Lu Tian Fu, 28 ans, souffre en silence

Lu Tian Fu a 28 ans, il est arrivé à Pékin il y a neuf jours. Assis devant la gare centrale, l’homme est sale, sent mauvais et ses pieds sont en piteux état. Il n’a plus d’orteils, seuls des os qui sortent de sa chair suintante. La vision est atroce. Les Pékinois sortant de la bouche de métro pour rejoindre la gare font la grimace en passant devant lui.”Il ne m’en reste plus que trois” dit-il.

Il y a cinq jours, des policiers lui ont simplement demandé de disparaitre, afin d’échapper à la vue de leur chef, qui vient inspecter la place chaque après-midi. Le voici à présent sous l’un des deux ponts piétonniers, enjambant la route parallèle à la gare. La police nous affirmait qu’il serait pris en charge par une équipe médicale dédiée aux SDF, à l’image du Samu Social. Il n’en est rien. Aujourd’hui, l’homme survit grâce à des fruits que lui donne un commerçant à la fin de la journée. Le marchand dit qu’il n’est pas un mendiant professionnel comme les autres ou même exploité par un mafieux.

Qu’est venu faire Lu Tian Fu à Pékin? Les hôpitaux d’Harbin, sa ville d’origine, ont (dit-il) refusé de le soigner, parce qu’il n’était pas en mesure de payer. Ici, il nourrit l’espoir qu’une association le prenne en charge. Incapable de marcher, il reste au sol, presque végétatif. Il n’harangue personne, on dirait plutôt qu’il attend. Il rumine, même, en apercevant l’hôpital de Tongji au bout de la rue. A cause de son “hukou” d’Harbin (: passeport interne), aucun établissement de santé pékinois ne lui ouvrira ses portes, à moins qu’il ne puisse allonger la monnaie.

Lu Tian Fu est un ancien soldat de l’Armée Populaire de Libération. Il était basé dans la province du Yunnan et s’en allait combattre à la frontière avec la Birmanie, “et souvent au delà”.  Mais c’est, dit-il, après un gros coup de crosse à la tête, déformant son crâne, qu’il quitte l’armée et rentre à la maison. L’an dernier, ses parents, son frère meurent dans un accident de voiture. Sa belle-soeur est toujours hospitalisée. Il s’est ruiné en tentant de la faire soigner. Il s’est alors retrouvé sans logement, à dormir dehors, dans le froid sibérien d’Harbin. Ses orteils ont gelé pendant le Nouvel An Chinois. Ses mains sont rouges sang, gonflées “mais ça va mieux” assure-t-il.

En postant sa photo sur mon compte Weibo (le twitter chinois) ce matin, j’ai reçu un coup de fil d’une “newsproducer” de la BBC. Même si elle semblait  plus intéressée par son passé de militaire que par son état de santé, j’espère que la diffusion d’un reportage de la Beep poussera les autorités à agir en faveur de Lu Tian Fu. Les ong pékinoises  manquent de fonds et de moyens pour répondre efficacement à la détresse humaine.

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