Un témoignage d’exil réussi

Il y a quelques jours, je discutais avec un électricien trentenaire. La conversation a d’abord porté sur les coffrets de dérivation, les branchements d’interrupteur… puis il m’a raconté un peu sa vie, hors normes. Thomas* est géorgien, aux origines arméniennes et a obtenu il y a presque un an le statut de réfugié politique. Avec sa femme, ils ont vécu leur première nuit française dehors, sous un abri à caddies, sur le parking d’un hypermarché. Le lendemain, orientés par le 115, ils ont rejoint un foyer pour sdf et y sont restés trois ans, jusqu’à leur régularisation. La journée, avec les gars, Thomas fabriquait des ruches pour 1 euro de l’heure, 15 heures par semaine pour le compte d’une association. Il apprenait le français en parallèle, dans d’autres associations. Le weekend, avec son épouse et les résidents du foyer, il découvrait le Puy du Fou, le zoo de Beauval. Thomas a finalement décroché un CAP d’électricien (le métier de son père), travaillé dix mois en intérim et vient d’être embauché, en CDI donc, à 1800 euros brut par mois. Il me dit qu’il se sent énormément redevable… et qu’à la moindre fête communale, il se présente pour monter le chapiteau ou disposer les chaises. Sa femme vient de décrocher un emploi saisonnier, comme réceptionniste multilingue dans un château touristique. Leur plus beau moment depuis le début de cet exil : 4 jours et trois nuits à Royan, en amoureux, pour fêter leurs papiers. (* prénom d’emprunt)

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