Archive for the ‘culture’ Category

Mariage heureux

Posted 12 Oct 2012 — by admin
Category culture

Partout en Chine, avant chaque célébration du mariage, les jeunes couples cassent leur tirelire pour une séance photo en studio.

Au bord d’un lac asséché du Shaanxi ou au pied d’une mine de charbon de Mongolie Intérieure, j’ai été surpris par la décoration intérieure kitsch et attendrissante de tourtereaux ruraux, dont le quotidien n’a pourtant rien d’un long fleuve tranquille.

Le couple est tellement maquillé, déguisé puis photoshopé que le résultat dépasse tous les fantasmes. Sur ces posters et albums photos, on y sublime l’amour aveugle à grands coups de prairies vertes fluo, de coucher de soleil violet, de salons Renaissance et de poèmes en anglais.

 

“Marries for me I use the Petroleum to flush the restroom to you take a bath with Pepsi Cola“.

 

Les Iles Diaoyu/Senkaku et la haine antijaponaise (Métro)

Posted 19 Sep 2012 — by admin
Category beijing, culture, japon, metro international

+ mon billet chez Médiapart ici.

L’Arbre à Singes (Carnets d’Asie)

Posted 15 Aug 2012 — by admin
Category culture, daily life

En quatre années de correspondance chinoise, je pense avoir un peu bourlingué. Dans mon fidèle sac à dos, coincé quelque part entre l’ordinateur portable, l’appareil photo, le calepin, les boules Quiès, le passeport et les dosettes de Nescafé, il y a toujours une place pour un livre de voyageur.

Ma bible a longtemps été « le Grand Voyage de la vie » de l’italien Tiziano Terzani, ancien correspondent expulsé de  Pékin, puis le « When a billion Chinese jump » de Jonathan Watts, le reporter « Environnement Asie » du Guardian, devenu un ami et aujourd’hui installé au Brésil. Et puis là, je découvre “l’Arbre à Singes“, de Vincent Hein. Il est Français et vit à Pékin avec son épouse chinoise et Edgar, leur enfant.

Vincent Hein est un voyageur, un vrai. De ceux qui observent, sentent et décrivent avec une justesse de peintre et une jubilation enfantine. De ceux qui retiennent aussi bien la couleur du rideau que la conversation de l’hôte. Lorsqu’il s’installe, sans bruit, quelque part, dans un taxi comme un bouiboui, Vincent met ses sens en alerte et voit tout ce que nous ne voyons plus.

En ce moment, je me dis qu’il faut que je quitte ce fichu pays (que j’adore), que je me déconnecte des réseaux sociaux sur lesquels j’en suis souvent réduit à ne décrire qu’une réalité immédiate, pour prendre du recul, de la latitude et trouver le temps et la façon de raconter toute ces rencontres imprévues et improbables avant que celles ci ne se dérobent et ne disparaissent de ma mémoire. Retrouver ses souvenirs, pour se retrouver soi-même.

« L’Arbre à Singes » est une cure de jouvence mémorielle, un « reboot » de l’étonnement, un outil pour recoller tous les synapses de ceux et celles qui s’expatrient, tant ce récit de voyages fait honneur à nos souvenirs oubliés, voire ignorés. Après avoir lu quelques pages, je me suis d’abord dit que bon sang, ma modeste épicerie de quartier ne manque finalement pas de cachet, avec ses pochons de lait entassés, ses bouteilles d’alcool de riz en pagaille, ces pattes de poulet sous vide, ces saucisses de porc gorgée de clenbuterol et cette petite échelle s’engouffrant dans le faux plafond où partira se coucher le vendeur après une journée de 18 heures …

Quelques morceaux choisis :

« A l’entrée du temple, une jeune fille de l’Association des étudiants anglophones propose de me servir de guide. Je la trouve mignonne avec ses genoux en dedans, ses jambes arquées, ses dents de guingois et son gilet trop court. J’accepterais volontiers, mais son anglais est déplorable et mon japonais proprement inexistant. Alors nous perdons vingt minutes à nous dire à coups de sourire et d’inclination que nous n’avons pas réellement besoin l’un de l’autre ».

« Autour ce sont des boutiques de quatre sous et de petites fermes construites en brique rêche. Elles n’ont l’air de rien, mais si on pousse la porte, on tombe sur des basses-cours avec de l’ail appendu sous les toits, du mais mis à sécher contre les murs, de la vigne grimpante qui s’attache aux tuiles, une glycine parfois, des pivoines, de la coriandre et du jasmin en pots. Elles sont reliées entre elles par des ruelles terreuses où l’on croise des cochons noirs, des chiens qui se chauffent au soleil et des couvées de poussins qui empestent la fiente, pataugent et picorent le long d’un filet d’égout ».

« Je n’y achète jamais rien, ou pas souvent pourtant, mais l’étonnante superfluité d’objets que l’on y trouve, leurs couleurs, leurs formes, leur exotisme, les histoires qu’ils racontent en douce et parfois cette inanité, cette inutilité fantasque qu’ils revendiquent, me plaisent, me fascinent, me captivent, et je suis comme au spectacle ».

« Plus avant, c’est un bouquet d’immeubles filiformes, côtelés de climatiseurs hors d’âge, décatis, patinés à coups de typhons et suintant d’une graisse brunâtre rejetée par les hottes aspirantes des appartements ».

Comme vous, comme moi, l’auteur n’a pas le destin d’un Ernest Hemingway et ses promenades asiatiques sont d’une simplicité insolente. Mais son ouverture d’esprit, son aptitude à la rencontre, son extrême sensibilité, son souci presque scientifique de nous donner à voir, sentir, toucher transforment chaque moment en expérience enrichissante.

Cet épicurien du mot et du temps, manie la langue française avec une gourmandise palpable et nous fait comprendre combien les moments simples peuvent revêtir une beauté exceptionnelle.

« Chaleur d’étuve. La lune fond en faisant des bulles comme un beurre noir ».

Et puis ce gentleman-baroudeur n’emploie jamais de ton précieux, des fois qu’il aurait aimé en mettre plein les mirettes. Modeste, il donne même à voir ses doutes de voyageur-écrivain, comme dans un journal intime.

« J’ai passé l’après-midi à travailler. Du moins j’ai essayé. Mais rien n’est venu, ou rien de bon, et devant ce vide embarrassant les bras me sont tombés et je me suis senti le souffle court. Je suis sorti faire quelques pas dehors, puis je suis rentré, j’ai grillé une cigarette alongé sur le lit et j’ai attendu de voir ce qu’il en sortirait. Pas grand-chose, ou bien si : un peu de fumée âcre, une petite braise qui a fini dans le col de ma chemise, un hoquet… Finalement juste de quoi remettre l’écriture à sa véritable place, se la rendre accessible, la sortir du sacre ».

L’auteur nous parle comme un ami, un compagnon de route avec qui on aimerait bien ouvrir une bouteille de pinot noir chilien et se poser dans un petit village à la sortie de Pékin, à regarder les gens vivre, tout simplement. Et alors nous prendra l’envie de griffonner des mots sur un bout de papier, en déchirant un paquet de cigarettes vide, pour ne rien laisser filer.

L’Arbres à Singes – éditions Denoël

 

———-

 

En terminant ce livre, j’ai ressenti l’envie d’aller fouiller dans mes photos et de me faire un “shoot” de souvenirs chinois, pour que resurgissent les émotions de rencontres passées, comme Vincent Hein a su si bien faire partager les siennes.


funérailles à Chongqing. Photo: JP – 2012

Lycée professionnel à Qingdao. Photo: JP-2012

Travailleurs de Foxconn, usine de Shenzhen, après leur shift. Photo: JP – 2012

Chorale de l’Eglise Nantang à Pékin. Photo: JP – 2012

Un pétitionnaire chez lui, à Yongning. Photo: JP – 2012

Un paysan devenu balayeur dans la ville fantôme de Kangbashi, Ordos. Photo: JP – 2011

Des catholiques souterrains en Mongolie Intérieure. Photo: JP – 2010.

Mariage à Urumqi – Xinjiang. Photo : JP – 2009

Une école de village, dans la campagne du Hubei. Photo: JP – 2008

Le marketing chinois d’un habilleur américain

Posted 10 Apr 2012 — by admin
Category culture, daily life, economie

Je me souviens des publicités chinoises de “The North Face”, l’équivalent de notre Lafuma national, visible dans les stations de métro pékinoises l’an dernier. On pouvait y admirer des occidentaux et des asiatiques debout dans la neige, tenant leur vestes à bout de bras pour cacher leur nudité. C’était plutôt drôle, humain mais difficile peut-être de s’identifier pour le consommateur.

Qu’ils soient contrefaits ou originaux, les vêtements de randonnée North Face ou Columbia sont très populaires chez les citadins de classe moyenne.  Sans doute pour signifier à tout le monde qu’ils sont en congés, les couples pékinois s’en vêtissent de pied en cap chaque weekend, même s’ils ne font souvent qu’arpenter les allées des centres commerciaux.

Cette fois-ci, la dernière campagne publicitaire  de North Face change du tout au tout. On s’approcherait même de l’esthétique socialiste (aux caractéristiques chinoises), comme si l’entreprise américaine avait compris qu’une campagne publicitaire efficace ferait mieux de copier la propagande officielle qui nous est donnée à voir dans la plupart des médias chinois. Une forme de créativité, mais dans l’autre sens.

Visite guidée et légèrement anthropologique:

La propagande chinoise veut que son presque milliard et demi de citoyens vive en harmonie entre les 56 minorités ethniques officiellement répertoriées. Ici un Han (l’ethnie majoritaire) habillé en “North Face” dansant avec des personnes de minorité ethnique, forcément en costume traditionnel.

Ici, notre baroudeur arpente une région tibétaine à en juger les drapeaux de bouddhistes tibétains sur chaque côté de la route. Sauf que notre aventurier emprunte une belle route bitumée, symbole du progrès scientifique apporté par le Parti Communiste aux provinces les plus reculées.

 


Du coup, je ne peux m’empêcher de penser à la Grande Marche de Mao !!

Plus d’information sur cette campagne publicitaire ici:

http://www.ogilvy.com/News/Press-Releases/March-2012-The-North-Face-and-Ogilvy-Shanghai-Inspire-Chinese-to-Go-Wild.aspx

Merci Weng Naiqiang

Posted 24 Mar 2012 — by admin
Category beijing, culture

Cette semaine pékinoise fût une semaine importante et même émouvante.

Importante avec la sortie très attendue de 6MOIS, un beau magazine qui raconte le siècle par les photos et le récit des photographes.  J’en ai reçu deux en colissimo hier. Les reportages chez les Compagnons du Devoir allemands, les enfants d’une école iranienne ambulante, les domestiques des nababs kenyans, ces marins laissés en rade par leurs armateurs sont à couper le souffle. Et ce n’est qu’un début: 6Mois fait 353 pages.

source: www.6mois.fr

Emouvante car avec Lei, nous sommes allés remettre un exemplaire à l’un des personnages clé de ce numéro: Weng Naiqiang. Il nous attendait donc, à 14h, du haut de son 23e étage. Comme la dernière fois, il avait préparé du thé au jasmin et posé ses dernières calligraphies sur la table-basse. Cette fois-ci, il nous offrait des biscuits à l’ananas qu’un ami lui a apporté d’Indonésie. Nous avons d’abord parlé des mésaventures du chef de Chongqing Bo Xilai, des dernières déclarations de Wen Jiabao appelant à ne pas reproduire la “tragédie de la Révolution Culturelle”, de l’exposition d’Agnès Varda à l’Académie des Beaux Arts de Pékin… mais le suspense devenait intenable. Alors j’ai sorti 6Mois de mon sac à dos et nous l’avons feuilleté longuement. Tout de suite, son regard s’est porté sur la qualité de l’impression, sur le ton des photos parfois sépia ou noir et blanc. “Chez nous, les magazines accentuent les couleurs. Ici, c’est beaucoup plus doux” dit-il. Ce jeune garçon de 76 ans à l’oeil affuté est un photo-journaliste chinois reconnu. Il fut un témoin fasciné de la Révolution Culturelle, qu’il a couverte de bout en bout, au quatre coins du pays, pour le compte d’un magazine du régime, distribué au Japon. Bientôt 40 ans ont passé mais Naiqiang n’est pas du genre à s’étaler sur les épisodes noirs de l’Histoire communiste, pas plus que de se livrer aux journalistes étrangers. Après plusieurs rencontres et l’assurance que 6Mois était bien un magazine dédié à la photographie, Naiqiang nous a laissés consulter ses archives pour en extraire une série de photos rares et toutes en couleurs. Les voici, exposées et expliquées dans ce numéro 3. Bonne lecture !

samedi 24 mars 2012 – photo Lei Yang

 

Monsieur Wang, l’indigné indemnisé de la Révolution culturelle | Mediapart

Posted 12 Mar 2012 — by admin
Category culture, mediapart, reportage

A lui-seul, monsieur Wang est un contre exemple du refoulement collectif de l’Histoire – le thème central du roman de Chan Koonchung que j’avais interviewé pour Mediapart. Voici son récit.


Les festivités du Nouvel An chinois sont achevées mais, pour rien au monde, Wang n’enlèverait ses décorations de la porte d’entrée. Trois phrases écrites au pinceau sur de longues bandes de papier rouge et qui s’offrent au regard de ses camarades paysans, dont beaucoup portent toujours casquette et tunique bleues. Même si Wang souhaite bien volontiers de la «prospérité», de la «joie» et de la «longévité» aux 1 500 habitants de ce village niché la Grande Muraille, sa prose ne ressemble en rien aux formules de circonstances. On lit :«Souffrance infinie. Mille ans ont passé et il est toujours difficile de rétablir l’esprit de Confucius. Dix années de Révolution culturelle ont transformé les êtres humains en animaux.»

L'entrée de la maison de Wang Jing Yun
L’entrée de la maison de monsieur Wang © Jordan Pouille

 

Rien de subliminal dans ses propos. A tous les habitants de ce petit village, Wang s’efforce chaque année de rappeler une réalité que les manuels scolaires d’histoire ignorent, que le Musée national de Pékin effleure à peine et que la plupart des Chinois esquivent dans les conversations : les violences de la Révolution culturelle.

De quoi s’agit-il ? De 1966 à la mort de Mao en 1976, la Chine s’est employée à réintroduire l’« esprit révolutionnaire » parmi tout un peuple. Des millions d’étudiants et d’adolescents fanatisés par le Petit Livre rouge et rebaptisés Gardes rouges sont partis insuffler l’esprit de Mao aux paysans et ouvriers du pays. Cinq « catégories noires » ont dès lors subi la haine des révolutionnaires : propriétaires fonciers, paysans riches, contre-révolutionnaires, «mauvais éléments» et autres «droitiers». Sitôt étiqueté, il devenait impossible pour l’individu d’accéder à un emploi payé, à une vie normale, et les humiliations furent permanentes. Cette « grande avancée de l’esprit humain », selon des maoïstes occidentaux de l’époque, fera 1 à 3 millions de morts d’après les historiens.

«Long vie à Mao», est-il inscrit.
«Long vie à Mao», est-il inscrit.© Jordan Pouille

 

Ici au village, quelques murets défraîchis conservent les stigmates de cette période. Sur la devanture d’une ancienne épicerie, on lit toujours «Vive le président Mao». A l’inverse, l’église gothique, convertie à l’époque en entrepôt à grains puisque toute pratique religieuse était bannie, a retrouvé sa splendeur. Le jeune prêtre Zhang, formé au séminaire national de Pékin, y baptise les villageois retraités à tour de bras.
Si Wang peut apercevoir l’église depuis sa ruelle, jamais il ne se rendra à la messe. «Ma religion, c’est l’argent. Et mon Dieu, c’est Deng Xiaoping depuis ses grandes réformes économiques qui ont libéré les Chinois», s’amuse-t-il à dire avec un brin de cynisme.

L'église de Yongning.
Une église non loin du village © Jordan Pouille

81 jours de rééducation, 10 ans de travaux forcés

Il y a quatre ans, Wang a obtenu de l’Etat chinois une réparation financière pour avoir été victime de la Révolution culturelle. Son traumatisme ? 81 jours de « rééducation » sauvage dans une prison de Yangqing suivis de dix années et demie de travaux forcés. «La haine de 81 jours est gravée dans mes os. La haine de dix ans et six mois est gravée dans mon cœur», a-t-il écrit sur une feuille collée au mur de sa petite chambre, juste au-dessus de l’horloge.

Wang Jing Yun, chez lui.
Monsieur Wang, chez lui.© Jordan Pouille

 

Un lourd châtiment condamnant son lien de parenté avec un agriculteur aisé. «Pendant dix ans, dès l’âge de trente ans, je n’ai pas reçu le moindre yuan. Dix ans d’une misère infinie, où personne au village ne m’adressait la parole.» Il ne pouvait pas fuir. Et son sort aurait été semblable où qu’il aille.

«Au village, il y avait un ami, mort aujourd’hui, qui a été battu devant tout le monde, humilié puis arrêté. Son seul crime a été d’utiliser un vieux journal pour isoler le mur de sa maison. Car à l’époque, nos murs étaient en terre et l’air passait à travers. Manque de chance : la photo de Mao figurait sur le papier journal et il l’avait mise à l’envers.»

Au début des années 1980, Wang a relevé la tête. «J’ai demandé aux villageois de rassembler leurs griefs, leurs souffrances de l’époque pour constituer une demande de réparation que l’on présenterait au bureau des pétitions du gouvernement local de Yangqing.» Monsieur Wang devenait alors un « pétitionnaire », une figure commune en Chine.

Assez vite, des officiels du Parti local ont eu vent de ses activités. Sans prévenir, ils ont frappé à sa porte. «Ils m’ont clairement averti que toutes mes demandes ne serviraient à rien, que c’était du passé.» Pas de quoi refroidir notre paysan. «A la mort de Mao, j’avais 40 ans, j’étais pauvre et aucune femme ne voulait d’un gars comme moi.» Sans descendance pour lui assurer sa retraite, sa demande de réparation devenait pour lui une évidence.

La télé, la clim et un réfrigérateur

«Regardez : jusqu’à il y a encore quatre ans, je vivais avec 300 yuans (35 euros) par mois. Il m’a fallu épargner une année pour m’offrir ce vélo», dit-il en indiquant un pittoresque Pigeon Volant devant l’entrée. Entre deux cigarettes, Wang remplit nos gobelets d’eau chaude et tousse, avant de cracher pudiquement dans un mouchoir.

«Alors, j’y suis allé seul.» Un matin, Wang a pris le train jusqu’à la capitale. Il s’est rendu au bureau national des pétitions et jusque devant l’une des portes de Zhongnanhai, la résidence forteresse des leaders du Parti communiste. Celle où vivent aujourd’hui Xi Jinping, Hu Jintao et Wen Jiabao, hauts dignitaires du Parti. «J’ai même pensé me rendre au bureau de l’ONU.» Un pèlerinage qu’il répétera pendant quinze ans.

Et puis en 2008, à quelques jours des Jeux olympiques, la bonne nouvelle est tombée. Wang a reçu une lettre tapée à l’ordinateur et lui demandant d’ouvrir un compte en banque. Pas d’excuses mais de l’argent, comme il espérait tant. Il recevra chaque mois une indemnité retraite de 400 yuans (réévaluée cette année à 700 yuans) ainsi que 276 yuans d’autonomie vieillesse et un forfait de 100 yuans par mois pour ses dépenses de santé. Pour se chauffer cet hiver, quelqu’un glissera même 400 yuans dans sa boîte aux lettres avec un petit mot, «acheter charbon». Wang pense dur comme fer que les officiels locaux se sont fait taper sur les doigts par un cadre pékinois, d’où ses allocations en série, à faire pâlir de jalousie ses camarades.

«Maintenant, je revis. Avec ce revenu (de 128 euros – ndlr)mensuel, j’ai même de quoi m’offrir une télé, la clim et un frigidaire.» Fixe ou portable, Wang le solitaire refuse encore le téléphone.

Quant au téléviseur, qu’il protège des curieux par un morceau de carton contre le carreau, il lui a ouvert de nouveaux horizons.«L’an dernier, sur la chaîne télévisée de Shanghai, un professeur de Fudan a raconté que le Grand bond en avant avait causé au moins 11 millions de morts (on parle généralement de 30 millions de morts – ndlr). Il disait que Mao donnait toute la nourriture aux pays amis.» Une révélation qui confirmera ses doutes. «Jusqu’en 1961, je travaillais dans une usine de briques à Tianjin. J’y ai vu des wagons remplis de grains partir vers la Russie alors que nos ventres étaient vides. Ce n’était pas lié à un quelconque désastre naturel.»

«Bonheur», est-il inscrit sur une maison voisine.
«Bonheur», est-il inscrit sur une maison voisine.© Jordan Pouille

 

Aujourd’hui chouchouté, Wang n’en reste pas moins sur ses gardes. Il y a quatre mois, son muret principal est tombé subitement. «C’est à cause des tunnels que l’on construisait partout durant la Révolution car Mao était parano et craignait les attaques étrangères. Le mien s’est effondré.»

Une semaine plus tard, des ouvriers en ont bâti un nouveau, très robuste, avec un atelier en prime. « Les gars ont voulu sculpter le mot “bonheur” sur mon mur, pour faire comme les autres. » Il a refusé, tout net.

Publié le 03 mars 2012.

Highway to hell

Posted 08 Mar 2012 — by admin
Category culture, daily life

C’est une pratique pas très catholique qui, à mon avis, se développe avec le pouvoir d’achat des chinois. Comme ici, sur la belle autoroute en direction de Shenzhen. Sitôt franchi le péage, les conducteurs de berlines stationnent sur la bande d’arrêt d’urgence, font mine de nettoyer le pare-brise et recouvrent méticuleusement les deux plaques minéralogiques de housses “camouflage”. Puis ils repartent, la fleur au fusil et le pied sur le plancher, parés à doubler à droite comme à gauche et surtout à toute berzingue, tous les véhicules dans leur champ de vision.

Une méthode radicale pour contourner les radars automatiques, et sans conséquence. Car il y a peu de chance qu’un policier arrête le conducteur d’une grosse voiture, quand bien même celle-ci franchirait le mur du son à contre sens, les grands phares allumés. Pourquoi? La peur, les chocottes. Peur que le “riche” ait des relations, connaisse des officiels et fasse passer au policier un mauvais quart d’heure. On en trouve un bel exemple dans “Les Années Fastes”, cette fiction de Koonchung interviewé pour Mediapart.

Heureusement, c’est aussi un enseignement pour les journalistes en Chine. Paradoxalement, dans une zone dite “sensible” bardée de checkpoints comme le sont actuellement les territoires tibétains au Sichuan, mieux vaut circuler dans une grosse Audi A6 noire à vitres teintées que dans un vieux bus de campagne. Le bus pétaradant se fera contrôler de fond en comble, jamais l’Audi.

Ce phénomène de plaques masquées ne surprendra personne, pour qui vit en Chine. Et c’est aussi l’expression d’un sentiment d’impunité qui augmente à mesure que l’on grimpe dans l’échelle sociale chinoise, peu importe l’âge ou le sexe.

Un dragon à la campagne

Posted 23 Jan 2012 — by admin
Category culture, economie, reportage, societe, video
YouTube Preview Image

Chaque année, au terme d’un long périple, en train ou à moto, la main d’oeuvre bon marché peuplant les usines de la riche province du Guangdong retourne à la campagne. Au menu: dix jours de libations et de retrouvailles pleines de tendresse, dans ces maisons proprettes de l’extérieur mais toutes “grise-ciment” à l’intérieur, érigées au terme d’années de sacrifices familiaux, de travail acharné et de privations.

Une vie meilleure

La forte hausse du coût du travail à la chaîne a certes poussé un paquet d’industriels à délocaliser vers le “tiers-monde” de la Chine, à l’Ouest, mais a aussi permis de réduire l’écart de richesses entre les citadins et les ruraux. Vendredi, le Bureau National des Statistiques nous révélait le revenu annuel moyen par habitant: 6977 yuans à la campagne (=843 euros) contre 21810 yuans à la ville (=2647 euros), en 2011.

Ce qui veut dire dire que le revenu moyen en ville est 3,13 fois plus élevé qu’à la campagne. En 2010, c’était 3,23, contre 3,33 en 2009. Cette enquête a été réalisée chez 74 000 foyers ruraux et 66 000 foyers urbains. C’est donc une bonne nouvelle mais si la Chine ne publie plus son indice de Gini depuis 10 ans: cet indice de développement qui s’intéresse à la répartition des richesses.

Une Chine majoritairement urbaine

Dans le même temps, fin 2011, la population urbaine a comme prévu dépassé la population rurale en volume: 690.79 millions d’urbains (+21 millions sur un an) contre 656.56 millions de ruraux (-14.56 millions sur un an).

Pour conclure, voici une dernière vidéo que j’avais réalisée en 2009 pour illustrer concrètement le contraste entre la vie des paysans du Hubei chez qui j’avais dormi et celle des urbains de Shanghai où je vivais, au début de ma correspondance. Le clip a été monté par Laurent Salipante, chez LaTéléLibre. En 2012, et même si le ratio démographique ville/campagne a beaucoup évolué, ce film conserve encore tout son sens !

http://www.dailymotion.com/videox8wm0i

- relire mon reportage LaVie ici, où les 300 000 ouvriers de Foxconn Shenzhen qui fabriquent l’Iphone, gagnent désormais plus de 3200 yuans par mois.

- confrontés du coup à une hausse importante du prix de la main d’oeuvre, Foxconn a délocalisé une partie de sa production à Chengdu dans le Sichuan. Lire mon reportage Usine Nouvelle

 

Bonne année du dragon ! (Metro international)

Posted 21 Jan 2012 — by admin
Category culture, metro international, photos, reportage, societe

Edition originale ci dessus. Le texte a été rédigé en anglais par mes soins.  L’édition moscovite l’a retenue et puis traduite dans la langue.

The fat years of Tianjin

Posted 13 Dec 2011 — by admin
Category culture, daily life, religion, reportage

If there is a city that truly captures the sense of “The Fat Years“, a fascinating fiction written by Chan Koonchung, it’s of course some parts of Beijing which are mentioned in the book but maybe also the city centre of Tianjin. For the last two years, I have been following up the sad story of a French covent built in 1862 by missionaries but soon to be demolished by wealthy real estate promoter who had been luring at its central location. Thanks to the local government and lots of Hongbao, he ended up with all the Church’s lands and started the construction of huge high-end residential towers. The covent has been rebuilt and is now used as a eye-catcher to attract potential clients. A few nuns live inside, mainly to look after their new building. There is another “potemkine” church nearby but don’t expect anything religious inside: it’s a water treatment station. The area is pretty, expansive and close to business towers. Inside the commercial district stands the roman-style Saint-Joseph Cathedral where young couple get themselves photographed. Next to it, I found 1 Uniqlo, 3 starbucks, 2 costa-coffee, 3 KFC and 1 pizza-hut – all of them in 5 five minutes walking distance –  with loudspeakers spitting Christmas tunes all day long. Chan Koonchung call it the “Artificial paradise”, where God + GDP worship still makes a kick-ass mix.

December 2011

Jordan Pouille

Saint-Joseph cathedral

jordan pouille

More pictures on Catholics in Tianjin here