Wukan, un village d’irréductibles

Au sud de la Chine, un village entier se barricade contre la police après la mort suspecte de l’un des leurs, qui militait contre le vol de ses terres par les officiels locaux. Les forces de l’ordre encerclent la commune et empêchent quiconque d’y pénétrer. Heureusement, les villageois sont rusés et le ravitaillement se poursuit par des voies détournées. Même des journalistes ont pu y pénétrer. Mais que va-t-il se passer?

Trois scénarios:

– Soit Pékin réagit, punit sévèrement quelques officiels pour l’exemple et rétablit le calme, tout en s’assurant que l’histoire est ‘harmonieusement’ relatée par Xinhua, l’agence de presse.

– Soit le gouvernement local réprime sévèrement et la révolte ne pourra que faire tache d’huile… pour le plus grand désarroi de Wang Yan, secrétaire général de la province du Guangdong qui brigue un siège au politburo à Pékin l’an prochain.

– Soit le gouvernement local accepte de négocier, de “lancer une enquête” pour ne pas perdre la face, puis de lâcher prise, très vite, via de généreuses indemnités de compensation, sous la pression de Pékin et des internautes chinois.

La presse étrangère est présente sur place. Malcolm Moore du Daily Telegraph est à l’intérieur du village, tout comme un journaliste de l’AFP et Tom Lassetter, excellent confrère et ami. Ils seront bientôt rejoints par d’autres journalistes basés à Pékin. Leur présence est très importante.

Car il est faux, paresseux et dangereux de dire que Pékin compte ainsi affamer sa population, pour la forcer à se rendre” comme j’ai pu le lire sur un papier rédigé par un journaliste (?) depuis Paris. Il faut toujours faire la distinction entre autorités microlocales, locales et centrales tout comme garder en tête l’importance des luttes d’influences et de l’impact politique d’une révolte populaire à l’approche du XVIIIe congrès en septembre 2012.  Ce journaliste enfonce le clou de la dramatisation absurde: Mais, une nouvelle fois, Pékin a tout prévu”

Puis je lis sous sa plume que “Wukan a disparu de la toile chinoise”. C’est faux et c’est oublier tout le travail des internautes pour contourner la censure ou celui du blogueur hong-kongais Beifeng qui agrège en ce moment toutes les infos. Il interviewait hier la fille du militant décédé au téléphone. Et comme le signale le sinologue Renaud de Spens, même le Beijing News évoque la révolte, certes timidement.

Il serait donc préférable de ne pas transposer nos fantasmes révolutionnaires français lorsqu’on parle d’un mouvement social en Chine: les paysans de Wukan ou d’ailleurs ne veulent pas renverser le Parti Unique ou le régime mais plutôt se débarrasser de leurs édiles locaux. En règle générale, à travers mes reportages dans les campagnes du Gansu, du Shandong, de Mongolie-Intérieure ou du Hebei, j’ai pu observer que les familles conservaient une confiance aveugle dans le gouvernement central à Pékin, persuadées – souvent à tort – de sa bienveillance.

Voici à présent une recherche vidéos que j’ai réalisée sur le thème de Wukan. Celles-ci ont déjà disparu de Weibo mais ont trouvé refuge sur Youtube et nous donne une meilleure idée du mouvement.

Bus de police renversés dans le village de Wukan, le 22 septembre 2011:

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Les CRS battent en retraite devant la colère générale des villageois:

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Certains rebelles, arrêtés par la police et contraints d’expliquer face caméra qu’ils sont bien traités en cellule, qu’ils n’ont pas été tapés et qu’il ne faut pas céder aux rumeurs.

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