outil proche de Twitter, la recherche de discussions par mots clés “fuite nucléaire” était bloquée.

Cet après-midi, le ministère des affaires étrangères, qui gère aussi ces trublions de correspondants étrangers, organisait un atelier de premiers secours “pour les journalistes étrangers, leurs familles et leurs assistants chinois”. Il en est de même pour les journalistes chinois. A eux alors de diffuser les “gestes qui sauvent” au moment opportun. 

La Chine continue d’exploiter le charbon mais mise également beaucoup sur l’énergie nucléaire. Areva construit deux réacteurs EPR à Taishan, dans une zone sismique de la province du Guangdong (mon enquête sur place dans La Vie: http://ow.ly/4pkua ). Un peu plus loin, à Yangjiang, des réacteurs de type CPR-1000 (une version plus sécurisée des modèles français de la fin des années 70) sont en construction. Là même où en 1969, un séisme tuait 3000 personnes. La majorité des centrales actuellement en activité sont situées sur le littoral. Des dizaines de chantiers sont en cours et les spécialistes reconnaissent le manque de personnel chinois qualifié, selon cet article du Wall Street Journal: http://on.wsj.com/haCnjw

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