L’humanitaire, sous bonne escorte.

Jordan Pouille

Parenthèse africaine au milieu d’une correspondance chinoise. Avec mon camarade photojournaliste Sébastien Nogier – nous étions partis en Afghanistan ensemble – nous partons en reportage au Kenya, où affluent les réfugiés somaliens, victimes de la sécheresse et de la guerre civile.

Pour se rendre à Dadaab, le camp où vivent 450 000 réfugiés somaliens, mieux vaux désormais éviter le bitume ! La longue route de Garissa – reliant nairobi à dadaab- est devenue le terrain de jeu des voyous ravis de pouvoir vous dépouiller.La solution reste les trois A/R de l’avion Dash8 du World Food Programme à 300 dollars US. Départ de l’aéroport Wilson.

Plus inquiétant est la présence des miliciens armés du réseau Al Shabab. Il y a une semaine, un chauffeur de Care s’est fait kidnapper, en plein jour, par des islamistes, pistolet sur le tempe. Il circulait pourtant dans le camp, au milieu des réfugiés. En protestation mais également en signe de solidarité, à Dadaab, j’ai vu 300 humanitaires marcher de nuit le long des QG  de Care et UNHCR avant de se rassembler pour une minute de silence. Depuis, toujours aucune nouvelle du chauffeur.

edit du 13 octobre au soir: on apprend le kidnapping de deux humanitaires espagnols travaillant pour MSF. MSF Suisse et MSF Espagne gèrent deux hôpitaux incontournables à Dadaab pour enfants souffrants d’épidémies ou de très lourde malnutrition.

L’autre défi est de relier rapidement le camp sécurisé où nous sommes hébergés (sécurisé mais pas v.i.p.: on dort sous la tente, on se lave au saut d’eau) aux camps où les réfugiés sont installés. La route est longue et là encore, chaque déplacement doit se faire dans un convoi sécurisé. A heures fixes, dès 7h45, ce sont souvent une trentaine de 4×4 qui avalent la piste de sable, encerclés de 4×4 avec des policiers ou militaires armés à leur bord.

Si je souhaite me déplacer seul, sans convoi onusien, alors il faut trouver un véhicule avec chauffeur somali-kenyan (150 à 200 dollars par jour) et là encore des hommes armés à l’Ak-47 dont le tarif évolue sans cesse selon leur humeur. Un petit détour? “More money” hurlent-ils. Et ils ne plaisent pas. Cela peut vous paraitre abusif, exagéré mais ce sont les conditions imposées au personnel et aux journalistes de passage, par l’UNHCR.

ps: et je ne parle même pas de Liboi, poste frontière, où des volontaires américains du American Refugee Committee basés à Dadaab, se rendent régulièrement. Ils sont tenus de de rouler le pied sur le plancher pour éviter les tirs, les guet-apens. C’est aussi à Liboi qu’MSF (Médecins sans frontière) a du évacuer son dispensaire récemment.

Jordan Pouille

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