Foxconn et le travail des enfants – Analyse

Aujourd’hui, le géant de l’électronique Foxconn a reconnu employer des adolescents de 14 ans dans l’une de ses usines chinoises.

Pour être allé à 5 reprises sur trois sites Foxconn, avoir rencontré de nombreux ouvriers de Shenzhen, Chengdu ou Chongqing puis questionné Louis Woo, le porte-parole de la firme taïwanaise, il me semble peu probable que Foxconn ait sciemment cherché à employer des enfants. Pour le 1er employeur privé de Chine et fournisseur principal d’Apple, ce serait se tirer une balle dans le pied que d’agir ainsi.

Mais parce qu’il fricote activement avec les autorités locales, profitant de sites industriels clé en main, Foxconn a sans doute fermé les yeux un peu vite sur l’afflux de main d’oeuvre que ces dernières étaient en mesure de lui apporter, lors de pics de production.

En banlieue de Chongqing, j’ai vu des bus de lycées professionnels déverser leur flot d’élèves au pied de cette usine flambant neuve, où sont fabriqués les imprimantes et les cartouches d’encre HP. Ils étaient là pour des stages obligatoires, du travail forcé en d’autres termes. Soit quelques mois de travail à la chaine, aux antipodes de leurs compétences et de leurs aspirations.

Plus loin, dans l’usine d’Ipads de Pixian, en banlieue de Chengdu, dans le Sichuan, des salariés m’ont expliqué comment les officiels du Parti de leur commune d’origine avaient des quotas d’ouvriers à satisfaire, pour continuer de recevoir l’aide publique du gouvernement de province. Les ouvriers se laissaient enrôler de bonne grâce car ils obtenaient des facilités administratives en échange, comme un mariage express par exemple.

En revanche, à Longhua, en banlieue de Shenzhen, là où est implantée l’usine historique de Foxconn (et ses 350 000 ouvriers), les autocollants publicitaires appelant à obtenir des papiers d’identité contrefaits sont monnaie courante. L’usine est si grande, les dortoirs si éparpillés, que beaucoup d’aspects de la vie courante des salariés échappent totalement à l’employeur.

Sachant que l’âge légal du travail en Chine est 16 ans et que les patrons d’usines chinoises du Guangdong sont généralement peu regardants si leurs nouvelles recrues ont 15 ans 1/2… il ne serait pas étonnant que le laxisme de certains cadres de Foxconn permettent à des mineurs de se faire embaucher.

Enfin, pour peu qu’il tienne le rythme éreintant et la discipline militaire, le salaire d’un ouvrier Foxconn y dépasse celui des jeunes cadres fraichement sortis de l’université. De quoi attirer des travailleurs migrants de tous âges, même s’ils déchantent vite.

Lire ma dernière enquête à Foxconn pour Le Monde Diplomatique (Juin 2012)

Le mois dernier, l’organisation de défense des droits des travailleurs SACOM, basée à Hong-Kong, dressait des conclusions similaires, mais pour l’usine Foxconn du Henan:

“It revealed that the Hennan provincial government pressed the vocational schools and local authorities to supply labour to Foxconn to cope with the high turnover rate and the peak season”.

“The schools and townships even have to meet a quota in sending people to the company.”

Quelques portraits d’ouvriers pris sur le site industriel de Foxconn Chongqing. Nous n’avons pu pénétrer à l’intérieur de l’atelier mais des ouvriers nous ont accueilli à l’intérieur des dortoirs. La production avait commencé avant même que les dortoirs ne terminent d’être construits. Quelques ouvriers viennent de l’usine mère, à Shenzhen Longhua. Ils ont profité du programme de délocalisation. Ils nous ont confié leur joie de joie d’un ascenseur, d’une télé, de l’eau chaude mais aussi d’air propre.




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