Une bouffée d’espoir

Il y a parfois des signes qui nous font croire en l’émergence d’une société civile, faisant mur derrière un citoyen meurtri ou imposant des limites à ses dirigeants tout puissants. On oublie alors la petite Yueyue, écrasée par un camion et laissée pour morte, en octobre dernier, devant des passants indifférents.

Voici l’histoire. D’une seule voix, la presse officielle chinoise a dénoncé l’avortement forcé d’une jeune femme par des agents du Planning Familial. Et sous la pression populaire, les officiels du Hunan ont ouvert une enquête pour savoir si Li Wangyang, militant méconnu du 4 juin 1989, s’est vraiment pendu, après avoir purgé 22 ans de prison.

Tout en faisant la part belle à la mise en orbite de la première spationaute ou le projet de construction en Chine du plus haut gratte-ciel en moins de neuf mois, la presse chinoise s’est enfin indignée de la cruauté du “contrôle des naissances”. Agé de 7 mois, le foetus de Feng Jianmei, 27 ans, est mort. La jeune femme avait déjà un enfant, né il y a 5 ans. Elle en voulait un deuxième, quitte à payer une amende de 4600 euros. Mais ça n’a pas suffi. Des fonctionnaires ont kidnappé Feng, lui ont mis un sac sur la tête, saisi son pouce pour le tremper dans de l’encre et lui faire signer, littéralement, l’arrêt de mort de son petit à venir. Deux jours plus tard, il mourrait du poison injecté directement dans son crâne. La photo du petit cadavre étendu sur le lit d’hopital, à côté de Feng Jianmei, a bouleversé la population.

Dans un village perdu du Gansu, province pauvre du Nord Ouest de la Chine, j’avais déjà rencontré des mamans obligées de se faire stériliser afin de pouvoir scolariser leur enfant unique. Elles nous expliquaient qu’elles n’avait d’autre choix que de présenter un “certificat de stérilisation” au directeur de l’établissement. Une manière aussi radicale qu’illégale pour les fonctionnaires locaux du Bureau des Contrôle des Naissances d’appliquer la politique de l’enfant unique, en vigueur depuis 1979. En Chine, quand ils n’achètent pas leurs grades, les cadres locaux font carrière au sein du Parti s’ils excellent dans deux domaines: créer de la croissance et à appliquer la loi sur l’enfant unique.

Dans le cas de Feng Jianmei, trois fonctionnaires ont été virés. Fissa. Bien peu, me direz vous. Ce qui est encourageant, c’est que la presse officielle, aux ordres du Bureau de la Propagande, en ait parlé. Car comme le signalait un confrère d’RFI, Hu Jintao disait encore en janvier dernier que les avortements forcés n’avaient jamais existé. On peut donc penser, légitimement, que cette loi fait actuellement débat, jusqu’au sommet du pouvoir.

Affaire 2. Dans le Hunan, Sud de la Chine. Au lendemain de l’anniversaire du massacre de Tiananmen du 4 juin 1989, Wangyang est retrouvé mort dans un hôpital. La télévision Hongkongaise avait diffusé son interview dans laquelle il répétait son envie irrépressible de démocratie. Wangyang venait de passer 22 ans années en prison. Torturé si fort qu’il en avait perdu la vue et l’ouïe. A sa sortie, sa famille communiquait avec lui en traçant les caractères chinois sur la peau de son bras.

Comme dans un mauvais film, la police locale a très vite conclu au suicide, par pendaison, et procédé, dans la foulée à la crémation du corps. A Hong-Kong des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue et le directeur du cabinet du chef de l’exécutif hong-kongais, proche du régime de Pékin, a promis qu’il en toucherait deux mots au gouvernement central. Aujourdhui, le quotidien hongkongais South China Morning Post publie une bonne nouvelle. Les autorités du Hunan relancent l’enquête sur la mort de Li Wangyang, ainsi prêtes à lâcher la police et sa thèse intenable  du suicide. Evidemment, le sujet du 4 juin reste tabou. “Tout le monde se souvient mais personne n’en discute” me confiait une autre fois une étudiante. En Chine, il y a 2 Histoires: l’Histoire réelle et l’Histoire admise par le Parti unique. Peu à peu, lentement, les deux se rejoignent.

Et puis il y a le pdg milliardaire Jack Ma, fondateur d’Alibaba qui contrôle le très lucratif “TaoBao”, l’Amazon chinois. Lui qui scolarise son gamin aux Etats-Unis dit vouloir introduire la démocratie au sein de son entreprise. Comment? En soumettant au vote de ses 25 000 employés le choix des personnes affectée à la philantropie de l’entreprise. En Chine, bien peu de gens font confiance aux associations caritatives. Ira-t-il jusqu’à créer un syndicat (autonome) ?

A tempérer…

Je rentrais d’un reportage un peu compliqué dans le Hebei. Pour rejoindre la gare, nous avons traversé une petite ville, semblable à tant d’autres avec ses tours de béton vides, ses berlines sans plaques minéralogiques, ses bordels maquillés en  salons de massage.

Sauf qu’ici, à la nuit tombée, plus de taxi à l’horizon. Ils craignent les kidnappings. Trois en deux ans, nous a-t-on expliqués. La semaine dernière, un chauffeur de 23 ans a été enterré vivant, peu après que ses parents rançonnés aient appelé la police. La presse locale n’a rien publié. Cette petite commune viticole est tenue par une famille mafieuse du Dongbei, le Nord Est de la Chine. Elle arrose les fonctionnaires locaux, qui, visiblement, y trouvent leur compte.

Biensur, je garde en mémoire les commentaires de lecteurs agacés par des papiers qu’ils jugent “anti-chine”. Eux ont en tête des données macro-économiques encourageantes comme la baisse de la pauvreté, la fin de la malnutrition. Ils se souviennent des famines d’antan et constatent un “progrès” fulgurant.

Mais face au terrain, à la réalité actuelle, à la corruption généralisée des officiels, à l’indifférence coupable des élites, au peu de confiance qu’accordent le peuple à ses dirigeants, à cette incapacité grandissante de faire régner “l’Etat de droit” , de quel progrès concret parle-t-on encore, vers quel idéal se dirige-t-on?

Doit-on espérer un souffle, un nouvel élan avec l’arrivée du mystérieux Xi Jinping à l’automne prochain ?  Pour rallier 1.4 milliards d’individus, il faudra bien plus que des banderoles rouges appelant au “développement scientifique et harmonieux”.

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One Response to Une bouffée d’espoir

  1. movitcity says:

    Merci pour vos analyses. Courage, votre “idéalisme” n’est certainement pas inutile.

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