La Chine d’en bas, par Liao Yiwu

Ce weekend, j’ai fait main basse sur “La Chine d’en bas” de Liao Yiwu, sorti fin mars.

Le livre est sorti en 2009 aux Etats-Unis. Et porte un titre du même acabit: “ The Corpse Walker: Real Life Stories: China From the Bottom Up“.  Au fil des 475 pages, l’auteur a reconstruit des dialogues truculents, partagés avec un ouvrier migrant, un retraité, une pleureuse professionnelle, un musicien aveugle, un professeur de lycée, etc…

J’en suis à la moitié et ne compte pas m’arrêter en si bon chemin. Peut être sommes nous – lecteurs occidentaux- devenus suffisamment familiers de la Chine et des Chinois pour pénétrer désormais dans leur intimité, pour respecter leurs manières de penser, de s’émouvoir de leurs personnalités complexes au delà des poncifs nappant les victimes d’héroïsme, les dissidents d’angélisme et les officiels de tous les vices.

Liao Yiwu le montre avec force, humour et réalisme. Dans une société malmenée par la Révolution Culturelle puis labourée par le capitalisme d’Etat, les laissés pour compte ne sont pas que des âmes pures, un ouvrier courageux peut aussi être un immonde proxénète, un paisible retraité un ancien bourreau d’intellectuels dans les grandes heures du culte de Mao.

C’est cette richesse humaine qui m’a permis de faire ce métier de correspondent avec autant de plaisir. Observer la vie en Chine peut vous faire basculer de l’émerveillement à l’indignation en quelques minutes. Et vice versa.

Un extrait:

Liao Yiwu à Monsieur Mi, un retraité qui s’ennuie avec ses camarades du comité de quartier, depuis que la police ne les sollicite plus.

Liao: Personnellement, je pense que sous Mao, les comités de voisinage étaient trop puissants. Désormais, on a besoin de lois pour gouverner. Vous ne pouvez plus vous permettre de perquisitionner les gens à votre guise. Les membres des comités de voisinage devraient trouver autre chose à faire pour s’occuper.

Mi: Nous essayer de nous recycler. L’été dernier, le gouvernement nous a alloué des fonds et autorisés à ouvrir une maison de thé. Elle marchait très bien. Au départ, j’avais dans l’idée d’en faire un lieu où on parlerait de la politique du gouvernement. Autrefois, tous les voisins se rassemblaient à l’extérieur, le mercredi après-midi, pour étudier les oeuvres de Mao et lire les journaux du Parti. Je me doutais bien que les anciennes séances d’étude imposés n’étaient plus de mise. Mais je me disais que les gens du quartier pourraient s’y réunir en sirotant leur thé. Autant faire d’une pierre deux coups. Cette maison de thé aurait pu aussi procurer du travail à des jeunes chômeurs. A vrai dire, ce projet a pris une tournure désastreuse. Non seulement personne ne voulait m’écouter lire les journaux à voix haute, mais je me faisais huer dès que je montais sur l’estrade. Ma fille m’a conseillé de faire preuve de plus de souplesse et d’arrêter de prêcher le communisme. Alors on a invité des chanteurs d’opéra du Sichuan à se produire. Les vieux adoraient ça. Mais pas les jeunes, qui trouvaient toujours le moyen de saboter la représentation. Un soir, juste après le début du spectacle, un jeune a appelé la chaîne de télévision locale pour qu’un journaliste viennent constater la pollution sonore de notre maison de thé. Ce reportage déformait complètement la réalité. C’était tellement difficile de plaire à tout le monde qu’en fin de compte, on a laissé les clients prendre les choses en main. Ils ont reconverti notre maison de thé en salle de mah-jong. Son succès a été très rapide; très vite, on a manqué de tables. Qu’importe, les gens en apportaient de chez eux; ils ont aussi branchés quelques ampoules électriques supplémentaire. Quelle honte ! La maison de thé était devenue un tripot. On m’a même conseillé de faire payer l’entrée.

Liao: “Ca a dû vous rapporter pas mal d’argent. Vous connaissez le diction: “Quand le dieu de la Fortune veut entrer, on ne peut pas l’en empêcher!”

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