Devillers dans le panier de crabes chinois

C’est l’ami français du clan Bo Xilai, le chef déchu du Parti de Chongqing et ancien prétendant au Politburo. On lui prête une idylle avec son épouse Gu Kailai, elle-même accusée du meurtre du britannique Neil Heywood. Le voici en Chine, “pour aider la police dans son enquête”.

Une semaine à peine après la visite sobre du ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius, c’est autour de l’architecte Patrick Henry Devillers d’être accueilli à Pékin… par la police de la Sûreté de l’Etat.

L’homme vivait paisiblement au Cambodge, depuis au moins cinq ans, mais le scandale politique chinois de la décennie, la chute de Bo Xilai, lui est revenu au visage comme une grosse gifle. D’après le Financial Times, en 2000, Devillers avait créé avec l’épouse de Gu Kailai une société enregistrée à Bournemouth. En 2006, Devillers enregistrait une société au Luxembourg et dont le siège disposait de la même adresse qu’un cabinet d’avocats d’affaires contrôlé par Gu Kailai. Enfin, le Français avait vécu à Londres dans un appartement chic appartenant à la famille Bo. A quelques mois du VXIIIe congrès du PCC, où les sages du Politburo seront remplacés, les principaux clans se battent pour se maintenir au pouvoir. Les proches de Bo Xilai, hommes d’affaires puissants, généraux et officiels sont peu à peu interrogés, écartés voire sacrifiés sur l’autel de la discipline sourde du Parti.
Patrick Henry Devillers se pensait sans doute à l’abri de cette tambouille communiste et évitait soigneusement les interviews des médias occidentaux (la presse chinoise n’ose effleurer le sujet). A sa grande tristesse, le Français a été interpellé le 18 juin pour une enquête sur d’éventuels crimes commis en Chine… que les autorités cambodgiennes et chinoises se sont bien gardées de préciser. Lors de ses conférences de presse quotidiennes, Hong Lei, l’inénarrable porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères chinois, n’a jamais rien eu à déclarer sur cette affaire.

Heureusement pour lui, le 22 juin, le Cambodge affirmait que le citoyen français ne serait jamais extradé.

Mais hier soir, Patrick Henry de Villers a quitté Phnom Penh “libre”. Il aurait foncé vers la capitale Pékinoise, sans escorte. A Pékin, l’Ambassade de France renvoie poliment vers le Ministère des Affaires Etrangères français. D’après le ministre de l’information cambodgien, le voici simplement entendu comme témoin à Pékin.

Devilliers serait donc venu de son plein gré en Chine, libérable dans moins de 60 jours. Peut-être croisera-t-il Bo Xilai, dans l’attente de son éventuel procès pour trahison. On dit de lui qu’il est désormais hospitalisé à Pékin après des mois d’interrogatoires, probablement dans un hôtel de Bei Dai He, la station balnéaire de la nomenklatura chinoise. Espérons, pour Devillers, qu’il dispose de l’immunité…

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