Parution La Vie – 12 juin 2014

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Les Tribulations des Chinois en France
Châteaux de la Loire, champs de lavande en Provence… Une nouvelle génération de vacanciers asiatiques s’éprend des charmes français. Une alternative au tourisme de masse ?

Au pied du château de Chambord, installé sur une vedette, un couple de jeunes Chinois hilares tend les bras vers le ciel. Telle est l’une des scènes proposées sur des affiches promotionnelles tapissant le terminal 3 de l’aéroport de Pékin.

Caressant les clichés, la France fait du charme à une nouvelle gamme de touristes chinois, avides de romantisme. Ils ont la trentaine, un emploi de cadre, achètent leur pain chez Tous les jours et Paris Baguette (des chaînes 100 % asiatiques…) et résident dans l’une de ces innombrables tours modernes, à la façade inspirée par l’architecture européenne, symbole du bon goût à en croire les agences immobilières. Pour ces jeunes gens, les congés riment avec exotisme et apprentissage d’un certain savoir-vivre. La délivrance de visas individuels sous 48 heures, décidée par Laurent Fabius en janvier dernier, leur est destinée… Les demandes ont déjà bondi de 40 %. Pas étonnant que Ctrip.com, leader chinois des vacances, considère la France comme son marché au plus fort potentiel.

Après avoir lesté le pont de l’Archevêché, à Paris, d’un énième cadenas d’amour et savouré un dîner en péniche, ces touristes poursuivront leur évasion poétique par une escapade dans un village pittoresque. La Provence est leur plus grand fantasme, depuis le triomphe d’un feuilleton télévisé sirupeux – Rêves derrière un rideau de cristal – tourné au milieu des champs de lavande et diffusé sur la chaîne Hunan TV depuis 2008. L’abbaye de Sénanque, dans le Vaucluse, détournera-t-elle un jour les touristes chinois de la tour Eiffel ?

Mais il faudra du temps pour que cette « nouvelle vague » fasse de l’ombre au tourisme organisé, qui représentait 80 % des 1,2 million de visiteurs chinois en France l’an dernier – contre 1,85 million de visiteurs américains. Retraités des entreprises d’État, fonctionnaires en « visite d’inspection », petits officiels locaux du parti unique : ils voyagent en groupe, dépensent beaucoup d’argent dans les boutiques de luxe et traversent quatre pays en 10 jours, sous la gouverne d’un guide omnipotent paré d’un fanion et d’un mégaphone.

En France, la tour Eiffel, le Louvre, la cathédrale Notre-Dame et les Galeries Lafayette forment le quadriptyque gagnant. Tout le reste leur est méconnu. « Ce qui est dommage, c’est de ne pas suffisamment exploiter le potentiel touristique qui est le nôtre. Pendant ce temps, des gens soucieux de gagner de l’argent facilement concoctent des circuits peu originaux pour leur clientèle chinoise. Un jour, il faudra être un peu moins arrogant et s’intéresser à leur culture, à leur façon de penser », estime Gwenola Lemoine, Quimpéroise sinologue et conseillère en développement d’affaires en Chine. « Commencez par servir des carafes d’eau bouillante dans les restaurants », exhortait Caixin, magazine économique chinois, dans son numéro de février. Élémentaire pour des ­inconditionnels du thé.

JP.

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