Archive for the ‘beijing’ Category

Le terrorisme selon Pékin

Posted 25 Oct 2011 — by admin
Category beijing, societe

jordan pouille ©

La Chine, Etat de droit s’il en est, se penche actuellement sur une définition officielle du terme “terrorisme”. Il y aurait donc un terrorisme aux “caractéristiques chinoises”…

Depuis hier, une loi dite “anti-terroriste” est officiellement à l’étude à Pékin, par le Comité Permanent de l’Assemblée Nationale Populaire. L’agence “Chine Nouvelle” précise que “cette loi est un préambule à de prochaines campagnes de lutte anti-terroriste”.

La dépêche de l’agence officielle rappelle que les sanctions existent – entre trois et dix ans de prison- mais qu’on ne sait pas vraiment ce qu’est un terroriste en Chine. Il est vrai qu’il y a de quoi s’emmêler les pinceaux. La semaine dernière, lors d’une conférence de presse, la porte parole du ministère des affaires étrangères allait même à comparer  la dernière immolation d’un moine tibétain à du “terrorisme déguisé”:  ”Les cas d’immolation sont contraires à la morale et à la conscience et devraient être condamnés” ou ”Les activités séparatistes qui coûtent des vies humaines sont de la violence et du terrorisme déguisés”.

Alors ne sera-ce qu’un jargon supplémentaire? Est ce qu’une définition chinoise du terrorisme pourrait élargir ou rétrécir les cibles de l’outil répressif? On sait qu’un amendement de la procédure criminelle est en cours pour légaliser des disparitions sans justification de suspects, bien souvent des dissidents, considérés comme faisant atteinte à la sécurité de l’Etat.

Ici, ce qui est étrange, c’est cette nouvelle définition apportée à l’acte de terrorisme: “tout acte visant à provoquer la peur collective, s’en prendre à des organes d’Etat, des organisations internationales par la violence, le sabotage, les menaces ou d’autres tactiques“. Censée apporter un peu de clarté, cette définition brille par son imprécision.

Car après tout, un avocat des droits de l’homme révélant un vaste programme d’avortement forcés, un journaliste chinois enquêtant sur les lacunes du tgv chinois ou une poignée de ouighours s’en prenant à un poste de police pourraient bien figurer dans cette catégorie de provocateurs de peur collective. Même l’outil en ligne Weibo (le twitter chinois), cet empêcheur de tourner en rond capable de propager en moins de deux, n’importe quelle rumeur, scandale alimentaire, faits divers aux quatre coins de la Chine, pourrait constituer un organe terroriste dans la mesure où il sabote le travail du Bureau de Propagande d’Etat et ses consignes de censure quotidiennes auprès des médias officiels.

“Les actes terroristes provoquent ou ont pour but de provoquer des dommages à la société, qu’il s’agisse de victimes humaines, de pertes économiques majeures de trouble à l’ordre social“, poursuit la définition officielle à l’étude.

Rassurons nous, l’agence Chine Nouvelle promet qu’une liste des organisations terroristes et des terroristes sera dressée et diffusée par les autorités de sécurité publique. On saura peut-être alors qui est vraiment dans le collimateur de l’Etat.

A Pékin, les indignés du dimanche

Posted 17 Oct 2011 — by admin
Category beijing, economie

Dans le district de Chaoyang, on n’a pas encore fait le siège des banques d’Etat mais le quartier des affaires est enfin sorti de sa léthargie dominicale.

Nous voilà donc au deuxième étage d’une tour du “Chinese Business District” de Jianwai Soho. Un complexe clinquant de boutiques et de bureaux construits par le couple de milliardaires atypiques et médiatiques Zhang Xin et Pan Shiyi, régnant en maîtres sur l’immobilier pékinois.

Peuplé de travailleurs en cravate ou tailleur la semaine, le lieu est désespérément vide entre vendredi soir et lundi matin. Mais par le miracle d’internet, à l’appel d’un Weibonaute (Weibo est l’équivalent chinois de Twitter, bloqué), l’endroit s’est transformé ce dimanche après-midi, en une joyeuse braderie.

Une centaine de pékinois ont donc pris place pour troquer leurs affaires d’occasion. Le principe: redonner une vie à des objets délaissés, créér du lien social autour d’un paire de sandales, un gloss peu servi, un ipod dépassé. Beaucoup ont troqué, quelques uns ont vendu. Tous n’étaient apparemment pas venus pour faire du profit et les quelques centaines de yuans accumulés seront même redistribués à un défenseur des animaux très convaincant. Pour la petite histoire, le jeune homme fait partie de ces riverains ayant sauvé des centaines de chiens de l’abbattoir en avril dernier (voir article http://twurl.nl/rbsv47) . Il ferraille aujourd’hui pour nourrir ces animaux rescapés mais que les Pékinois ne peuvent adopter; les chiens de plus de 50 cms de hauteur étant “canina non grata” en ville. “Seulement” 100 000 petits sont donc enregistrés dans la capitale chaque année. Difficile de croire que la taille d’un chien est proportionnelle à sa dangerosité mais soit…

Dans une ville démesurée où tout pousse à la consommation, où les centres commerciaux sont pléthoriques, où la spéculation immobilière rend inaccessible la plupart des nouveaux appartements, il y a des moments où l’on est heureux de constater un soupçon de résistance pacifique au modèle de société actuel chinois.

Parmi les “bradeux” donc, pas peu fiers d’étaler leurs babioles, j’ai fait la connaissance d’un jeune traducteur, une journaliste du Quotidien du Peuple fraîchement embauchée après neuf mois d’immersion à Lyon, une productrice pour le bureau pékinois de la télévision nationale nipponne, un dessinateur, un commercial dans une société nationale d’alicaments (pour lutter contre la malnutrition qui existe encore en Chine).

Tous ont moins de trente ans, de l’éducation, un salaire convenable et l’envie, sur leur temps libre, de partager autre chose que des coupons de réduction distribués par des machines à l’entrée des hypermarchés.

Et puis à la fin de la journée, un couple de restaurateurs est arrivé. Pour 35 yuans (4 euros), ils ont proposé un repas entièrement “bio” et végétalien. En amuse-bouche, le mari tenait un discours plutôt alarmiste sur la sécurité alimentaire, à contre-courant des médias officiels annonçant une lutte gouvernementale sans pitié contre les industriels de l’eau de bouteille au plomb ou du lait maternisé à la dioxine.

Mais comment être sur que votre bio est vraiment bio ?” ose un garçon. Il fait allusion au dernier scandale des supermarchés Wall Mart de Chongqing où le porc vendu comme biologique depuis des mois n’était en fait que de la vulgaire viande dopée au clembutérol. Et le restaurateur d’expliquer par le début toute l’histoire de l’agriculture biologique, à la demande générale et par un vote à main levée. Il n’existerait pas de label officiel bio mais deux standards d’alimentation dite “verte”: le A et le AA. Pour le reste, c’est la confiance qui prime.

A la fin du repas, varié et ponctué d’une soupe au potiron bio magistrale, un professeur est venu dénoncer à mots feutrés l’omniprésence des OGM dans l’alimentation quotidienne. “95% du soja servi en Chine”. Stupeur générale. Deux producteurs de légumes -et fournisseurs directs de nos restaurateurs bio- ont terminé la séance en expliquant leurs projets d’agriculture équitable avec des paysans du Hebei et d’Harbin.

jordan pouille

Ce dimanche, ce petit bout de pékin a offert un condensé prometteur de la fameuse nouvelle classe moyenne chinoise, nourrie à Weibo, pas “indignée”comme en Occident mais de plus en plus “consciente” des problèmes collatéraux de cette croissance effrénée. Tous ces jeunes étaient prêts à prolonger le dialogue bien au delà de la toile. Et ils ont été servis, sur un plateau.

 

Backstage with a Peking opera troupe

Posted 14 Oct 2011 — by admin
Category beijing, culture

“Sorry, it’s forbidden” yelled the reception lady at us, as we politely asked to see artists getting prepared for  their 7pm peking opera show at Shang An theatre, near the Forbidden City.

Instead of booking 280 rmb tickets, we headed to the car park at the back of the theatre. Here, opera dancers were smoking one last cigarette and didn’t think for long before offering us an inside look. We quickly found ourselves ‘backstage’, both shy, delighted and excited to be among them for a few hours.

This well known “Peking Opera troupe of Hebei province” was set up in 1953. It had to stop during the Cultural Revolution because it was considered as “feudalistic” and “bourgeois”. It is now run by acclaimed artist Pei Yanling. Kung Fu kids call her “grandma”. This extravagant lady plays the leading role of “Xiang Jiuxiao”, a poet who struggles to keep political secrets away from the Emperor. Pei Yanling has been named “China’s cultural treasure” by the government. No wonder why she enjoys a personal servant, who follows her anywhere with a teapot. At this end of this “journey”, we have been generously invited to her training school in Hebei province. Stay tuned !

jordan pouille ©

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Une inflation “insupportable” pour les Pékinois

Posted 10 Oct 2011 — by admin
Category beijing, daily life, economie

jordan pouille

Un petit vendeur de légumes de Dongcheng, un quartier central de Pékin.

Insupportable. C’est le terme employé par 70 % des 1400 foyers pékinois dans le cadre d’une étude sur la perception des prix, menée par la Banque Centrale de Chine et publiée par le magazine économique chinois Caijing. Si le gouvernement tente de contenir le prix de l’immobilier qui a quadruplé en dix ans à Pékin - un crève coeur dans la mesure où les entreprises d’Etat investissent elles aussi dans la juteuse spéculation immobilière –  il ne peut pas grand chose face à l’inflation générale. On déplore ainsi une hausse des prix de 4.8% d’un trimestre à l’autre.

Et cette hausse frappe l’alimentation en particulier. Ainsi, le prix de la viande de porc, la plus consommée en Chine, a augmenté de plus de 45 % en un an. A titre personnel, je constate que le moindre plat dans les restaurants de quartier a grimpé de 2 yuans depuis le début de l’été. Les Chinois maîtrisent l’art de la débrouille et l’on assiste au succès des restaurants groupés, où l’on réserve son assiette sur internet. En réservant à plusieurs, on peut ainsi fait baisser la note sensiblement.

Les boucs (émissaires) de Dongcheng

Posted 09 Oct 2011 — by admin
Category beijing

C’est un dimanche tristement ordinaire. Le ciel est blanc, totalement laiteux, crémeux, blafard: un mélange morne de pollution et de brume, si propre au Pékin post-olympique et qui incite plutôt les gens à errer dans les allées lustrées des centres commerciaux.

Un ami chinois m’a filé une adresse, un coin secret à un jet de cailloux de la Cité Interdite et juste derrière l’Hôtel International de Pékin sur Janguomennei Dajie, aux allures de vaisseau spatial néo-stalinien. Il parait que des bougres pas bien riches y élèvent des boucs et des oies en toute impunité. Mon ami ne s’est pas trompé. Ce sont les derniers habitants d’un Hutong de Dongcheng qui aurait du disparaître il y a fort longtemps… si ces irréductibles avaient accepté le montant des indemnités sans sourciller. Mais ils sont coriaces les Pékinois.

Et ceux-ci précisemment, de l’ethnie Man (Mandchourie) pour la petite histoire. Nul ici ne sait ce qui viendra un jour remplacer ces maisons de briques mais ils tiennent, contre vents et marées ou plutôt contre pelleteuses, bulldozers, coupures de courant et d’eau intempestives. Parqués derrières des palissades de chantier vantant le développement harmonieux de Dongcheng, ils se sont même payés un vigile qui surveille l’arrivée éventuelle de démolisseurs mal lunés. Et profitant désormais d’un large terrain vague, ces riverains en sursis y élèvent un joli troupeau de boucs broutant autour d’un arbre solitaire et majestueux. Une scène bucolique en plein centre ville, s’offrant aux fenêtres des austères tours de bureaux environnantes.

Il est frappant de voir que ces Sihueyan (les maisons à cour carrée souvent partagées par plusieurs familles) ont été littéralement démembrés: seuls tiennent debout les salles occupées par les derniers occupants; les pelleteuses ayant dévoré tout le reste. Du coup, ces toits et murs tiennent avec des bouts de ficelle et la moindre rafale menace de faire effondrer l’édifice. C’est une histoire bien ordinaire, ma foi. Je vous avais prévenu.

Le reportage photographique:

Jordan Pouille

Jordan Pouille

Jordan Pouille

Jordan Pouille

Jordan Pouille

Steve Jobs, le tyran visionnaire

Posted 09 Oct 2011 — by admin
Category beijing, economie


Les Pékinois ont déposé des bouquets au pied de l’Apple Store de Sanlitun, le plus fréquenté au monde (photo JP)

Si monsieur Steve Jobs a été un visionnaire, un créateur, un génie voire même un magicien du high-tech comme on peut le lire en ce moment, alors c’est sans doute à Pixian, en banlieue de Chengdu que sa magie opère. Ici, on construit 2/3 des Ipad2 dont le monde entier raffole. Une ville de béton créée de toute pièce il y a tout juste un an, où les jeunes gens virevoltent entre dortoirs et ateliers-bunkers, de 8h à 22h, pour 2000 yuans par mois, heures supplémentaires comprises. Les photos de mon récent reportage sur place sont ici.

De la bicyclette à la Bentley: itinéraire d’enfants gâtés. Enquête sur la jeunesse dorée pékinoise (Metro)

Posted 22 Aug 2011 — by admin
Category beijing, metro international

+ Metro Perou :

+ Metro Toronto:


Yao Bo, le candidat “Twitter” (Marianne)

Posted 25 Jul 2011 — by admin
Category beijing, marianne, politique

Plus de photos de notre rencontre avec Yao Bo ici

Soho et la bulle qui gonfle, qui gonfle…

Posted 28 Jun 2011 — by admin
Category beijing, societe

Vendredi, le gouvernement chinois demandait à ses banques de ne plus accorder de prêts à tirelarigo aux promoteurs de tout poil, considérés par la population comme les responsables de la spéculation immobilière qui empoisonne les grandes villes et empêche la majorité des urbains de devenir propriétaire: 

scan jordan pouille

 

Pourtant, le même jour, un entrefilet dans la presse, rapporte que 10 banques viennent de tomber d’accord pour offrir un prêt colossal de 600 millions de dollars à Pan Shiyi, le patron pourtant milliardaire de Soho, principal promoteur immobilier de Pékin !

Depuis 15 ans, lui et sa femme Zhang Xin s’octroient à prix d’or les terrains les plus centraux de Pékin pour y ériger des tours de logements hors de prix et des centres commerciaux déserts. Des immeubles fantômes comme à Soho Sanlitun, ou Jianwai Soho où l’appartement se vend à 700 000 euros. 1.3 millions de mètres carrés supplémentaires sont actuellement en chantier, chez Soho.

Les patrons de Soho sont l’un des acteurs de cette bulle immobilière et mises à part les belles paroles ou les demi-mesures pour limiter les achats de résidences secondaires, rien n’est fait pour l’empêcher de gonfler  ! A se demander à qui profite le crime…

Voir mon portrait de Zhang Xin dans Marianne.

Voir l’une des vidéos qui accompagnait l’an dernier mon enquête en trois volets sur l’accès à la propriété (Mediapart). Avec mon amie chinoise, nous nous étions faits passer pour des candidats à l’achat d’un appartement présenté comme un oasis de verdure à un jet de caillou du centre-ville. Accrochez vous.

http://www.dailymotion.com/videoxd2fig

Un dimanche chez les voisins d’Ai Weiwei

Posted 16 May 2011 — by admin
Category beijing, daily life, vies de roman

 

“Viens t’asseoir et prends une bière”. Sous un soleil de plomb, une quinzaine de jeunes font chanter le barbecue. Ils vivent dans des serres horticoles aménagées en lofts. Nous sommes à Caochangdi, le quartier de l’artiste disparu Ai Weiwei, au Nord Est de Pékin.

Bon, en cette période, Ai Weiwei n’est pas vraiment le sujet de conversation qui surgit entre deux gorgées de Tsingtao. Au yeux du Parti, l’homme est devenu un redoutable dissident. Fils de poètes reconnus par le régime, il a d’abord été longtemps épargné par la répression. Lui même s’étonnait publiquement de ne pas connaître le même sort carcéral que l’écrivain Tan Zuoren, car les deux enquêtaient sur les mêmes bavures du régime (soupçon de corruption massive dans la construction au rabais de milliers d’écoles du Sichuan, frappé par le terrible séisme, il y a 3 ans).

Aujourd’hui, sa femme Lu Qing vit toujours au “258 Fake”, le nom de la résidence de briques d’Ai Weiwei qui rassemble sa maison, ses studios et son bureau. Lu Qing refuse les entretiens, d’après l’ayi et son fils qui nous ont poliment entrouvert la porte métallique bleue turquoise. Détail amusant: juste en face, la caméra de surveillance policière qui du haut d’un poteau surveillait les allées et venues de l’artiste, est finalement tombée. Ai Weiwei en avait fait une copie, taillée dans un bloc de marbre italien.

jordan pouille ©

 

jordan pouille ©

 

Dans ce petit bout de Caochangdi (qui signifie “Herbe des champs”), la moitié des serres a été convertie en spacieux appartements bien isolés, avec carrelages, salon confortable, chambre à part et cuisine aménagée. La plupart des occupants sont des artistes, profs d’arts plastiques, assistants de galeristes. Le midi, le soleil tape très dur et la sauce épicée dans laquelle chacun badigeonne légumes et morceaux de viande n’arrange rien. L’un des résidents nous confie qu’il a travaillé sur un projet d’architecture d’Ai Weiwei. “Je garde un souvenir d’immense liberté artistique dans son studio” dira-t-il, avant de s’accorder une sieste crapuleuse au milieu des arbustes, dans la serre d’en face.

jordan pouille ©

 

Jordan Pouille ©

 

Jordan Pouille ©

 

Jordan Pouille ©

 

Le jeune homme paie moins de 200 euros par mois de loyer pour apprécier ce cadre naturel, insolite et bohème, une “cité radieuse” qui ne s’est pas encore boboïsée, à l’inverse des “siheyuan” retapés des hutongs pittoresques de Gulou ou Beixinqiao.