Artisans du changement

Un documentaire très intéressant était diffusé ce samedi sur TV5 Monde. Il était consacré aux parcours de trois Canadiens, ayant choisi pour philosophie de ne plus être nuisible à la nature, à leur écosystème, tout simplement. Ce ne sont pas des eco-warriors enfermés dans une marginalité, ce qui rend leur témoignage beaucoup plus convaincant.

Le premier personnage s’appelle Beau Gillis, un jeune pêcheur qui préfère lancer des hameçons plutôt que de racler le fond du lac. Il a créé une coopérative, ne passe plus par des intermédiaires et vend son poisson ultra-frais à des citadins payant un forfait annuel, assurant à ce pêcheur un revenu régulier. Puis il y a Marc Chiasson, cet ancien ingénieur de chimie reconverti dans la culture des pommes. Il a renoncé aux pesticides et passe le plus clair de son temps à trouver des astuces pour chasser moustiques et vers de ses beaux vergers. Des chercheurs viennent régulièrement constater ses progrès, pour la plus grande fierté de Marc.  Ou le vieux Léonard Otis, plutôt pionnier dans son genre car depuis un demi-siècle, il exploite une forêt en ne coupant que les vieux arbres ou les arbres “sans avenir”, c’est à dire arrivés à maturité. L’idée plait à son petit fils qui s’apprête à reprendre l’exploitation. Ici, le bois repousse deux fois plus vite que dans une forêt où l’on coupe à blanc en plantant un arbuste juste après: l’avenir économique de cette famille est donc assuré. Je note que ces trois Canadiens ont en commun un amour du métier qui transcende tout.

Ce mode de vie n’est pas applicable à la Chine. Pas encore. Même si tellement de marques d’aliments, de projets immobiliers jouent sur la fibre écologique pour mieux séduire les classes moyennes, cherchant le profit à court terme au détriment d’investissements durables. Ce qui n’échappe pas à certaines contradictions. Rien qu’à Chaoyang, le quartier d’affaires de Pékin, ils sont nombreux à déambuler à bord de leurs 4×4 Mercedes/BMW rutilants puis à revêtir le masque anti-poussières dès qu’ils redeviennent piétons (parfois même pour se précipiter vers un supermarché “bio”, où les aliments sont importés de l’autre côté de la planète). Je connais, en outre, quelques couples ayant quitté la capitale et l’air vicié pour aller s’installer à la campagne. Ils ne vont pas se convertir à la terre pour autant, cette activité étant socialement très dévalorisée et les fermiers ne reçoivent d’aides que pour acheter … des pesticides. Et s’obstiner à cultiver des champs de moins en moins fertiles.

Pour ma part, ce document m’a fait réfléchir. Je vis à Pékin et malgré les sommes colossales annoncées par la municipalité pour préserver la qualité de l’air, cette capitale qui se démolit et se reconstruit sans cesse demeure aux antipodes d’un développement durable. A mon échelle, que pourrais-je changer au quotidien pour essayer d’être écologiquement inoffensif ? J’ai renoncé au taxi mais les batteries de mon scooter électrique sont en plomb (et l’électricité provient des centrales à charbon). Au restaurant, j’ai renoncé aux baguettes jetables mais le verre comme les assiettes sont généralement présentés sous plastique pour rassurer le client quant à l’hygiène de l’établissement. Grâce à la tablette tactile, je n’imprime plus mes documents mais voilà un écran de plus dans le foyer et toujours plus d’énergie consommée.

Un entretien passionnant du média chinois Caixin avec Li Du, professeur à l’Université de Tsinghua. Il explique les raisons historiques, politiques, sociologiques et économiques ayant fait de la campagne la poubelle de la Chine, et ce malgré toutes les réglementations en vigueur: http://english.caixin.com/2012-04-09/100377172.html

 

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