Le terrorisme selon Pékin

jordan pouille ©

La Chine, Etat de droit s’il en est, se penche actuellement sur une définition officielle du terme “terrorisme”. Il y aurait donc un terrorisme aux “caractéristiques chinoises”…

Depuis hier, une loi dite “anti-terroriste” est officiellement à l’étude à Pékin, par le Comité Permanent de l’Assemblée Nationale Populaire. L’agence “Chine Nouvelle” précise que “cette loi est un préambule à de prochaines campagnes de lutte anti-terroriste”.

La dépêche de l’agence officielle rappelle que les sanctions existent – entre trois et dix ans de prison- mais qu’on ne sait pas vraiment ce qu’est un terroriste en Chine. Il est vrai qu’il y a de quoi s’emmêler les pinceaux. La semaine dernière, lors d’une conférence de presse, la porte parole du ministère des affaires étrangères allait même à comparer  la dernière immolation d’un moine tibétain à du “terrorisme déguisé”:  ”Les cas d’immolation sont contraires à la morale et à la conscience et devraient être condamnés” ou ”Les activités séparatistes qui coûtent des vies humaines sont de la violence et du terrorisme déguisés”.

Alors ne sera-ce qu’un jargon supplémentaire? Est ce qu’une définition chinoise du terrorisme pourrait élargir ou rétrécir les cibles de l’outil répressif? On sait qu’un amendement de la procédure criminelle est en cours pour légaliser des disparitions sans justification de suspects, bien souvent des dissidents, considérés comme faisant atteinte à la sécurité de l’Etat.

Ici, ce qui est étrange, c’est cette nouvelle définition apportée à l’acte de terrorisme: “tout acte visant à provoquer la peur collective, s’en prendre à des organes d’Etat, des organisations internationales par la violence, le sabotage, les menaces ou d’autres tactiques“. Censée apporter un peu de clarté, cette définition brille par son imprécision.

Car après tout, un avocat des droits de l’homme révélant un vaste programme d’avortement forcés, un journaliste chinois enquêtant sur les lacunes du tgv chinois ou une poignée de ouighours s’en prenant à un poste de police pourraient bien figurer dans cette catégorie de provocateurs de peur collective. Même l’outil en ligne Weibo (le twitter chinois), cet empêcheur de tourner en rond capable de propager en moins de deux, n’importe quelle rumeur, scandale alimentaire, faits divers aux quatre coins de la Chine, pourrait constituer un organe terroriste dans la mesure où il sabote le travail du Bureau de Propagande d’Etat et ses consignes de censure quotidiennes auprès des médias officiels.

“Les actes terroristes provoquent ou ont pour but de provoquer des dommages à la société, qu’il s’agisse de victimes humaines, de pertes économiques majeures de trouble à l’ordre social“, poursuit la définition officielle à l’étude.

Rassurons nous, l’agence Chine Nouvelle promet qu’une liste des organisations terroristes et des terroristes sera dressée et diffusée par les autorités de sécurité publique. On saura peut-être alors qui est vraiment dans le collimateur de l’Etat.

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