Touche pas à mon brevet !

Imaginer une grosse société américaine d’informatique. Pas Apple cette fois, ni Microsoft. Mais une firme tout aussi créative, qui dépose brevet sur brevet. Celle-ci a donc inventé une méthode pour améliorer sensiblement la performance d’un processeur, empêcher qu’une batterie ne chauffe ou qu’un disque dur ne perde des informations. Des travaux de recherches précieux mais qui s’arrêtent au stade du laboratoire. N’ayant pas assez d’ingénieurs, cette société préfère passer le relais. Elle tient donc une juteuse affaire de location de brevets. En clair, elle empoche les dollars de ceux qui souhaiteraient bien passer de la théorie à la pratique, de ceux qui voudraient bien commercialiser au grand public ce que ses chercheurs érudits ont imaginé dans la pénombre d’un atelier sophistiqué.

Mais comme il s’agit d’une industrie stratégique aux yeux de l’Amérique – car celle-ci peut notamment trouver des applications militaires, cette société américaine ne peut vendre ses juteux brevets qu’à d’autres sociétés américaines.

Puis imaginer John. John Lee, la trentaine. John est Américain, enfant unique de parents Chinois. Il a une petite start-up enregistrée aux Etats-Unis. Il y a quelques mois, John est allé voir l’entreprise d’informatique, avec ses économies. Il lui racheté l’exploitation du brevet pendant une durée d’un an: une dépense de 8 millions de dollars.

Ce que la société américaine ne sait pas ou feint d’ignorer c’est que John dispose d’une autre société, chinoise cette fois. Celle-ci est domiciliée à Pékin et compte une trentaine d’ingénieurs tous trentenaires, expérimentés et formés à Jiaotong University. La formation incluait un stage à la Silicon Valley. Ce sont eux qui, tout la semaine, se creusent la tête pour mettre au point la technologie e qui se cache derrière le brevet à 8 millions de dollars. Car il ne suffit pas de la transférer d’un continent à un autre, encore faut-il la maîtriser et c’est justement à quoi s’emploient ces talentueux informaticiens chinois.

Pour faire prospérer son affaire, John s’est associé avec un partenaire prospère et ambitieux: le gouvernement chinois, propriétaire pour moitié… tantôt à 49%, tantôt à 51% selon les circonstances.

Si les 30 ingénieurs aboutissent et parviennent à matérialiser l’idée du brevet américain, alors le gouvernement saura apporter les fonds nécessaires à la mise en production, garantir à John Lee des terrains pour construire son usine et même lui fournir une main d’oeuvre migrante docile et bon marché. Alors seulement les yuans pleuvront sur John et sur le gouvernement chinois.

C’est un aspect de l’économie, du transfert de savoir-faire que j’ai pu palper en rencontrant un ingénieur informatique chinois. La bataille des droits intellectuels, la protection des technologies est un combat devenu prioritaire pour les Américains. Il y a un an, un Californien comparaissait au tribunal pour “évasion technologique”. David Zhang s’était associé à un laboratoire Sichuanais et employait des ingénieurs américains qui, ayant maîtrisé une technologie numérique dite sensible, partaient en Chine pour participer à des “séminaires de formation” de grande ampleur.

Paradoxalement, Apple a parfaitement pénétré le marché chinois, elle fait fabriquer ses Ipads et Iphones en Chine et aucune société chinoise ne semble lui faire de l’ombre: les consommateurs chinois réclament Apple coûte que coûte. L’Apple Store de Pékin est devenu en trois ans, le magasin de la firme le plus profitable au monde.

Cela va donc à l’encontre de tous ceux qui pensaient que le transfert de technologie était le prix à payer pour accéder ensuite au marché chinois. A l’inverse, des fabricants de tgv ou de centrales nucléaires se sont mordus les doigts en transférant massivement leurs savoirs et en ne récupérant, à court terme, qu’une poignée de contrats. Un supplice qui n’en finit plus car ceux-ci en viennent à présent à subir la concurrence chinoise sur leur propre marché historique.

Etes vous entrepreneur dans l’industrie de la haute technologie? Faites vous signer des contrats de confidentialité à vos salariés? Quelle est votre approche/politique sur la question du transfert des technologies?

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One Response to Touche pas à mon brevet !

  1. Damien B says:

    Je trouve l’exemple d’Apple peu pertinent. Je m’explique. D’un point de vue technique, les produits Apple ne sont pas très différents de la concurrence. Apple n’a pas d’usine, de composants révolutionnaires, de méthodologies inconnues. Ils réalisent un très joli travail de conception, un énorme travail de sourcing et de négociation, et ont des demandes supérieures en terme de contrôle qualité. Au final, il n’y a pas de transfert technologique dans la balance pour entrer sur le marché.

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