Macao, l’Enfer du jeu

Imaginez une table de Blackjack avec un seul joueur. Un type en gilet bon-marché, coiffé à la brosse, coupe-ongle & trousseau de clés à la ceinture, mocassins noirs et la sacoche de sky posée sur la chaise voisine. Il a 50 000 euros de jetons, une toquante dorée au poignet et ne laisse jamais apparaitre ses cartes, même s’il joue seul dans un périmètre pour gros joueurs, ce petit espace du casino baptisé “high limits”.
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C’est un Chinois d’une quarantaine d’années, qui ne parle pas cantonnais. On pencherait pour un officiel du Hebei ou un petit patron du Zhejiang. Il n’est pas souriant, fume des cigarettes panda à 17 euros le paquet et attend son cognac depuis 10 minutes, en tapant du pied. Non loin, alignés sur un podium de moquette rouge, six “ladyboys” thaïlandais en robes à paillettes dansent sur “New York, New York”.

Tous est possible au casino Galaxy, un colosse de béton et de vitres dorées inauguré en 2011. Il offre 2200 chambres, dix villas “vip” de 900 m2, 600 tables de jeux et 1200 machines à sous. Avec ses Macdo, son Pizza Hut, son cinéma 3D et sa fontaine en forme de roulette géante, surmontée d’un diamant , nous sommes loin du casino flottant (et fictif) de “Skyfall”, le dernier James Bond. Le lieu se veut populaire (j’y suis rentré en tongs), beaucoup moins “hype” qu’Hong-Kong, la cité des financiers.

Mais Macao est aussi un exutoire pour Chinois fortunés, nouveaux riches ou officiels véreux. Pour eux, les vitrines des boutiques d’horlogerie alignent les montres suisses à 30 000 euros comme de vulgaires breloques. Et les prospectus de masseuses dénudées s’étalent sur les trottoirs.

Depuis que Pékin a libéralisé l’industrie du jeu en 2001, cette ancienne enclave portugaise a attiré les professionnels mondiaux de l’hôtellerie et du bandit manchot. Aujourd’hui, Macao fait quatre fois plus de chiffre d’affaire que Las Vegas. Et ne cesse de battre des records. Ses recettes ont encore augmenté de 13% cette année… malgré l’étrange ardoise de trois milliards de yuans laissée par un certain Yang Kun, le vice-président de la Banque Nationale d’Agriculture chinoise et accroc aux jeux.
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L’homme aurait tenté de se refaire, en détournant une partie de l’emprunt accordé à un promoteur immobilier de Dalian. L’argent devait financer partiellement le célèbre et fantomatique centre commercial pékinois “Solana”, adossé au parc de Chaoyang.
Depuis quelques jours, Yang Kun est interrogé par le Département de la Discipline du Parti, organe supérieur à la Justice puisqu’il décidera ou non si Yang sera inquiété par les jurés (relire “The Party” de Richard MacGregor)

C’est là que Macao devient aussi savoureux qu’un bon James Bond. Ce charmant territoire est intimement lié à la “mafia rouge”, des officiels corrompus aux sommets d’opulentes entreprises d’Etat et grisés par la spéculation immobilière chinoise.

Pour en savoir plus:
Le podcast d’une émission de France Culture: “L’Asie, nouvel Eldorado du jeu”  (28 mars 2012)

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