Le Monde – Au zoo de Beauval, le huis clos paisible des soigneurs et des animaux

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Fermé au public, le plus grand zoo de France a mis 400 salariés au chômage partiel. Mais ses cent vingt vétérinaires et soigneurs restent mobilisés, car, pour les animaux, la vie continue.

Chaque matin quand il traverse son zoo désormais vide de visiteurs, Rodolphe Delord observe le curieux manège des chimpanzés. « Ils grimpent au sommet des structures de leur enclos et guettent l’horizon. Ils cherchent le public ! » Or depuis le 15 mars, date d’un arrêté instaurant la fermeture des lieux publics « non essentiels » pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, le directeur est bien seul lorsqu’il arpente son parc et inspecte le dôme équatorial, ce globe de verre et d’acier à 40 millions d’euros inauguré le mois dernier après deux ans et demi de travaux.

Adieu manchots, pandas bravaches, gibbons, couvée… Les visiteurs ont donc déserté les allées mais aussi les boutiques, hôtels et restaurants du plus grand zoo de France, entraînant la mise au chômage partiel de 400 salariés. Les vingt-quatre télécabines ne survolent plus cette savane loir-et-chérienne, fréquentée par 1,6 million de visiteurs l’an dernier. « Nous avons déjà perdu quelques millions d’euros, et fermer en avril sera difficile, car c’est normalement le début de la saison touristique. Mais nous avons les reins solides. Nous avons pu repousser de six mois nos remboursements de prêts bancaires. Et heureusement que notre billetterie fonctionne toujours : chaque billet acheté est valable deux ans », rappelle M. Delord.

Cent vingt vétérinaires et soigneurs toujours actifs

Si la fréquentation touristique s’est tarie, « pour les animaux, la vie continue », souligne le directeur. Le zoo de Beauval, ouvert en 1980, compte aujourd’hui plus de dix mille animaux, dont la vie dépend de cent vingt vétérinaires et soigneurs animaliers. Eux travaillent donc toujours. Mais afin d’empêcher toute contagion, leurs plannings ont été fortement modifiés, pour minimiser les interactions humaines. « Il n’y aura donc normalement pas de risque de propagation du virus si l’un de nous est infecté. Pour leur sécurité, deux soigneuses enceintes, l’une dévolue aux chimpanzés et aux ouistitis, l’autre aux herbivores, sont confinées chez elles », précise Nicolas Leroux, le chef animalier.

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A Hongkong, deux chiens dont le maître était atteint du Covid-19 ont à leur tour été testés positifs. Ces animaux de compagnie n’ont affiché aucun signe clinique, mais cette situation semble démontrer qu’une transmission d’homme à animal est possible. La vigilance entre soignants et animaux est donc de mise : « Nos pratiques sanitaires sont déjà très strictes et elles n’ont pas changé. Par exemple, la distribution des repas – jusqu’à sept par jour pour certaines espèces – s’opère toujours avec gants et même, parfois, des masques. Ici, nos animaux sont à l’abri », explique M. Leroux. Les talkies-walkies sont régulièrement désinfectés.

Approvisionnement assuré, mais transferts suspendus

Par chance, l’approvisionnement des pensionnaires du zoo en nourriture n’a pas souffert de la crise sanitaire. Les otaries ne se nourrissent pas encore de poissons panés et les lamantins ingurgitent toujours leurs cinquante kilos de salade verte, cultivée localement, tout comme les feuilles et pousses de bambou dont raffolent les pandas. Une grosse commande de feuilles d’eucalyptus en provenance d’Angleterre a même été livrée dans la nuit de lundi à mardi, pour les koalas.

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Tandis que les déchetteries ont fermé à travers le pays, le fumier et autres biodéchets de Beauval alimentent toujours l’unité de méthanisation du parc zoologique. Son biogaz permet, entre autres, de chauffer la serre des gorilles et la maison des éléphants. De leur côté, les techniciens du zoo poursuivent leurs chantiers sans entrave : les clôtures des panthères de Perse sont en cours de remplacement, l’ancien bassin des lamantins va devenir un aquarium pour raies d’eau douce. Des vitres entourant un espace à félins sont remplacées. La valse des tondeuses et le dépaillage des palmiers occupent les jardiniers.

Pour ne prendre aucun risque, les transferts d’animaux – généralement entourés de soigneurs étrangers, ont tous été suspendus. Si un bébé rhinocéros a pu rejoindre la République tchèque au début de mars, des aigles font actuellement le pied de grue dans un élevage brésilien, des singes rongent leur frein dans un zoo de Bangkok tandis que bullent des poissons dans un aquarium hollandais.

Naissance d’un lémurien

Par chance, le jeune gorille Yamba ne souffre pas trop de sa polyarthrite ces temps-ci : sa rhumatologue du Mans ne devrait pas être sollicitée. Un lémurien est né au zoo lundi. Tous les yeux se tournent à présent vers Huan Huan, panda femelle qui pourrait bien attendre un heureux événement. Sa prochaine échographie est programmée vendredi.

Pour tenter de pallier la frustration de ses visiteurs, et notamment de ses abonnés, dont beaucoup de retraités qui venaient régulièrement y observer leurs « filleuls », le zoo multiplie les nouvelles sur sa page Facebook : « Vous êtes plusieurs à nous avoir réclamé une photo d’Asato, notre mâle gorille. La voici ! » Les soigneurs tournent aussi des vidéos sur demande : le tout dernier trot d’un tapir a été « liké » 7 600 fois.

Lien: https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/26/au-zoo-de-beauval-le-huis-clos-paisible-des-soigneurs-et-des-animaux_6034523_3244.html

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