A table avec les Chollimas


(Avec le capitaine Hong Yong-Jo)

Je ne suis jamais allé en Corée du Nord. Mais je me console avec cette expérience franchement insolite: un diner avec les joueurs de l’équipe nationale nord coréenne.

J’en parlais dans un article publié l’an dernier chez Médiapart, les cinq restaurants nord coréens de Pékin sont gérés par l’ambassade de Corée du Nord et leurs recettes directement expédiées à Pyongyang, toujours en mal de devises étrangères.

Ce jour là, les joueurs rentraient d’un tournoi triomphal au Népal. Avant chaque retour au pays, l’équipe s’accorde deux jours de répit à Pékin. Comme le veut le protocole, elle est est hébergée à l’ambassade et n’est pas autorisée à déambuler au delà du quartier. Pour rejoindre leur restaurant, joueurs et entraîneurs sont escortés à pied par des officiels en costume sombre, le pin’s de l’immortel Kim Il Sung sur la poitrine.

J’étais le seul client non-coréen et comme d’habitude, une serveuse nord-coréenne m’a demandé si j’étais américain. Etre français est toléré: tout juste vous place-t-on dans un recoin du restaurant. Mais cela ne m’empêche pas d’échanger quelques sourires avec les athlètes, plutôt réceptifs.

Les joueurs dévorent leur bibimbap, picorent des morceaux de bulgogi. Des bouteilles de coca sont planquées sous les tables. Un écran plat diffuse un concert en hommage à Kim Jong Il. Une photo encadrée présente l’équipe de football au complet.

Vingt minutes s’écoulent et quelques joueurs quittent la table pour prendre un peu d’air frais. Je sors, pour en griller une. Dehors, pas de lampadaire. Je ne vois rien. Mais j’entends un joueur qui sifflote, pendant qu’un autre se fait sermonner, en coréen, peut-être par son entraîneur.

Retour en salle. Trente minutes plus tard, les assiettes sont vides et les ventres pleins. Je décide de me lever pour saluer cordialement la table des anciens, assurément le staff. Au plus vieux, je demande avec de grands gestes et un large sourire s’il est possible de se faire photographier aux côtés des joueurs. Par la grâce du houblon ou d’un dîner copieux, il se lève, me prend par le bras et me présente au jeune et beau Cha Jong-Hyok. Il parle anglais, joue en Suisse et accepte de me servir d’interprète.

Grâce à lui, je fais la connaissance de Kim Myong- Gil, 26 ans et gardien de but au Amrokgang de Pyongyang, propriété du ministère de l’Intérieur. “Mmmh, your name sounds like Kim Jong Il !“, dis-je avec défi. Il fronce les sourcils et nous en restons là, à mon grand regret.

Cha Jong-Hyok, le “Suisse” me propose de changer de table fissa pour rencontrer le capitaine, Hong Yong-Jo, en jogging noir. J’entame la conversation en saluant leur participation plus qu’honorable au Mundial sud-africain: les Chollimas ont marqué à la 88e minute contre la Seleçao à Johannesburg, ramenant le score final à 1-2. En évoquant la grève de Knysna, quand les Bleus ont refusé de descendre de bus pour s’entraîner, Cha Jong-Hyok me dit: “Ces choses là arrivent dans toutes les bonnes équipes”. Même pour les Nord Coréens? Merci à mes hôtes pour ce moment inoubliable. 감사합니다 !

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2 Responses to A table avec les Chollimas

  1. Richard says:

    il y a plusieurs restos nord coréens à pékin. Quel est celui dont vous parlez ? celui vers liangmaqiao ou celui vers guomao ?

    postez l’adresse si vous l’avez, merci.

  2. admin says:

    Bonjour Richard, ce n’est pas guomao mais sanlitun, juste à côté de l’ambassade (pas côté russe mais l’autre)

    Cordialement

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