Dans l’arène des combats de chiens

C’était samedi. Un ciel bleu mais une chaleur animale, dans cette petite ville du centre de la Chine où les hommes parient sur les combats de chiens

Leur terrain de jeu est une grande arène de ciment, couverte d’un toit métallique, à l’extrémité du marché aux plantes & animaux. Tout du long, des paysans tendent des sachets de poussins vivants, à 2 yuans l’unité. Vendent des écureuils en cage ou bradent des chiots non sevrés. Quelques policiers de proximité (chengguang) font mine de vérifier les vaccins, les certificats. Pour 12 yuans, un photographe propose un cliché entre un paon vivant et un tigre empaillé. Un vieillard fabrique des tabourets de bois à 10 yuans. Un autre vend des frondes et des billes de plomb, pour dégommer les pigeons.

L’entrée de l’arène coûte 10 yuans et peut accueillir au moins 300 personnes. Biensur, cela m’a rappelé certaines arrières-salles de bistrots de campagne à la frontière franco-belge, où les combats de coqs sont encore tolérés (j’en fis un reportage pour Le Monde 2 il y a longtemps). Sauf qu’ici, les spectateurs sont de jeunes hommes, en jeans-baskets, avec parfois des bambins sur les genoux. Enchaînés de chaque côté du ring, de gros pitbulls aux yeux écarquillés, excités par le jet d’eau froide et je ne sais quelle drogue, attendent d’en découdre.

“Lâchez les chiens”. Les bêtes se précipitent l’une sur l’autre. Un molosse enfonce ses crocs dans la chair de sa proie. Leurs maitres enjambent aussitôt la barrière métallique et tout le monde hurle après les animaux. Le sang coule sur le tapis rouge. L’odeur est putride, la température étouffante. Un chien tente de s’échapper à travers les barreaux mais l’autre l’en empêche, en lui broyant le jarret. Lei, mon amie, se cache les yeux.

Juste avant, lors de la pesée, des spectateurs avaient parié par sms, grâce aux deux numéros affichés à l’entrée. Car c’est bien l’intérêt d’un loisir aussi légal que barbare: l’argent. Notre voisin a perdu 5000 yuans en deux matches.

Quand le chien vaincu ne remue presque plus, qu’il refuse le combat après 20 secondes d’agonie, on le libère des mâchoires de son adversaire à l’aide d’une barre à mine. Puis les deux bêtes sont attachées à un mur, sans que personne ne se soucie de leurs plaies béantes.

Comme au Royaume-Uni au XIXe siècle, ces combats sont autorisés en Chine continentale, interdits à Hong-Kong. A chaque fois, ils sont prétextes à d’importants échanges d’argent:
South China Morning Post (HK): http://www.scmp.com/article/343340/pit-bull-terriers-seized-dog-fight-arena-raid
Chine Nouvelle (RPC) http://www.china.org.cn/china/2012-10/17/content_26816560_3.htm

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