La dissidence, dans le creux de la vague

Depuis les soubresauts de jasmin en février, ce qu’il reste de libre expression, de menu fretin de la contestation chinoise, se retrouve réduit au silence.

Pendant que les médias avaient la tête ailleurs (désastre nippon & révolutions arabes), le régime chinois n’est pas resté sans rien faire. En l’espace d’un mois et demi, 26 personnes ont été arrêtées, 30 ont disparu, 200 sont assignés à résidence. Leur point commun: ce sont des libre-penseurs. L’AFP parle de la “répression de la dissidence la plus dure depuis des années”.

Extrait afp: “Une grande partie des avancées réalisées par une génération de militants courageux a été anéantie en très peu de temps”, déclare Nicholas Bequelin, de Human Rights Watch (HRW). 

Car accroché à son principe de stabilité comme une vieille moule à un rocher breton, les autorités sont prêtes à tout pour garantir une société aussi “harmonieuse” que policière. Et gare aux rares chefs d’Etat étrangers épris d’indignation. A chaque fois, le ministre des affaires étrangères Yang Jiechi (qui inaugurait la nouvelle ambassade de France à Pékin en compagnie de Nicolas Sarkozy) s’emporte et éructe contre l’intervention quasi-impérialiste du monde extérieur dans les affaires domestiques de la Chine. “Il faut respecter la souveraineté de la justice chinoise”, exhorte-t-il à propos de Gao Zicheng, cet avocat des droits de l’homme disparu depuis presque un an. Ironiquement, sans la moindre intervention de la justice. 

Car pour que ces avocats, écrivains, blogueurs jusqu’ici inconnus du grand public puisque copieusement censurés n’accèdent pas à la célébrité que leur offrirait le moindre procès, ils disparaissent sans chef d’accusation. 

Pour d’autres, les sentences finissent par tomber. Le 25 mars, Liu Xianbin, co fondateur de l’illégal Parti pour la Démocratie en Chine, sorti de prison en novembre 2008, a pris 10 piges pour “tentative de subversion au pouvoir de l’Etat”, presque autant que le prix nobel Liu Xiaobo. L’écrivain Ran Yunfei, aux 44 000 followers sur Twitter a été “officiellement” arrêté et devrait connaître le même sort. On ne le dira jamais assez: Twitter, cet outil formidable de libre expression, est aussi le Who’s who de la dissidence à disposition des autorités chinoises.

Mais l’un de ces trublions de la libre expression est réapparu, sur un lit d’hôpital. Ses derniers tweets était mystérieux: “Je suis suivi par trois hommes” puis “je m’absente, avec de vieilles connaissances”. Ce sino-australien s’apprête à quitter la Chine. Et ce n’est pas la cour de justice qui l’a convaincu mais les “efforts de médiation” de la police secrète du Guoanbu. Ces agents de la Sûreté de l’Etat, habillés en civil et qui de temps en temps, ne se gênent pas non plus pour intimider les journalistes étrangers.

“Les journalistes ne peuvent pas se servir de la loi chinoise comme d’un bouclier” disait Jiang Yu, la porte parole du ministère des affaires étrangères le mois dernier, lors d’une conférence de presse. Mais les journalistes, les citoyens, bref tout individu présent sur le sol chinois ne devrait-il pas se servir des lois du pays comme d’un bouclier?

“Si on garantie la liberté d’expression, ce sera le chaos”… j’entends souvent cette phrase, pas tellement argumentée, juste reformulée, lorsque je bavarde avec des Pékinois de mon âge, autour d’un café. Le fruit d’une peur savamment orchestrée par la propagande du gouvernement sans qu’on sache véritablement si cette violence, ce chaos viendra du peuple ou de la police armée du peuple (PAP), aussi puissante que l’armée populaire de libération (APL) et exclusivement destinée à garantir la sécurité intérieure.

C’est à n’y rien comprendre de la politique chinoise, où tant de maladresse dictatoriale sape le moindre effort de “soft power”. Une attitude déplorable alors que la Chine désapprouve l’intervention libyenne en brandissant bien haut la carte du pacifisme.

Aloha ! L’île de Hainan, au sud de la Chine, organisera bientôt une étape de la coupe du monde de surf longboard, la “Swatch Girls Pro China” . Et au risque de froisser ses sponsors, la championne du monde en titre Cori Schumacher préfère boycotter l’évènement, pour protester contre les manquements répétés aux droits des femmes. Un bol d’air, iodé, face à un océan d’indifférence… 

jordan pouilleLa boutique Quicksilver de Sanlitun Village à Pékin casse ses prix. Suffisamment pour calmer les consommateurs chinois patriotes, heurtés par le baroud d’honneur de la surfeuse? (Photo JP)
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