Zanta, tibétaine à Pékin

Jocelyn Ford est une Américaine très appréciée des consoeurs et confrères à Pékin. Sans doute parce qu’elle est attachée à la liberté d’exercer des correspondants étrangers en Chine, toujours soucieuse de recueillir nos témoignages lorsqu’un reportage, une interview se termine mal.

Jocelyne termine actuellement la “post-production” d’un film consacré à Zanta, une mère vendant des bijoux d’artisanat sur un trottoir de Pékin et tiraillée par sa belle famille, bouddhiste comme elle, mais qui voudrait faire de son fils un voyou. Ils sont nombreux dans la capitale, à étaler leurs marchandises (parfois des crocs de félins) sur le pont piétonnier face au Sanlitun village, à côté du Marché de la Soie ou devant d’autres lieux très fréquentés. Ils se serrent les coudes et se ne mélangent guère. Les citadins s’en méfient, en ont peur. Un soir, deux jeunes vendeuses henanaises d’écharpes et de chaussettes Armani contrefaites ruminaient contre trois “vendeuses tibétaines” à casquette. Elles m’expliquaient que les Chengguang, où la police de proximité, ne leur faisaient jamais la chasse (contrairement à elles) par crainte des représailles.

Ce film est donc rare et devrait nous apprendre beaucoup de choses sur la vie tibétaine, pas toujours aussi paisible et spirituelle qu’on le croit.

+ d’infos ici:

http://www.zantathefilm.com/

Parmi les donateurs/mécènes du film, je note l’excellente Melissa Chan, ex-reporter d’Al Jazeera English à Pékin.

A noter, la sortie récente de “Tibet Dernier Cri”, d’Eric Meyer et Laurent Zylberman. Lire une critique ici

edit du 20 avril: hier soir j’ai assisté à un “test screening” avec Isolda Morillo, consoeur à Pékin. Jocelyn nous proposait de visionner une version longue, 80 minutes, sujette à modifications. Il est très intéressant de voir le parcours de Zanta. Cette femme a souhaité s’installer à Pékin pour fuir sa belle-famille, après la mort accidentelle de son mari. Son beau-père souhaitait faire de son fils un brigand. Et Zanta voulait absolument le scolariser, qu’il apprenne le mandarin. L’immersion dans ce village tibétain proposée par Jocelyn Ford nous montre un aspect méconnu des relations hommes-femmes. On y voit des jeunes femmes critiquant un modèle patriarcal qui leur mène la vie dure. “Même si les Chinois n’aiment pas les Tibétains, je sais qu’à Pékin je peux disposer de l’argent que je gagne comme bon me semble, je me sens libre” conclue Zanta, à la fin du film.

This entry was posted in video. Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>