Le Temps – Après le 2e jour de procès

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Depuis jeudi, Bo Xilai réfute les accusations et raille les témoins. Des internautes chinois vantent le courage de l’accusé

Sur les terres des 108 bandits d’Au Bord de l’Eau, un roman de la littérature classique chinoise, Bo Xilai se bat comme un beau diable. A 64 ans, le prince rouge est bien décidé à laver son honneur, avant que le Parti communiste chinois ne le fasse taire à jamais. L’ancien secrétaire général de Chongqing, qui espérait intégrer les plus hautes sphères du parti, est jugé pour corruption, pots-de-vin et abus de pouvoir, après dix-huit mois de shuanggui, une détention extrajudiciaire réservée aux officiels du parti.

Cernée par les policiers en képi ou en civil, la Chambre n° 5 du Tribunal populaire interdit l’accès aux journalistes étrangers. Mais elle diffuse de précieux extraits de l’audience en cours sur son compte Weibo, le Twitter chinois.

Il y eut jeudi le témoignage vidéo de Tang Xiaolin. Ce promoteur immobilier a affirmé lui avoir remis trois enveloppes contenant au total plus d’un million de yuans. Des pots-de-vin en échange d’un chantier de construction à Dalian, une ville que Bo Xilai a dirigée. L’accusé est décontracté mais véhément et plus prolixe que ses deux avocats. «Ce Tang Xiaoling est un tricheur, un chien enragé qui mord à tout va. Ce témoignage est la bouffonnerie d’un homme prêt à vendre son âme.»

Des internautes chinois admirent la gouaille, vantent le courage de Bo Xilai. Pour Wu Qiang, professeur de sciences politique à l’Université Tsinghua, «Bo Xilai fait tout ce qu’il peut pour se défendre. C’est un homme diplômé en journalisme, qui s’exprime avec aisance et habileté. Sa stature publique semble déjà restaurée grâce à cette prestation. Et cela pourrait influencer le verdict.»

Le juge appelle ensuite le milliardaire Xu Ming, accusé lui aussi de corruption et détenu depuis plus d’un an. Ce proche de Bo Xilai dresse la longue liste des cadeaux offerts à son clan: des vols en jet privé pour le fils Bo Guagua, ou une carte créditée de 300 000 yuans lorsqu’il n’avait que 13 ans. Et surtout cette superbe villa perchée sur les hauteurs de Cannes. Bo Xilai tombe des nues. Il justifie son ignorance par la personnalité de son épouse, bien trop raffinée pour gâcher leurs rares moments d’intimité en évoquant ces cadeaux dispendieux.

Mais hier, sa femme est venue le hanter. Le tribunal a diffusé le témoignage vidéo de Gu Kailai, 54 ans et condamnée à la prison à vie il y a un an, pour l’assassinat par empoisonnement de l’homme d’affaires britannique Neil Heywood en novembre 2011. Gu Kailai assure avoir informé Bo de toutes ces gâteries. Bo persiste: «Cette femme est folle et a subi une énorme pression des enquêteurs pour livrer ces aveux!» Une attestation signée de Wang Lijun, son ancien bras droit de Chongqing, vient enfoncer le clou. Condamné l’an dernier pour avoir tenté de maquiller la mort du Britannique et s’être réfugié dans le consulat américain de Chengdu, Wang Lijun affirme que Bo s’intéressait de près à la villa azuréenne, objet de discorde entre Neil Heywood et Gu Kailai.

Malgré la salve de témoignages accablants, qui tentent de pallier une relative absence de preuves matérielles, Bo nie mordicus. «C’est donc un fauteur de trouble, le genre d’individus que les dirigeants du parti doivent absolument écarter. Il leur fait peur parce qu’il est imprévisible et qu’il cache son jeu. Ils ne veulent pas d’un autre Mao Zedong», estime l’historien pékinois Zhang Lifan.

Bo sait qu’il doit payer pour son ambition et sa gouvernance zélée de Chongqing, entre 2007 et 2012, où il usait de méthodes arbitraires pour se débarrasser de ses adversaires et imposait le retour des chants révolutionnaires. Poussant le premier ministre Wen Jiabao à déclarer le 14 mars 2012: «L’influence des erreurs et du féodalisme de la Révolution culturelle n’a pas été complètement éradiquée.» Le lendemain, Bo Xilai disparaissait des écrans. «Mais Bo réapparaît ici au tribunal comme un battant. Disons que c’est un procès donnant, donnant. Bo Xilai partira pour de bon, mais avec panache», conclut Zhang Lifan.

Le procès de Bo Xilai se poursuit encore ce samedi.

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