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Le marketing chinois d’un habilleur américain

Posted 10 Apr 2012 — by admin
Category culture, daily life, economie

Je me souviens des publicités chinoises de “The North Face”, l’équivalent de notre Lafuma national, visible dans les stations de métro pékinoises l’an dernier. On pouvait y admirer des occidentaux et des asiatiques debout dans la neige, tenant leur vestes à bout de bras pour cacher leur nudité. C’était plutôt drôle, humain mais difficile peut-être de s’identifier pour le consommateur.

Qu’ils soient contrefaits ou originaux, les vêtements de randonnée North Face ou Columbia sont très populaires chez les citadins de classe moyenne.  Sans doute pour signifier à tout le monde qu’ils sont en congés, les couples pékinois s’en vêtissent de pied en cap chaque weekend, même s’ils ne font souvent qu’arpenter les allées des centres commerciaux.

Cette fois-ci, la dernière campagne publicitaire  de North Face change du tout au tout. On s’approcherait même de l’esthétique socialiste (aux caractéristiques chinoises), comme si l’entreprise américaine avait compris qu’une campagne publicitaire efficace ferait mieux de copier la propagande officielle qui nous est donnée à voir dans la plupart des médias chinois. Une forme de créativité, mais dans l’autre sens.

Visite guidée et légèrement anthropologique:

La propagande chinoise veut que son presque milliard et demi de citoyens vive en harmonie entre les 56 minorités ethniques officiellement répertoriées. Ici un Han (l’ethnie majoritaire) habillé en “North Face” dansant avec des personnes de minorité ethnique, forcément en costume traditionnel.

Ici, notre baroudeur arpente une région tibétaine à en juger les drapeaux de bouddhistes tibétains sur chaque côté de la route. Sauf que notre aventurier emprunte une belle route bitumée, symbole du progrès scientifique apporté par le Parti Communiste aux provinces les plus reculées.

 


Du coup, je ne peux m’empêcher de penser à la Grande Marche de Mao !!

Plus d’information sur cette campagne publicitaire ici:

http://www.ogilvy.com/News/Press-Releases/March-2012-The-North-Face-and-Ogilvy-Shanghai-Inspire-Chinese-to-Go-Wild.aspx

Les tribulations des curés de Pékin – spécial pâques

Posted 07 Apr 2012 — by admin
Category la vie, religion


A découvrir cette semaine dans “La Vie”, un reportage sur les jeunes curés du diocèse géant de Pékin. Leurs parcours, leurs missions, leurs dilemmes:  tout ce qu’on ne voit pas, même à la messe.

Metro World – Tribute to Earth Hour

Posted 02 Apr 2012 — by admin
Category environnement, metro international, reportage, societe

Voici ma contribution pour le Earth Hour. Tianjin Eco-city est une ville mystérieuse construite dans la zone industrielle de Binhai, à 180 kms de Pékin. Une cité presque radieuse, pleine de promesses écologiques et d’incertitudes liées au dégonflement de la bulle immobilière. Depuis que le gouvernement central freine les achats spéculatifs, les gens ne se pressent pas pour s’installer dans cette éco-ville, aussi verte soit-elle. J’ai rédigé le reportage en anglais mais voici la version québécoise, traduite avec soin par mes confrères de la Belle Province.

La Chine en bref

Posted 30 Mar 2012 — by admin
Category economie, politique

Cambodge : casino royale

La Chine pop. est – officiellement – une terre exempte de tout vice. Non, on ne joue pas des fortunes dans les arrières salles de restaurants cantonnais, non les matches de football du championnat national ne sont pas arrangés par des parieurs chinois installés à Singapour. Quid de toutes ces machines à sous au fond des salles de jeux vidéos shanghaiennes ? Une illusion d’optique, sans doute, puisque la loi interdit les jeux d’argent et la Chine est un Etat de droits. Alors comment satisfaire pleinement la passion des Chinois pour le bandimanchot? Grâce à des lieux comme Macao, voire même à Las Vegas, où 42% des joueurs de table ont un passeport chinois. Mais aussi grâce aux pays amis comme le royaume du Cambodge. La Chine étant son premier investisseur, Phnom Penh ne peut pas lui refuser grand chose. Et c’est là, dans la forêt vierge de Botum Sakor, qu’un promoteur immobilier de Tianjin s’apprête à ériger une ville-casino,  avec aéroport international, terrain de golf, hôtels et autres bordels déguisés en salons de massage. Le Laos et la Birmanie ont déjà tenté l’expérience, au grand dam des visiteurs chinois rançonnés par la pègre locale.

 

Chine. Le modèle toulousain

Il est intéressant de voir comment les journaux officiels chinois se passionnent pour le savoir-faire français depuis l’assaut du RAID à Toulouse.  ”Le président prend le commandement les opérations” disait pompeusement le Global Times. Pour la Jeunesse de Pékin, la France « s’attaque enfin au fondamentalisme religieux ». Du pain béni pour les autorités chinoises régulièrement dénoncées pour leur lutte musclée contre le « séparatisme » dans la province musulmane du Xinjiang.

 

Chine : le charbon et les paillettes

Xing Libin, riche patron de mines du Shanxi aurait dépensé 8.5 millions d’euros pour marier sa fille, s’offrant au passage les services de vedettes hongkongaises et taiwanaises de la chanson, trois avions charter et une brochette d’hôtels 5 étoiles pour ses invités. Autant d’argent que ne verront jamais passer les mineurs du Shanxi, où les accidents mortels, faute d’équipements de sécurité, sont légion.

 

Australie : Huawei non grata

Comme l’Inde en 2009, le spécialiste chinois des réseaux informatiques n’est pas le bienvenu en Australie. Le gouvernement lui a interdit de candidater pour un marché public majeur, par crainte d’une plus grande vulnérabilité au piratage. On sait finalement bien peu sur le géant Huawei, à la gestion opaque, sinon qu’il est tenu par Ren Zhengfei, un ancien général de l’armée refusant toute interview.

 

Metro – Le calvaire du Hukou

Posted 25 Mar 2012 — by admin
Category beijing, metro international, reportage, societe

Merci Weng Naiqiang

Posted 24 Mar 2012 — by admin
Category beijing, culture

Cette semaine pékinoise fût une semaine importante et même émouvante.

Importante avec la sortie très attendue de 6MOIS, un beau magazine qui raconte le siècle par les photos et le récit des photographes.  J’en ai reçu deux en colissimo hier. Les reportages chez les Compagnons du Devoir allemands, les enfants d’une école iranienne ambulante, les domestiques des nababs kenyans, ces marins laissés en rade par leurs armateurs sont à couper le souffle. Et ce n’est qu’un début: 6Mois fait 353 pages.

source: www.6mois.fr

Emouvante car avec Lei, nous sommes allés remettre un exemplaire à l’un des personnages clé de ce numéro: Weng Naiqiang. Il nous attendait donc, à 14h, du haut de son 23e étage. Comme la dernière fois, il avait préparé du thé au jasmin et posé ses dernières calligraphies sur la table-basse. Cette fois-ci, il nous offrait des biscuits à l’ananas qu’un ami lui a apporté d’Indonésie. Nous avons d’abord parlé des mésaventures du chef de Chongqing Bo Xilai, des dernières déclarations de Wen Jiabao appelant à ne pas reproduire la “tragédie de la Révolution Culturelle”, de l’exposition d’Agnès Varda à l’Académie des Beaux Arts de Pékin… mais le suspense devenait intenable. Alors j’ai sorti 6Mois de mon sac à dos et nous l’avons feuilleté longuement. Tout de suite, son regard s’est porté sur la qualité de l’impression, sur le ton des photos parfois sépia ou noir et blanc. “Chez nous, les magazines accentuent les couleurs. Ici, c’est beaucoup plus doux” dit-il. Ce jeune garçon de 76 ans à l’oeil affuté est un photo-journaliste chinois reconnu. Il fut un témoin fasciné de la Révolution Culturelle, qu’il a couverte de bout en bout, au quatre coins du pays, pour le compte d’un magazine du régime, distribué au Japon. Bientôt 40 ans ont passé mais Naiqiang n’est pas du genre à s’étaler sur les épisodes noirs de l’Histoire communiste, pas plus que de se livrer aux journalistes étrangers. Après plusieurs rencontres et l’assurance que 6Mois était bien un magazine dédié à la photographie, Naiqiang nous a laissés consulter ses archives pour en extraire une série de photos rares et toutes en couleurs. Les voici, exposées et expliquées dans ce numéro 3. Bonne lecture !

samedi 24 mars 2012 – photo Lei Yang

 

Les Chinois aussi délocalisent | enquête

Posted 22 Mar 2012 — by admin
Category usine nouvelle

Zones franches à perte de vue, main d’oeuvre bon marché, ressources naturelles à foison et autoroutes pléthoriques. Zhu Bao Go, industriel fortuné du médicament, emprunte tous les ponts d’or que lui dresse le Henan, sa province natale, qu’il avait quittée sans remords il y a vingt ans (…)

Le lien de l’article ici, sur abonnement.

Monsieur Wang, l’indigné indemnisé de la Révolution culturelle | Mediapart

Posted 12 Mar 2012 — by admin
Category culture, mediapart, reportage

A lui-seul, monsieur Wang est un contre exemple du refoulement collectif de l’Histoire – le thème central du roman de Chan Koonchung que j’avais interviewé pour Mediapart. Voici son récit.


Les festivités du Nouvel An chinois sont achevées mais, pour rien au monde, Wang n’enlèverait ses décorations de la porte d’entrée. Trois phrases écrites au pinceau sur de longues bandes de papier rouge et qui s’offrent au regard de ses camarades paysans, dont beaucoup portent toujours casquette et tunique bleues. Même si Wang souhaite bien volontiers de la «prospérité», de la «joie» et de la «longévité» aux 1 500 habitants de ce village niché la Grande Muraille, sa prose ne ressemble en rien aux formules de circonstances. On lit :«Souffrance infinie. Mille ans ont passé et il est toujours difficile de rétablir l’esprit de Confucius. Dix années de Révolution culturelle ont transformé les êtres humains en animaux.»

L'entrée de la maison de Wang Jing Yun
L’entrée de la maison de monsieur Wang © Jordan Pouille

 

Rien de subliminal dans ses propos. A tous les habitants de ce petit village, Wang s’efforce chaque année de rappeler une réalité que les manuels scolaires d’histoire ignorent, que le Musée national de Pékin effleure à peine et que la plupart des Chinois esquivent dans les conversations : les violences de la Révolution culturelle.

De quoi s’agit-il ? De 1966 à la mort de Mao en 1976, la Chine s’est employée à réintroduire l’« esprit révolutionnaire » parmi tout un peuple. Des millions d’étudiants et d’adolescents fanatisés par le Petit Livre rouge et rebaptisés Gardes rouges sont partis insuffler l’esprit de Mao aux paysans et ouvriers du pays. Cinq « catégories noires » ont dès lors subi la haine des révolutionnaires : propriétaires fonciers, paysans riches, contre-révolutionnaires, «mauvais éléments» et autres «droitiers». Sitôt étiqueté, il devenait impossible pour l’individu d’accéder à un emploi payé, à une vie normale, et les humiliations furent permanentes. Cette « grande avancée de l’esprit humain », selon des maoïstes occidentaux de l’époque, fera 1 à 3 millions de morts d’après les historiens.

«Long vie à Mao», est-il inscrit.
«Long vie à Mao», est-il inscrit.© Jordan Pouille

 

Ici au village, quelques murets défraîchis conservent les stigmates de cette période. Sur la devanture d’une ancienne épicerie, on lit toujours «Vive le président Mao». A l’inverse, l’église gothique, convertie à l’époque en entrepôt à grains puisque toute pratique religieuse était bannie, a retrouvé sa splendeur. Le jeune prêtre Zhang, formé au séminaire national de Pékin, y baptise les villageois retraités à tour de bras.
Si Wang peut apercevoir l’église depuis sa ruelle, jamais il ne se rendra à la messe. «Ma religion, c’est l’argent. Et mon Dieu, c’est Deng Xiaoping depuis ses grandes réformes économiques qui ont libéré les Chinois», s’amuse-t-il à dire avec un brin de cynisme.

L'église de Yongning.
Une église non loin du village © Jordan Pouille

81 jours de rééducation, 10 ans de travaux forcés

Il y a quatre ans, Wang a obtenu de l’Etat chinois une réparation financière pour avoir été victime de la Révolution culturelle. Son traumatisme ? 81 jours de « rééducation » sauvage dans une prison de Yangqing suivis de dix années et demie de travaux forcés. «La haine de 81 jours est gravée dans mes os. La haine de dix ans et six mois est gravée dans mon cœur», a-t-il écrit sur une feuille collée au mur de sa petite chambre, juste au-dessus de l’horloge.

Wang Jing Yun, chez lui.
Monsieur Wang, chez lui.© Jordan Pouille

 

Un lourd châtiment condamnant son lien de parenté avec un agriculteur aisé. «Pendant dix ans, dès l’âge de trente ans, je n’ai pas reçu le moindre yuan. Dix ans d’une misère infinie, où personne au village ne m’adressait la parole.» Il ne pouvait pas fuir. Et son sort aurait été semblable où qu’il aille.

«Au village, il y avait un ami, mort aujourd’hui, qui a été battu devant tout le monde, humilié puis arrêté. Son seul crime a été d’utiliser un vieux journal pour isoler le mur de sa maison. Car à l’époque, nos murs étaient en terre et l’air passait à travers. Manque de chance : la photo de Mao figurait sur le papier journal et il l’avait mise à l’envers.»

Au début des années 1980, Wang a relevé la tête. «J’ai demandé aux villageois de rassembler leurs griefs, leurs souffrances de l’époque pour constituer une demande de réparation que l’on présenterait au bureau des pétitions du gouvernement local de Yangqing.» Monsieur Wang devenait alors un « pétitionnaire », une figure commune en Chine.

Assez vite, des officiels du Parti local ont eu vent de ses activités. Sans prévenir, ils ont frappé à sa porte. «Ils m’ont clairement averti que toutes mes demandes ne serviraient à rien, que c’était du passé.» Pas de quoi refroidir notre paysan. «A la mort de Mao, j’avais 40 ans, j’étais pauvre et aucune femme ne voulait d’un gars comme moi.» Sans descendance pour lui assurer sa retraite, sa demande de réparation devenait pour lui une évidence.

La télé, la clim et un réfrigérateur

«Regardez : jusqu’à il y a encore quatre ans, je vivais avec 300 yuans (35 euros) par mois. Il m’a fallu épargner une année pour m’offrir ce vélo», dit-il en indiquant un pittoresque Pigeon Volant devant l’entrée. Entre deux cigarettes, Wang remplit nos gobelets d’eau chaude et tousse, avant de cracher pudiquement dans un mouchoir.

«Alors, j’y suis allé seul.» Un matin, Wang a pris le train jusqu’à la capitale. Il s’est rendu au bureau national des pétitions et jusque devant l’une des portes de Zhongnanhai, la résidence forteresse des leaders du Parti communiste. Celle où vivent aujourd’hui Xi Jinping, Hu Jintao et Wen Jiabao, hauts dignitaires du Parti. «J’ai même pensé me rendre au bureau de l’ONU.» Un pèlerinage qu’il répétera pendant quinze ans.

Et puis en 2008, à quelques jours des Jeux olympiques, la bonne nouvelle est tombée. Wang a reçu une lettre tapée à l’ordinateur et lui demandant d’ouvrir un compte en banque. Pas d’excuses mais de l’argent, comme il espérait tant. Il recevra chaque mois une indemnité retraite de 400 yuans (réévaluée cette année à 700 yuans) ainsi que 276 yuans d’autonomie vieillesse et un forfait de 100 yuans par mois pour ses dépenses de santé. Pour se chauffer cet hiver, quelqu’un glissera même 400 yuans dans sa boîte aux lettres avec un petit mot, «acheter charbon». Wang pense dur comme fer que les officiels locaux se sont fait taper sur les doigts par un cadre pékinois, d’où ses allocations en série, à faire pâlir de jalousie ses camarades.

«Maintenant, je revis. Avec ce revenu (de 128 euros – ndlr)mensuel, j’ai même de quoi m’offrir une télé, la clim et un frigidaire.» Fixe ou portable, Wang le solitaire refuse encore le téléphone.

Quant au téléviseur, qu’il protège des curieux par un morceau de carton contre le carreau, il lui a ouvert de nouveaux horizons.«L’an dernier, sur la chaîne télévisée de Shanghai, un professeur de Fudan a raconté que le Grand bond en avant avait causé au moins 11 millions de morts (on parle généralement de 30 millions de morts – ndlr). Il disait que Mao donnait toute la nourriture aux pays amis.» Une révélation qui confirmera ses doutes. «Jusqu’en 1961, je travaillais dans une usine de briques à Tianjin. J’y ai vu des wagons remplis de grains partir vers la Russie alors que nos ventres étaient vides. Ce n’était pas lié à un quelconque désastre naturel.»

«Bonheur», est-il inscrit sur une maison voisine.
«Bonheur», est-il inscrit sur une maison voisine.© Jordan Pouille

 

Aujourd’hui chouchouté, Wang n’en reste pas moins sur ses gardes. Il y a quatre mois, son muret principal est tombé subitement. «C’est à cause des tunnels que l’on construisait partout durant la Révolution car Mao était parano et craignait les attaques étrangères. Le mien s’est effondré.»

Une semaine plus tard, des ouvriers en ont bâti un nouveau, très robuste, avec un atelier en prime. « Les gars ont voulu sculpter le mot “bonheur” sur mon mur, pour faire comme les autres. » Il a refusé, tout net.

Publié le 03 mars 2012.

Reportage à Wukan pour La Vie (08.03)

Posted 11 Mar 2012 — by admin
Category la vie, politique, reportage

« Introduisons durablement la démocratie au village. Les droits des habitants doivent être protégés dès la racine » D’après les mots écrits sur ce lampadaire, pas de doute, nous sommes bien à Wukan, un village de pêcheurs de coquillages au sud de la Chine. Plus aucune barricade à l’horizon mais des affiches rouges collées sur les murs de temples magnifiques, dédiés aux ancêtres. Elles invitent tous les habitants à se rendre aux urnes pour élire leurs nouveaux dirigeants. 120 petits isoloirs, des caisses de bois posées sur des tables d’écoliers, sont disposés dans la cour de l’école où l’on passe en boucle des chants patriotiques à la gloire du Parti unique.

Le suffrage universel direct est rarissime en Chine car même si une loi des années 80 garantit les élections locales dans les campagnes, peu de chefaillons s’empressent de les organiser. Jusqu’à samedi 3 mars à Wukan, sur les neufs membres du « comité des villageois », cinq étaient en place depuis l’arrivée de Deng Xiaoping à la fin des années 70 !

Mais depuis le mois de septembre 2011, les 13 000 wukanais, hommes et femmes, jeunes et vieux, font le ménage de leurs petits dictateurs corrompus. A commencer par Xue Chang, le secrétaire du Parti local et Chen Sunyi, le chef du village, qui pendant des années se sont entendus pour liquider les terrains communaux à un richissime homme d’affaires installé à Hong-Kong. Peu à Wukan le savaient. Jusqu’à l’an dernier, quand Lin Zuluan, l’un des rares instruits du village, rassemble des preuves accablantes. Les paysans multiplient les pétitions auprès de la préfecture puis de la province, jusqu’à ce que la police se décide à assiéger le village pour traquer les contestataires. « Il ont débarqué la nuit dans les ruelles en frappant sur un gong pour nous réveiller en sursaut » se souvient une adolescente. L’un des meneurs de la colère paysanne meurt au commissariat, officiellement de « crise cardiaque ». L’affrontement devient alors inévitable, jusqu’au barricades du mois de décembre, devant les caméras du monde entier.

Mais désormais au village, les élections s’enchaînent, frôlant l’overdose démocratique ! D’abord en janvier pour choisir le « comité électoral » puis en février pour sélectionner les 107 villageois qui joueront les assesseurs. Et enfin ce samedi 3 mars où l’on a désigné le nouveau « comité des villageois » dont la principale mission sera de récupérer les terres volées et de mettre un coup d’arrêt à la corruption. « C’est la première fois que je vote, en effet… Mais c’est surtout la première fois que je vois un chef accéder à son poste sans l’avoir payé » explique Chang Jilan, qui transporte les villageois jusqu’à la gare routière de Lufeng, la ville voisine, sur son petit triporteur électrique.

Partout en Chine, il est commun d’acheter son poste de serviteur de l’Etat. Et le tarif peut même être exorbitant. En 2003, le chef d’un petit village du Shanxi, avait déboursé 300 000 euros pour une fonction indemnisée 40 euros par mois ! Sans surprise, ces « parvenus » espèrent rentabiliser leur investissement au maximum. Et c’est par le biais des terres, propriété publique en Chine, que l’enrichissement devient possible. Selon Li Fan, responsable d’un think-tank pékinois, au moins la moitié des 625 000 villages chinois sont confrontés à ce fléau d’abus de pouvoir et de corruption.

En siphonnant les recettes publiques, les officiels de Wukan ont surtout privé leur village du moindre essor. Aujourd’hui, beaucoup de familles y vivent dans une misère difficilement concevable sur cette partie de la Chine, si proche de l’opulente Shenzhen, première zone spéciale économique de Chine et temple du fameux « made in china ».

Chez les Hu, par exemple, on a appris à survivre avec moins de 4 euros par jour. C’est bien peu pour deux adultes et six enfants, dont deux non déclarés par peur de l’amende suffocante du bureau du contrôle des naissances. Tous dorment sur deux lits superposés et font leur toilette dans la rue. Les parents ne parlent ni mandarin, ni cantonnais ; juste un dialecte local. Les enfants sont assidus à l’école mais la plus grande, 17 ans, n’ose envisager de poursuivre ses études. « Je vais bientôt rejoindre un atelier d’une usine de Shenzhen. Le patron fournit le repas et le dortoir aux ouvriers ».

Lin Zuluan, jadis meneur de la fronde wukanaise et désormais désigné aux fonctions de chef du Parti et du comité des villageois, parviendra-t-il à récupérer les terres spoliées ? Les paysans en doutent. «Mais nous avons retrouvé notre dignité. C’est une grande avancée » explique monsieur Wang, qui aurait même renoncé à la bouteille depuis que l’espoir est revenu au village.

Se faufilant au milieu de la foule d’électeurs après avoir déjoué la vigilance des policiers, des paysans des villages voisins viennent rappeler aux journalistes que la détresse des Wukanais leur est aussi coutumière. « Chez moi, toute personne qui se plaint se fait systématiquement arrêter » murmure une dame. « Le chef du village se sert des ressources et le peuple prend ce qu’il reste » dit une autre. « Un prêt de dix millions de yuans a été accordé par la banque à notre commune et le chantier n’a jamais vu le jour » martèle un homme persuadé d’avoir été suivi et ne sachant plus trop comment lutter. « J’ai toutes les preuves dans cette pochette. Je compte sur vous» lance-t-il avant de disparaître.

La terre, première cause de conflits sociaux

Ce ne sont pas les droits de l’homme ou les bas salaires qui soulèvent massivement le peuple chinois mais la perte des terres. Car la majorité des « incidents de masse » passés officiellement de 8700 en 1993 à 90 000 en 2006 mais plus guère rendus publics depuis, sont causés par des expropriations forcées et des pertes de terrains cultivables, le plus souvent sans aucune concertation préalable entre les paysans et les officiels qui les dépossèdent pour accélérer l’urbanisation … ou remplir leurs comptes en banque. Ce qui pose aussi la question de la sécurité alimentaire : avec moins de terres arables disponibles, la Chine pourra-t-elle longtemps nourrir 1.4 milliards d’individus ? A Tianjin, les autorités ont pris les devants en louant des hectares bulgares pour y faire pousser du mais massivement.

Texte et photos Jordan Pouille.
Plus de photos ici
Un grand merci à Tom Lasseter et Stéphane Lagarde.

 

Highway to hell

Posted 08 Mar 2012 — by admin
Category culture, daily life

C’est une pratique pas très catholique qui, à mon avis, se développe avec le pouvoir d’achat des chinois. Comme ici, sur la belle autoroute en direction de Shenzhen. Sitôt franchi le péage, les conducteurs de berlines stationnent sur la bande d’arrêt d’urgence, font mine de nettoyer le pare-brise et recouvrent méticuleusement les deux plaques minéralogiques de housses “camouflage”. Puis ils repartent, la fleur au fusil et le pied sur le plancher, parés à doubler à droite comme à gauche et surtout à toute berzingue, tous les véhicules dans leur champ de vision.

Une méthode radicale pour contourner les radars automatiques, et sans conséquence. Car il y a peu de chance qu’un policier arrête le conducteur d’une grosse voiture, quand bien même celle-ci franchirait le mur du son à contre sens, les grands phares allumés. Pourquoi? La peur, les chocottes. Peur que le “riche” ait des relations, connaisse des officiels et fasse passer au policier un mauvais quart d’heure. On en trouve un bel exemple dans “Les Années Fastes”, cette fiction de Koonchung interviewé pour Mediapart.

Heureusement, c’est aussi un enseignement pour les journalistes en Chine. Paradoxalement, dans une zone dite “sensible” bardée de checkpoints comme le sont actuellement les territoires tibétains au Sichuan, mieux vaut circuler dans une grosse Audi A6 noire à vitres teintées que dans un vieux bus de campagne. Le bus pétaradant se fera contrôler de fond en comble, jamais l’Audi.

Ce phénomène de plaques masquées ne surprendra personne, pour qui vit en Chine. Et c’est aussi l’expression d’un sentiment d’impunité qui augmente à mesure que l’on grimpe dans l’échelle sociale chinoise, peu importe l’âge ou le sexe.