A Pékin, l’Orient est beige !

C’est une petite perle que nous rapporte le South China Morning Post, quotidien hong kongais. Quand les Pékinois suffoquent dans les gaz d’échappement, leurs dirigeants carburent aux purificateurs d’air.

200 appareils à 2000 dollars pièce sont installés à Zhongnanhai, la résidence privée du chef de l’Etat et de son premier ministre, juste à côté de la porte de la Paix Céleste de la Cité Interdite. La gorge profonde du journal est le fabricant lui-même qui, sur son site, a cru bon de mettre en avant ses prestigieux clients, dont on sait déjà qu’ils jouissent de leurs propres fermes bio, tout comme les patrons des principales entreprises d’Etat chinoises.

“Le peuple peut se féliciter que ses dirigeants bénéficient d’un environnement optimal”. Il précise que les piscines, les toilettes, la salle de gym, bref toutes les salles de vie de Zhongnanhai en sont équipées depuis la fin des Jeux Olympiques. Au moins on saura que les leaders se sentent très concernés par la pollution.

Car les Pékinois ont vécu un mois d’octobre particulièrement difficile. Chaque jour, une brume sombre s’est emparée de la capitale. Dans les médias, des médecins conseillaient aux gens de rester chez eux. Dans le quartier d’affaires de Chaoyang, flotte encore le doux parfum de la peinture au plomb mêlé aux exotiques volutes de gazole mal raffiné.

Cloué sur le toit de l’ambassade américaine, un petit appareil enregistre la qualité de l’air pékinois. Il calcule la densité de particules dans l’air.

Cet impérialiste ‘Air Quality Monitor’ diffuse ses sulfureux résultats en temps réel, sur les téléphones et sur twitter ( http://twitter.com/beijingair). Par exemple, à 15h aujourd’hui, on peut lire  : 11-04-2011; 15:00; PM2.5; 113.0; 178; Unhealthy

“Unhealthy” ou mauvais pour la santé. Tout est dit.

Le mois dernier, la machine indiquait même “beyond index” pour signifier qu’il n’existait plus de mesure assez haute pour décrire la qualité de l’air pékinois. Nous dépassions haut la main le “very unhealthy” et le non moins inquiétant “hazardous”. Soit des taux vingt fois supérieurs aux limites fixées par l’Organisation Mondiale de la Santé.

“Crazy bad” (complètement fou) fut le terme ultime employé par la facétieuse machine il y a un an. Mais l’expression humoristique a provoqué un grabuge diplomatique entre l’ambassade américaine et le ministère des affaires étrangères chinois (mofa). Le gouvernement estimait que cette machine diabolique pouvait même aller jusqu’à provoquer des troubles sociaux.

Vous l’avez compris: à Pékin, l’Orient n’est plus Rouge, il est gris-beige.

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