Grèce | 9 visages de l’austérité

Je suis parti en Grèce pour l’hebdomadaire papier La Vie. Pendant six petits jours, j’ai tenté d’apprécier la philanthropie de la puissante Eglise orthodoxe, en cette période difficile. J’ai côtoyé des popes. Mais pas que. Voici neuf témoignages de Grecs, publiés sur lavie.fr. Ils donnent à voir l’ampleur des sacrifices consentis par un peuple au nom de l’austérité. Des conforts rongés, des salaires amputés, des éducations sacrifiées. Je ne suis pas certain que nous, Français, accepterions d’en subir autant.

IOANNIS (a gauche)

^ Nous avons fait connaissance à l’aéroport, dans le métro rejoignant le centre-ville. Ioannis (à gauche), 23 ans, rentre d’une année universitaire à Glasgow (Ecosse) et s’offre quelques vacances en famille avant d’entamer son service militaire obligatoire de neuf mois. « Si l’armée m’envoie à Chypre, je serai mieux payé ». Ioannis est titulaire d’un master bilingue en informatique et se demande s’il va subir le même sort que son frère aîné, pharmacien à Thessalonique et toujours sans officine pour l’employer.

KATERINA^ Katherina a 19 ans et entre en deuxième année d’un cursus alléchant, baptisé ‘Asian Studies’ ( Etudes Asiatiques). Cette année, l’université d’Athènes a cessé de payer ses professeurs de coréen et japonais. Seul l’enseignement du turc a été conservé. Son père est retraité de la Marine Nationale : sa pension est passée de 1900 euros à 900 euros par mois. Sa mère, secrétaire dans une clinique publique, a accepté une baisse de salaire de 500 euros. Sa soeur, âgée de 25 ans et ingénieur qualité dans l’industrie alimentaire, vit à la maison. « Depuis toujours, la famille aimait passer les vacances d’été et de Noël en Crète. On peut dire que c’est terminé ».

KYRIAKI^ Kyriaki est anesthésiste dans un service de chirurgie à l’hôpital public d’Athènes et a vu son salaire baisser de 2500 euros à 1500 euros. Elle vit dans une vaste propriété, juste à côté de l’Observatoire National. De son balcon, elle profite d’une vue imprenable sur le Parthénon. « Comme je gagne moins, j’ai interrompu les travaux de rénovation de ma maison. Et j’attends avec crainte la hausse de la tva sur la nourriture pour animaux. J’ai douze chats ! »

VAGLIS^ Né de parents vignerons sur l’ile de Santorin, Vaglis est ingénieur et supervise l’entretien de six porte-conteneurs déployés à travers l’Asie par un puissant armateur grec. La politique est son sujet de conversation favori. Les voyages aussi. « Je suis allé en Chine une bonne trentaine de fois. J’aime la façon dont les choses sont gérées là bas. Même si j’ai voté ‘Non’ au référendum, je n’ai pas confiance en Tsipras. Son père tenait une petite entreprise de maçonnerie. Il a réussi à faire faillite au bout d’un an, pendant l’âge d’or de la construction en Grèce ! »

CHRISTINA^ Christina a décroché un master de management à Birmingham (Royaume Uni) et cachetonne au Ministère de l’Economie. « Je gagne 900 euros par mois contre 1300 euros auparavant, quand j’étais dans le privé. Mais mes horaires sont beaucoup plus souples, j’ai le droit de quitter le bureau à 16h et l’Etat me paie une formation au français. Dans quelques années, j’espère être mutée à Bruxelles ». Son compagnon travaille au Conservatoire national et n’est plus payé depuis 5 mois. Il songe à quitter son emploi. Le couple occupe un bel appartement à Kifissia, la banlieue la plus chic d’Athènes, où résident les anciens premiers ministres George Papandreou et Antonis Samaras. Le propriétaire, un ami, a accepté de baisser le loyer de moitié.

PSIROS^ À 55 ans, Psiros est l’homme à tout faire du monastère d’Hydra, une île à 3 heures de ferry d’Athènes. Il répare, repeint et entretient son église pour un peu plus de 1000 euros par mois. L’un de ses fils s’est formé à l’installation de l’air conditionné mais ne trouve pas de stage qui lui permettait de valider son diplôme. Il songe maintenant à entrer dans l’armée.

CAROLINE^ Caroline est française, diplômée de l’IEP de Bordeaux. Il y a moins de dix ans, elle a quitté Londres et s’est installée sur l’île Hydra, chez son amoureux, pour y vendre ses créations – des bijoux – et proposer des sacs en cuirs fabriqués sur l’île voisine. « Les touristes grecs ne viennent plus. Mais les Chinois commençent à apparaitre. L’hiver, un paquebot fait escale et en déverse une centaine chaque jour »

GEORGIOS^ Après six années d’études en France, Georgios est devenu journaliste pour Orthodoxia.info, un « pure player » basé à Athènes et dédié au culte orthodoxe grec. À 30 ans, il se vante d’être salarié mais sa paye est aléatoire. « Mais c’est un poste intéressant, qui me permet de côtoyer beaucoup de gens importants ». Son frère s’est formé à la rénovation d’icônes. Faute d’emploi, il s’est installé en Allemagne. Il est aujourd’hui chauffeur d’autobus, pour 2500 euros net par mois.

COSTAS^ C’est dans un restaurant branché, sur le toit d’un immeuble, que nous rencontrons Costas, accompagné de son amie Potoula. Il gère une entreprise familliale, prestataire de l’Etat grec. « Depuis 2009, on m’envoie dans tout le pays pour mesurer les propriétés. Cela permet à l’administration de mettre les cadastres en conformité et de fixer un impôt adéquat…. Inutile de vous dire que je ne suis pas toujours le bienvenu ! ». Costas admet ne jamais avoir approché un terrain de l’Eglise orthodoxe dans le cadre de son travail. « Eux, ils sont à part. Je n’y touche pas ».

 

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