Ana est devenue assistante de vie

On pénètre dans cette maison blanche en grimpant un escalier de pierre. Dans le salon, une vieille dame en robe à fleurs regarde un documentaire sur les baleines à bosse. Elle est assise sur un fauteuil roulant, à côté de son lit.

Sur sa tablette recouverte d’une dentelle blanche sont alignés une télécommande, un téléphone et un sifflet pour appeler Georges, son mari, ancien boucher décédé à l’automne dernier. « Je le garde en souvenir ». Depuis son balcon, s’étend la baie ensoleillée de Fréjus-Saint-Raphaël.

Madame passe donc ses paisibles journées avec Ana, une aide à domicile ou « assistante de vie », installée à Bagnols en Forêt, sur les contreforts de l’Estérel. “C’est une femme très gentille. D’ailleurs, si elle ne l’était pas, elle ne serait pas là” précise la vieille dame avec l’accent du midi. Ana a d’abord été secrétaire dans une entreprise de fourniture de bureau. A 40 ans, elle perdait son mari (d’un cancer), puis son emploi (licenciement économique). Une amie lui proposa de faire des remplacements, certains weekends, avant de lui conseiller de passer une formation ADVF.

Aujourd’hui, Ana navigue entre deux dames âgées. Elle démarre à 8h30, prend une longue pause à midi, pour rejoindre ensuite une autre bénéficiaire, jusqu’à 19h. Elle accepte de temps en temps des veilles de nuit.

Ses bénéficiaires vivent ou ont vécu à Saint-Raphaël. Toutes ont plus de 85 ans. Certaines souffrent d’Alzheimer. « Ce n’est pas toujours paisible. Avec cette maladie, des personnes peuvent se montrer agressives subitement. Il faut apprendre à les gérer avec tact. Par exemple, j’ai une dame qui ne peut plus rester chez elle. La démence s’est vraiment installée. Je lui prépare les repas mais elle oublie de manger. Quand j’arrive, des fois, je la trouve toute nue. Elle veut absolument sortir et je dois fermer les portes, la retenir. Ces personnes nécessitent une prise en charge 24h sur 24h. Même si le Conseil Général participe, c’est souvent très coûteux pour les familles car les bénéficiaires sollicitent beaucoup de professionnels ». Dans cette maison blanche, pour cette vieille dame qui a presque toute sa tête, ce sont trois assistantes qui se relaient, sept jours sur sept.

Quand la personne décède ou qu’elle est placée en Ehpad, le contrat d’Ana se termine. C’est une fin de cdd. “Même avec des attestations employeurs, j’ai bien du mal à faire reconnaître mes droits chez Pole Emploi. Je suis déjà restée six mois sans indemnité. Ce n’est jamais facile de rebondir tout de suite”. L’hiver, l’aide à la personne – du gardiennage au partage de repas –  constitue le premier employeur de Saint-Raphael.

Pour autant, Ana apprécie cette reconversion. « J’aime ce métier car il a du sens. Je suis arrivé à un moment de ma vie où j’ai absolument besoin de savoir que j’apporte quelquechose ».  Ana montre un petit cahier, le carnet de liaison des assistantes de vie, destiné à la famille vigilante et sur lequel chacune rapporte les soins du quotidien, les visites, comme l’artisan qui est passé réparer la machine à laver, le jardinier venu élaguer le palmier, les roses rouges déposées sur la tombe de Georges. Tout est inscrit.

Ana est aussi maman. Sa fille a 21 ans. Après un passage en fac de lettres, la voici en BTS de management à Montpellier. « Elle m’appelle souvent Mère Thérésa pour me taquiner mais elle sait que j’ai enfin trouvé ma voie ».

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