La mystérieuse passagère du K7715

Lorsqu’on achète son billet de train sur un coup de tête, à la dernière minute, on se retrouve généralement avec une place sans siège, dans un train lent, s’arrêtant à chaque gare. J’ai donc voyagé debout, à bord du K7715 de 15h39, pour rejoindre Qinhuangdao.

Le long des voies, le paysage du Hebei est une vaste étendue de champs parsemés d’innombrables chantiers: tantôt une autoroute suspendue, une ligne de train rapide, des immeubles résidentiels ou les trois en même temps. Des fermiers grimpent au sommet des buttes pour regarder les trains passer. Dans ma voiture, la contrôleuse en uniforme s’interrompt pour vendre des sets de table à motif “labradors”. C’est elle l’attraction et non les petits écrans plats diffusant un documentaire animalier entrecoupé de réclames pour un dentifrice au thé.

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Je me suis assis par terre. Autour, des jeunes décortiquent des graines de tournesol. J’échange quelques mots avec un garçon originaire du Hefei, la capitale de l’Anhui. Il remonte vers Shantou avec trois camarades ouvriers our tenter une reconversion dans la chanson. Il s’est inscrit dans une académie et voyage, des rêves de gloire dans la tête et le derrière posé sur un amplificateur, le même que celui des chanteurs roms dans le métro parisien.

Puis monte une femme, la quarantaine. Elle aussi voyage debout. Et transpire dans son gros manteau qu’elle rechigne à enlever. Elle porte une petite boussole, littéralement scotchée au poignet. Elle parle anglais et poursuit un long périple ferroviaire à travers la Chine.  Elle veut voir, ici et là, comment on cultive. “Je suis une personne ordinaire mais j’ai besoin d’avoir plus de connaissances. Aujourd’hui, mon éducation me dit de devenir agricultrice. C’est un besoin que je sens monter en moi, monter, monter…“.

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Je découvre qu’elle a un garçon de 19 ans avec qui elle semble un peu fâchée. Elle a été enseignante et parle bien anglais. Puis elle aime dessiner les nuages sur un bout de papier, en leur attribuant à chacun une émotion. Alors quand on évoque la pollution qui nappe toute la province et se rappelle à nous en passant devant une centrale à charbon, la voyageuse en est persuadée: “C’est l’expression de la colère du ciel. Ne voyez vous pas qu’il rumine?”

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Puis elle s’est mise à rire, longtemps. “Je rie car le gars dans le couloir change d’accent brutalement. Quand on l’appelle, il a un accent de Pékin. Quand il raccroche, il reprend son accent de la campagne. C’est très drôle“.

La mystérieuse dame me quitte en gare de Zhangjiakou, une petite ville grisâtre elle aussi un peu farfelue: elle s’est mise martel en tête d’accueillir les Jeux Olympiques d’Hiver, en 2022.

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