Un lycée chinois

Pour Le Temps, j’avais récemment rédigé le portrait d’un lycéen pékinois de 15 ans. D’un milieu de fonctionnaires aisés, son rêve était de s’installer aux Etats-Unis.

Le 07 avril, je suis allé rendre de nouveau visite à des lycéens, dans leur établissement de Qingdao, province du Shandong. Ils avaient cours ce dimanche pour rattraper un jour férié, la fête des morts (清明), qui tombait en semaine. Le lycée n°15 est situé juste à côté des cheminées de la brasserie Tsingtao, face au vacarme d’une route périphérique. Il accueille 2000 élèves.


Mon contact, une professeur d’anglais, avait fixé le rendez-vous à midi, pour le repas. Cette rencontre ne fut pas totalement fortuite: j’avais adressé une demande préalable en bonne et due forme, très formelle, dans lequel j’expliquais mes motivations: un travail de recherche d’informations, de défrichage en vue d’un reportage estival éventuel pour un hebdo. français. La demoiselle est passée par son supérieur qui donna le feu vert. Précisons que j’ai utilisé un guanxi. Je suis ami avec un enseignant français ayant organisé un échange, visiblement apprécié, entre son établissement et celui-ci.

http://www.qd15.net/newsInfo.aspx?pkId=15015

A midi, je pensais atterrir à la cantine mais mon hôte avait réservé une table dans un restaurant mitoyen, où les plats, succulents, se succédaient sur la grande table tournante. Là, j’ai fait la connaissance d’un autre professeur, du directeur de l’école et d’un journaliste localier, Eric. Il est jeune, peu disert et tient la rubrique “éducation” d’un des six quotidiens de Qingdao. Nous nous sommes portés des toasts de Tsingtao pendant 1h30.

Puis direction le lycée, sans tituber. Initialement, j’avais dans l’idée de m’entretenir avec des élèves, comprendre leurs préoccupations et aussi le lien qui les unit, d’une manière ou d’une autre, à la mer, à la plage. Car Qingdao est une grande ville balnéaire et portuaire (voir billet précédent). Cinq responsables de classes m’attendaient: des ados en jogging-baskets assis sagement dans une pièce vide, avec chacun un crayon et une feuille de papier. Je leur ai demandés s’ils s’étaient véritablement portés volontaires. Apparemment, ce fut le cas.

Première surprise: tous ont 16 ans mais aucun n’a jamais appris à nager. 3 sur 5 portent des lunettes. Leurs parents sont chauffeurs de taxi, de bus ou ouvriers. Les mamans sont mères au foyer. L’un des garçons m’a expliqué avoir déménagé trois fois en un an, victime de l’urbanisation fulgurante de sa ville. “Nous habitions dans une maison de pêcheur, celle de mon oncle. Nous avons été relogés dans un appartement qui a été reloué plus cher à une autre famille. Il a fallu attendre dans un autre logement provisoire, trouvé en urgence”. Le mois dernier, ils ont emménagé dans leur nouvelle maison, au rdc d’une tour de 30 étages. Il est heureux car il n’a pas changé de quartier. Contrairement aux expropriations classiques, où les familles chinoises sont relogées aux confins des villes, celle-ci a pu retrouver son nid. J’ai demandé si parmi les cinq ados, il y avait des croyants. Oui: une protestante et un Taoiste. Et puis j’ai voulu qu’ils me décrivent comment ils se voient dans dix ans. De fait, aucun n’a de projet professionnel – en Chine, les études n’ont généralement rien à voir avec le premier ou deuxième emploi et toute l’attention est focalisée sur le baccalauréat, dont la note déterminera l’accès ou non aux études supérieures.

Ah oui, l’ado taoïste, à la fine moustache, disait qu’il se verrait bien religieux et célibataire à vie, provoquant la stupeur de ses camarades. Nous avons terminé notre échange d’une heure par une photo, un peu délurée pour éviter le sempiternel rang d’oignon… Précision intéressante: leur journée démarre à  7h40 et s’achève à 17h30, ou 18h30 pour les cours de rattrapage. Ils m’ont donné leur numéro QQ (les ados chinois n’ont généralement pas d’email mais un identifiant de messagerie) et j’ai remis ma carte de visite.

Ensuite, la prof et moi avons divagué dans l’établissement. Pendant une heure. J’ai senti une grande liberté, une fougue et beaucoup de décontraction dans les couloirs ou les salles de classes. Certains se cachaient pour se donner la main, d’autres sortaient leurs casquettes de baseball dès qu’un prof avait le dos tourné. Un poster en anglais, écrit à la main, disait: “Pas besoin de brûler des livres pour détruire la culture. Il suffit de cesser de les lire“. Nous sommes donc loin des dazibao des Gardes Rouges… Une sonnerie, “La Lettre à Elise” retentissait pour signaler la fin ou le début d’un cours.

Pour les deux mille étudiants, des élèves alimentent un journal local, une gazette en couleurs, imprimée sur place, mais aussi un bulletin d’information télévisé, à regarder sur les ordinateurs ou en podcast, sur son smartphone. Sauf évènement exceptionnel, les lycéens ne réalisent pas de micro-trottoir, ni de reportages en ville. “C’est surtout de la propagande” confiait, une jeune fille, rieuse. Les moyens techniques mis à leur disposition sont conséquents. Aux antipodes d’un lycée de campagne que j’avais visité trois ans plus tôt dans le Hubei. Je vous laisse juger, à travers ces modestes clichés du plateau télévisé et de la salle de montage.

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