Aux portes de Sciences Po

Hier, à l’invitation d’un confrère, j’ai participé à un atelier d’une quinzaine d’élèves,  en terminale aux lycées Simone de Beauvoir à Garges-lès-Gonesse et Louise Michel à Bobigny. A mes côtés, une journaliste chevronnée d’RMC, un avocat en droit du sport, un cadre marketing chez l’Oréal. Face à nous donc, des ados de lycées classés ZEP, ayant signé une convention avec Sciences Po. Ces jeunes urbains, de parents issus de l’immigration, se préparent à un premier oral. Certains convoitent déjà les métiers du droit, de la diplomatie, de la communication et des médias.

Très vite, j’ai été impressionné par leur intelligence, leur vivacité d’esprit. Ce ne sont pas des gamins inertes devant l’actualité. Ils ont un esprit critique, lisent énormément et comprennent bien des choses dont je ne me souciais guère à leur âge.

A leur âge pourtant, j’avais à peu près les mêmes indignations. Fils d’ouvrier, étudiant en hypokhâgne, je découvrais subitement les codes sociaux des élites sans en être issu, j’appartenais au Conseil Départemental de la Jeunesse du Nord et je militais bien sagement pour une société plus tolérante. Avec des amis dont les parents venaient d’Algérie ou du Maroc, nous faisions des testing à l’entrée des discothèques et organisions un modeste “Festival de la citoyenneté”, le terme étant très à la mode à l’époque.

Hier donc, entre deux questions liées aux métiers, l’identité nationale, le voile, l’empathie jugée inégale selon le lieu d’un attentat ont émaillé les questionnements des adolescents. Avec une défiance vis à vis des média. Mais pas vraiment de crainte face au chômage. Ces lycéens de ZEP ont deux grandes richesses – l’envie de réussir et la double culture. Je leur souhaite d’en faire le plus bel usage.

J’ai eu la chance d’être formateur un semestre à l’Ecole de journalisme Sciences Po. Une chose m’avait frappé en arrivant: l’uniformité des sujets de reportage imaginés par les étudiants. La majorité voulait raconter la gastronomie française, suivre un chef étoilé à Paris. Deux ans après, tous sont en poste. Je souhaite donc à ces jeunes de rentrer à Sciences Po, de ne pas trop s’inquiéter pour leur avenir et de rester eux-mêmes le plus longtemps possible.

Je ne peux m’empêcher de dresser des parallèles avec la jeunesse rurale. Quels sont les outils mis à leur disposition pour embrasser l’avenir? Est-ce qu’un ado, dans un lycée technique à Saint-Gervais d’Auvergne, devant des machines vétustes, aura une réelle opportunité d’ascension sociale dans une économie de plus en plus complexe et numérisée? Lui fera-t-on miroiter autre chose qu’un job peu qualifié à “Perpette-les-Oies”?

Lecture intéressante:

‘Sciences Po: 15 ans après, que sont devenus les étudiants en Convention Zep?’http://www.letudiant.fr/etudes/iep/sciences-po-fete-15-ans-que-sont-devenus-les-etudiants-conventions-zep.html

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