Le train de la colère

Jordan Pouille

C’est presque une photo prémonitoire, celle qui figure dans le “TGV magazine” chinois, distribué actuellement dans les trains sillonnant les 8000 kms du réseau à grande vitesse, ultime fleuron technologique du pays qui lui a sacrifié des milliards d’investissement.

A la manière du “Cri”, cette toile expressionniste de Munch, on y découvre un homme en panique en voyant arriver ce tgv baptisé “Harmonie” et qui traverse le pays de haut en bas.

C’est la ligne Pékin <> Shanghai, inaugurée début juillet avec un an d’avance et qui désormais accumule les pannes de courant. Mais samedi 23 juillet, l’impensable est arrivé. Un accident que n’ont jamais connus les Français ou les Japonais depuis la mise en service de leurs trains rapides, respectivement en 1981 et en 1969.

Deux rames se sont heurtées près de Wenzhou, à l’est du pays. L’un était à l’arrêt depuis quinze minutes et l’autre lui a foncé dessus.

A présent, la manière dont est gérée cette terrible tragédie n’en finit plus d’heurter les internautes et les journalistes chinois, n’en déplaisent aux services de la Propagande dont les consignes (ne pas relayer, ne pas spéculer, ne pas enquêter) sont ignorées. Impossible de savoir aujourd’hui si cette soif de vérité va finir par s’estomper ou si corruption, incompétences et erreurs humaines à tous les étages du tentaculaire ministère du rail seront véritablement mises à jour.

On le sait quatre wagons ont bondi par dessus un viaduc, tuant au moins 39 passagers. Mais le lendemain matin, en plein jour et devant les caméras, les pelleteuses dégageaient les débris pour nettoyer la voie. Il aura fallu l’indiscipline d’un policier refusant de stopper les recherches, pour retrouver un survivant, un bébé.

Très vite, trop vite, le gouvernement a proposé une aide financière aux familles de victimes, avec une récompense pour les premiers arrivés. Dans le même temps, les avocats sollicités par des particuliers se voient contraint de les dénoncer aux autorités judiciaires locales afin de prévenir tout procès, considéré comme facteur d’instabilité.

Et peut-être aussi la vitesse de l’enquête. Ce matin, le CRSCD (China National Railway Signal and Communication Co) publiait en chinois une lettre d’excuses sur son site car la collision serait simplement due à un problème de signalisation. Mais l’on se demande déjà si ce n’est pas une stratégie pour ne pas aller creuser plus loin. Selon le chercheur He Weifang, la commission d’enquête désignée par le Conseil d’Etat comporterait déjà une palanquée d’officiels du Ministère du Rail, qui seraient donc juges et parties.

Pour en savoir plus, cet article ce soir de Tom Lassetter, correspondant américain à Pékin

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