Un dimanche chez les voisins d’Ai Weiwei

 

“Viens t’asseoir et prends une bière”. Sous un soleil de plomb, une quinzaine de jeunes font chanter le barbecue. Ils vivent dans des serres horticoles aménagées en lofts. Nous sommes à Caochangdi, le quartier de l’artiste disparu Ai Weiwei, au Nord Est de Pékin.

Bon, en cette période, Ai Weiwei n’est pas vraiment le sujet de conversation qui surgit entre deux gorgées de Tsingtao. Au yeux du Parti, l’homme est devenu un redoutable dissident. Fils de poètes reconnus par le régime, il a d’abord été longtemps épargné par la répression. Lui même s’étonnait publiquement de ne pas connaître le même sort carcéral que l’écrivain Tan Zuoren, car les deux enquêtaient sur les mêmes bavures du régime (soupçon de corruption massive dans la construction au rabais de milliers d’écoles du Sichuan, frappé par le terrible séisme, il y a 3 ans).

Aujourd’hui, sa femme Lu Qing vit toujours au “258 Fake”, le nom de la résidence de briques d’Ai Weiwei qui rassemble sa maison, ses studios et son bureau. Lu Qing refuse les entretiens, d’après l’ayi et son fils qui nous ont poliment entrouvert la porte métallique bleue turquoise. Détail amusant: juste en face, la caméra de surveillance policière qui du haut d’un poteau surveillait les allées et venues de l’artiste, est finalement tombée. Ai Weiwei en avait fait une copie, taillée dans un bloc de marbre italien.

jordan pouille ©

 

jordan pouille ©

 

Dans ce petit bout de Caochangdi (qui signifie “Herbe des champs”), la moitié des serres a été convertie en spacieux appartements bien isolés, avec carrelages, salon confortable, chambre à part et cuisine aménagée. La plupart des occupants sont des artistes, profs d’arts plastiques, assistants de galeristes. Le midi, le soleil tape très dur et la sauce épicée dans laquelle chacun badigeonne légumes et morceaux de viande n’arrange rien. L’un des résidents nous confie qu’il a travaillé sur un projet d’architecture d’Ai Weiwei. “Je garde un souvenir d’immense liberté artistique dans son studio” dira-t-il, avant de s’accorder une sieste crapuleuse au milieu des arbustes, dans la serre d’en face.

jordan pouille ©

 

Jordan Pouille ©

 

Jordan Pouille ©

 

Jordan Pouille ©

 

Le jeune homme paie moins de 200 euros par mois de loyer pour apprécier ce cadre naturel, insolite et bohème, une “cité radieuse” qui ne s’est pas encore boboïsée, à l’inverse des “siheyuan” retapés des hutongs pittoresques de Gulou ou Beixinqiao.

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