Chen Guangcheng en lieu sûr…

(Devant l’ambassade américaine – vendredi 27 avril à 17h – photo J.P.)

L’avocat non-voyant, célèbre militant contre les avortements et stérilisations forcés, s’est échappé de son domicile où il était consigné et régulièrement tabassé. Et il serait donc à Pékin, “sous protection américaine” selon Bob Fu, le fondateur de “ChinaAid” une ONG chrétienne américaine influente. Tous les yeux sont naturellement rivés sur l’ambassade américaine de Tianze Lu. Mais pour l’instant, ni l’ambassade américaine, ni le gouvernement chinois ne confirment sa présence. Un “R.G.” chinois anonyme a toutefois assuré au New York Times que CGC se trouve bien à l’intérieur du bunker américain !

A quelques jours de la visite chinoise d’Hillary Clinton pour un sommet économique, les autorités pékinoises auraient sans doute intérêt à régler fissa cette histoire embarrassante.

Après tout, si on prend la loi chinoise au pied de la lettre, Chen Guangcheng est un citoyen libre (c’est sa consignation à domicile qui ne l’était pas) donc rien ne l’interdit de quitter son village du Shandong et d’aller déambuler dans une ambassade pékinoise si cette dernière est d’accord !  A la différence du chef de la police de Chongqing Wang Lijun, qui de part ses fonctions, aurait du demander “l’autorisation” à ses supérieurs avant d’aller se réfugier au consulat américain de Chengdu…

Ce weekend, l’inquiétude va pour ses proches, tour à tour convoqués par la police ou injoignables par email ou téléphone: la sublime He Peirong qui dit avoir organisé sa fuite, le dissident Hu Jia qui affirme l’avoir accueilli peu après, Zeng Jinyan son épouse ou même l’avocat des droits de l’homme Guo Yushan, qui précise avoir mis en ligne la vidéo-témoignage de CGC, au cours de laquelle ce dernier lance un appel de détresse au premier ministre Wen Jiabao. Des gens qui, disent-ils haut et fort, ont aidé un homme officiellement libre, à fuir ses ravisseurs. On s’inquiète aussi pour la famille de CGC, actuellement détenue par la police locale. Le site de Mao Yushi, vieil économiste pékinois connu pour ses positions réformatrices, est fermé. Espérons vraiment que le pays ne connaisse pas une nouvelle vague de répressions, comme ce fut le cas dans les mois ayant suivi les tentatives de rassemblement de Jasmin de février 2011, où avocats, intellectuels, militants de tout le pays étaient systématiquement assignés à résidence.

Car si le gouvernement central a toujours nié être au courant des difficultés rencontrées par l’avocat, on peut se demander si des chefaillons de Linyi seraient capables d’interdire les mots “chen guangcheng, ambassade, US, avocat aveugle” de Weibo (twitter chinois) ou même d’obtenir l’arrestation de personnes à Pékin ou Nankin.

On peut aussi se demander comment CGC et Hu Jia, deux hommes parmi les dissidents les plus surveillés de Chine ont réussi à se faire photographier bras dessus bras dessous, au nez et à la barbe des autorités ? … Et c’est seulement samedi en début de soirée que Hu Jia est questionné par les Guobao. Ce retard à la détente est peut-être un élément révélateur de la cacophonie qui règne en haut lieu.

Voici quelques suggestions de lectures en français ou en anglais:

“Her Peirong, la perle de Nankin”, qui a aidé l’avocat aveugle à s’échapper (Blog de Stéphane Lagarde, RFI)

How China tried to lock down a blind man (The Guardian)

L’Onu inquiète de la sécurité de CGC et de sa famille (site de l’ONU)

A Chen Guangcheng primer (Foreign policy blog)

(Devant la Résidence de l’ambassadeur américain – samedi 28 avril 2012 – 14h15)

mise à jour 29 avril: ajout photo ci dessus.

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