Usine Nouvelle – Enquête sur le constructeur Dongfeng

Dongfeng, l’allié de PSA… et de Renault
 À PÉKIN - Publié le  | L’Usine Nouvelle n° 3342

Au début de l’été, le constructeur aurait discuté de son entrée au capital de PSA. Le numéro deux chinois multiplie les partenariats avec les constructeurs occidentaux, parfois concurrents.

Aux premières chaleurs de l’été, le 2 juillet, le respectable quotidien cantonnais “21st Century Business Herald” a annoncé un rapprochement entre le fleuron de l’industrie automobile française et le deuxième constructeur chinois Dongfeng. Selon le journal, PSA était prêt à céder 25,4% de ses parts, soit 38% de droits de vote au conseil d’administration. Si Dongfeng s’en empare un jour, l’État chinois – son propriétaire – disposerait d’une minorité de blocage et donc du droit de valider ou de refuser toute décision stratégique du français. L’information a été qualifiée de “rumeur” par PSA. Dongfeng, de son côté, s’est muré dans le silence.

“Il est peu probable que cela se produise explique John Zeng, analyste chez LMC Automotive. Geely a encore beaucoup de mal à digérer Volvo. Et Shanghai Auto (Saic), propriété de la municipalité de Shanghai, s’est mordu les doigts d’avoir racheté le coréen Ssangyong en 2004.” Il n’empêche. Fin juillet, un nouveau rapprochement entre PSA et Dongfeng a “fuité”, cette fois sur le front russe. Selon un média américain, Peugeot a cherché à vendre à Dongfeng ses parts (70%) dans son usine de Kaluga. Mais Mitsubishi, qui en possède les 30% restants, a fustigé cette entrée déguisée du constructeur chinois sur le marché russe et les négociations ont échoué.

TANGO À DEUX TEMPS

Dongfeng et PSA vivent une drôle d’histoire d’amour, tel un tango à deux temps. En juin, la coentreprise Dongfeng-PSA a inauguré une troisième usine chinoise, portant son volume total de production chinoise à 600 000 véhicules par an. Cerise sur le gâteau, après des années de déprime, le joint-venture a annoncé une hausse des ventes en Chine de 33%, soit 277 0000 véhicules, au premier semestre, grâce à ses nouveaux modèles. “Dans le même temps, PSA se plaignait en permanence de son partenaire chinois, jusqu’à trouver un autre partenaire, Chang’an, pour Citroën et ses modèles DS. Inutile de vous dire que Dongfeng a tout fait pour mettre des bâtons dans les roues du rival”, précise John Zeng.

Dans l’empire du Milieu, Dongfeng (littéralement “Le vent de l’Orient”) est connu pour ses semi-remorques bleus sillonnant les zones industrielles ou ses triporteurs surchargés reliant les villages. Dans le port de Qingdao, les cargos se remplissent de ses camions blancs ou kaki à destination de l’Afrique. Le groupe fabrique des véhicules frugaux, bon marché et faciles à réparer. Bien sûr, le constructeur a tenté de jouer dans le très haut de gamme, en lançant en 2009 un Hummer chinois baptisé Hanma ( ”Soldat fou”) vendu 880 000 yuans (plus de 100 000 euros). Et cette année, il propose une copie carbone du cross-over Cadillac SRX, avec un intérieur identique au Kia Sorento et un moteur inspiré de Nissan. Pas rancunier, le japonais lance avec le chinois une marque de petites berlines exclusivement chinoises, Qi Chen ( ”Vénus”), à destination des classes moyennes des petites villes.

Sans stratégie clairement définie, le deuxième constructeur du pays, qui a produit 3,2 millions de véhicule en 2012 (1,9 million en 2009) et emploie quelque 106 000 salariés, continue pourtant de prospérer. Implanté à Wuhan, Dongfeng est l’un de ces 110 constructeurs placés sous la coupe des gouvernements de province. Son principal atout reste son attrait pour les partenariats ou coentreprises, une condition imposée aux industriels étrangers pour accéder au marché chinois. Les ouvriers de Dongfeng voient défiler sur leurs chaînes des Kia (depuis 2002), des Nissan et des Honda(depuis 2003), des Peugeot et des Citroën (depuis 1992) ou des Yulon taïwanaises ! Et en janvier 2013, Volvo Trucks s’est tourné à son tour vers le numéro deux chinois pour fabriquer des poids lourds.

DIX ANS DE NÉGOCIATIONS AVEC RENAULT

Si Dongfeng peine à voler au secours de PSA, c’est peut-être qu’il a plusieurs fers au feu, et notamment un avec Renault. Annoncé depuis dix ans, son partenariat avec le constructeur français est sans cesse repoussé. Le dossier a été bloqué quand Pékin s’est rappelé que Renault avait déjà un partenaire chinois, abandonné en 2003. En 1993, la marque au losange et Sanjiang avaient lancé une unité de production d’utilitaires et de monospaces, sans connaître le succès escompté. En juin, Dongfeng a racheté cette coentreprise endormie à hauteur de 55%. Et début juillet, au moment où Dongfeng semblait en pourparlers avec PSA, la presse annonçait un accord imminent entre le groupe de Carlos Ghosn et le chinois. À la clé, un investissement de 11 milliards de yuans (1,4 milliard d’euros) à Wuhan et une production de 150 000 véhicules, notamment des Koleos.

Bref, la stratégie du constructeur est difficilement lisible. D’autant qu’elle est sous-tendue par les directives du gouvernement central. Celui-ci s’agace de plus en plus du “monopole” des marques étrangères sur le marché automobile. Les officiels du Parti montrent l’exemple et renouvellent leur parc en renonçant, à contrecœur, aux Audi et BMW noires… Pékin entend concentrer l’industrie automobile chinoise en favorisant les fusions de constructeurs, dans la perspective de bâtir une marque d’envergure, à l’image de General Motors aux États-Unis. Il n’est donc pas impossible que Dongfeng et son rival Chang’an convolent un jour en justes noces.

“Une référence pour l’industrie du camion”

Ash Sutcliffe, fondateur et rédacteur en chef de Chinacartimes.com
  • Que représente Dongfeng à l’étranger ?
    Dongfeng est déjà une marque importante pour l’industrie du camion dans les pays en développement. Ses produits sont très bien adaptés aux conditions routières de l’Asie, de l’Amérique du Sud et de l’Afrique. Mais il reste difficile de connaître sa stratégie à l’international. À l’inverse de Shanghai Auto (Saic) qui, en 2007, a absorbé le plus ancien constructeur automobile chinois, Nanjing, afin de s’emparer de MG. Nanjing avait racheté le britannique en 2005.
  • Un rachat de PSA est-il une chance pour Dongfeng ?
    Oui, car cela permettrait d’accéder à son vaste réseau de concessions, à l’un des meilleurs centres de R & D au monde tout en bénéficiant du prestige de s’être offert l’un des plus anciens constructeurs automobiles. Certes, PSA traverse une période difficile mais sur le long terme, en particulier grâce aux meilleures ventes sur le marché chinois, son avenir est bien plus optimiste.
  • Dongfeng et PSA sont-ils compatibles ?
    Après vingt années de partenariat, Dongfeng connaît bien la culture et la manière de travailler de PSA… mais leur mariage ne ferait pas l’unanimité en Chine. Associé à Citroën, le constructeur cantonnais Chang’an n’acceptera pas facilement que son principal rival accède au capital de PSA.
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