Se souvenir du 4 juin

Le 15 avril 1989, l’ancien secrétaire général du Parti Communiste Hu Yaobang disparaissait. Les étudiants Chinois l’appréciaient car il était perçu comme un grand réformateur. Et ont commencé à honorer sa mémoire. De cette démarche est né le mouvement pour la démocratie… qui fut réprimé dans le sang, le 4 juin, sur la place Tiananmen, à Pékin.

Depuis ce jour, toute réforme politique semble repoussée aux calendes grecques. Faute de supervision populaire, ce pays embarqué dans un développement économique fulgurant, n’a cessé d’accroitre sa corruption, ses inégalités sociales, le nombre de ses milliardaires rouges et la dégradation de son environnement. A Jilin, l’incendie lundi d’un abattoir neuf, tuant 120 travailleurs, ne serait-elle pas la conséquence directe de ce système biaisé ? Tandis que des ateliers de misère s’effondrent au Bangladesh, la Chine riche et puissante s’enfonce dans un dynamisme “sans filet”, où il est si facile de tricher sur les normes de sécurité les plus basiques: c’est la thèse développée par Evan Osnos, le correspondant en Chine du New Yorker.

J’étais à Macao le mois dernier. Cette presqu’île chinoise conserve, comme Hong-Kong, son statut autonome. Ici l’internet n’est pas censuré et le discours y est libre. Devant les marches de pierre menant vers la très touristique façade de l’Eglise Saint-Mère de Dieu, des panneaux illustrés de photos macabres de la place Tiananmen s’offrent au regard des visiteurs chinois.

Les couples regardent intriguets, prennent des photos, s’arrêtent sur certaines images et repartent, muets, en se tenant par la main.  C’est une histoire tabou chez eux, qu’on ne peut évoquer. Comme s’il ne fallait se souvenir de l’ancien président Deng Xiaoping que pour ses réformes économiques et non pour son rôle à la tête de la Commission Militaire Centrale. L’armée ne pouvait être déployée à Pékin sans son accord.

A Pékin, dans la rue, demandez aux gens. Pour eux, s’en souvenir c’est se mêler de politique, c’est s’attirer des ennuis. Avant de se précipiter vers le bus ou la bouche de métro, quelques lycéens vous diront que les étudiants l’avaient peut-être bien cherché, que les médias étrangers déforment la réalité. D’autres répondront tout simplement qu’ils ne savent pas. Enfin, les plus téméraires poseront un doigt sur les lèvres pour signifier qu’il ne faut pas en parler. Jusqu’à ce que s’immisce un petit troupeau de vieillards au brassard rouge: les “volontaires civiques”.

Sur la toile aussi, on joue au chat et à la souris. Et comme chaque année sur Weibo (le Twitter chinois), au milieu de posts dédiés aux vedettes télévisées, certains parviendront à rendre hommage aux victimes en contournant la censure.

 

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