Ambitions nucléaires nord coréennes (Le Soir)


Pékin veut-il vraiment raisonner son voisin ?

POUILLE,JORDAN

Page 10

Vendredi 15 février 2013

CORÉE DU NORD La Chine, son unique alliée, n’a pas apprécié que Pyongyang procède à un nouvel essai nucléaire au nez et à sa barbe

ANALYSE

PÉKIN

DE NOTRE CORRESPONDANT

Depuis la mort de Kim Jong Il le 17 décembre 2011, il ne fait plus bon pêcher au bord du fleuve Tumen, frontalier avec la Corée du Nord. Le long de la berge silencieuse, l’armée chinoise a planté des milliers de pylônes de béton, reliés entre eux par du fil barbelé. Le tout agrémenté de détecteurs de mouvements et de caméras infrarouges. Seuls quelques postes frontières bien gardés autorisent encore les importations ou exportations de marchandises.

Dans toute la région du Yanbian, où vivent 900.000 Chinois d’ethnie coréenne, des panneaux interdisent de s’adresser aux Nord-Coréens d’en face ou de les photographier. Et si un policier surprend un paysan chinois à nourrir un candidat–réfugié, une amende gratinée de 15.000 yuans – près de 2.000 euros – lui sera infligée. Les « amis » historiques de la Chine communiste n’ont jamais été aussi infréquentables.

La Corée du Nord est le seul pays au monde dont la population est à la fois urbanisée, alphabétisée mais régulièrement confrontée à la famine. Un fléau, synonyme d’afflux récurrent de réfugiés, que l’acharnement du jeune héritier Kim Jong Un à vouloir se doter de la bombe atomique, ne saurait résorber.

Le 13 décembre 2012, la Corée du Nord mettait sur orbite un petit satellite via un lanceur semblable aux missiles balistiques à longue portée. L’essai nucléaire souterrain de ce mardi a permis, d’après Pyongyang, de « tester un engin miniaturisé », une étape supplémentaire vers la fabrication de missiles à ogives nucléaires.

Au beau milieu des fêtes populaires de l’Année du Serpent, ce dernier test a tout d’une provocation à l’égard du grand frère chinois. Plus question de louer l’amitié socialiste entre les deux Etats, Pékin a opté pour un ton ferme et inédit : « Nous prions instamment la RPDC (: Corée du Nord, NDLR) de respecter son engagement quant à la dénucléarisation de la péninsule et d’éviter de prendre des mesures qui pourraient aggraver la situation. Sauvegarder la paix et la stabilité dans la péninsule et en Asie du Nord-Est est dans l’intérêt de toutes les parties » a déclaré Yang Jiechi, le ministre des Affaires étrangères.

Une forte pression de la base

Plusieurs médias continentaux et hongkongais poussent le gouvernement à moins de couardise et l’exhortent à suspendre toutes ses aides. « Tant que Pékin continuera à soutenir le régime nord-coréen financièrement, celui-ci pourra poursuivre le développement de capacités qui deviennent de plus en plus inquiétantes » ajoute Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique. Ce discours résonne aussi sur Weibo et les autres réseaux sociaux chinois. Mais Pékin n’a pas tant d’audace. Dans les faits, le ministre des Affaires étrangères chinois s’est contenté de convoquer l’ambassadeur nord-coréen pour des explications. Un exercice sans conséquence : en septembre, il convoquait l’ambassadeur de Tokyo après l’arrestation d’un capitaine de pêche chinois près des îles Diaoyu/Senkaku. Le différend n’a jamais été réglé.

Mercredi, un éditorial timoré de l’agence officielle Chine Nouvelle proposait « un retour à la table des négociations». Les pourparlers à six, un mécanisme regroupant les deux Corées, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Russie, ont été mis en place en 2003. Et furent suspendus en décembre 2008…

Devant autant de contorsions, on pourrait également voir dans cette nucléarisation un formidable prétexte pour la Chine de renforcer sa propre course à l’armement, face à un bloc soudé regroupant les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon. Car la Chine sait qu’un effondrement économique de la Corée du Nord conduirait à une réunification en faveur de la Corée du Sud, soutenue militairement par les Américains.

Le mois prochain, le président Xi Jinping prendra officiellement ses fonctions. Et offrira peut-être des indications plus claires sur la posture chinoise à l’égard du petit frère nord coréen.

 

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