Archive for the ‘societe’ Category

Un dragon à la campagne

Posted 23 Jan 2012 — by admin
Category culture, economie, reportage, societe, video
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Chaque année, au terme d’un long périple, en train ou à moto, la main d’oeuvre bon marché peuplant les usines de la riche province du Guangdong retourne à la campagne. Au menu: dix jours de libations et de retrouvailles pleines de tendresse, dans ces maisons proprettes de l’extérieur mais toutes “grise-ciment” à l’intérieur, érigées au terme d’années de sacrifices familiaux, de travail acharné et de privations.

Une vie meilleure

La forte hausse du coût du travail à la chaîne a certes poussé un paquet d’industriels à délocaliser vers le “tiers-monde” de la Chine, à l’Ouest, mais a aussi permis de réduire l’écart de richesses entre les citadins et les ruraux. Vendredi, le Bureau National des Statistiques nous révélait le revenu annuel moyen par habitant: 6977 yuans à la campagne (=843 euros) contre 21810 yuans à la ville (=2647 euros), en 2011.

Ce qui veut dire dire que le revenu moyen en ville est 3,13 fois plus élevé qu’à la campagne. En 2010, c’était 3,23, contre 3,33 en 2009. Cette enquête a été réalisée chez 74 000 foyers ruraux et 66 000 foyers urbains. C’est donc une bonne nouvelle mais si la Chine ne publie plus son indice de Gini depuis 10 ans: cet indice de développement qui s’intéresse à la répartition des richesses.

Une Chine majoritairement urbaine

Dans le même temps, fin 2011, la population urbaine a comme prévu dépassé la population rurale en volume: 690.79 millions d’urbains (+21 millions sur un an) contre 656.56 millions de ruraux (-14.56 millions sur un an).

Pour conclure, voici une dernière vidéo que j’avais réalisée en 2009 pour illustrer concrètement le contraste entre la vie des paysans du Hubei chez qui j’avais dormi et celle des urbains de Shanghai où je vivais, au début de ma correspondance. Le clip a été monté par Laurent Salipante, chez LaTéléLibre. En 2012, et même si le ratio démographique ville/campagne a beaucoup évolué, ce film conserve encore tout son sens !

http://www.dailymotion.com/videox8wm0i

- relire mon reportage LaVie ici, où les 300 000 ouvriers de Foxconn Shenzhen qui fabriquent l’Iphone, gagnent désormais plus de 3200 yuans par mois.

- confrontés du coup à une hausse importante du prix de la main d’oeuvre, Foxconn a délocalisé une partie de sa production à Chengdu dans le Sichuan. Lire mon reportage Usine Nouvelle

 

Bonne année du dragon ! (Metro international)

Posted 21 Jan 2012 — by admin
Category culture, metro international, photos, reportage, societe

Edition originale ci dessus. Le texte a été rédigé en anglais par mes soins.  L’édition moscovite l’a retenue et puis traduite dans la langue.

Historique ! Les pandas débarquent à Beauval

Posted 14 Jan 2012 — by admin
Category politique, societe

C’est un évènement “historique” puisque Le Parisien y a dépêché son envoyé spécial. Deux pandas du Sichuan ont quitté la Chine samedi soir et arrivent ce dimanche 15 janvier à 11h30 sur le tarmac de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Escorté par la gendarmerie et la Garde républicaine, ils vont séjourner au Zoo de Beauval pendant dix ans.

Comme Bing Xing et Hua Zuiba pour le zoo de Madrid en 2007, ces deux pandas-là ont couté bonbon à la France et ont fait l’objet, pendant cinq ans, de tractations incessantes au plus haut. Ces grosse bêtes mignonnes et paresseuses seront quand même un joli cadeau pour les enfants et une formidable opportunité économique pour le Loir-et-Cher.

Yuan Zai et Huan Huan, originaires de Chengdu dans le Sichuan, pèsent tous les deux plus de 80 kilos et mangent 35 kilos de bambou chacun, les goinfres ! Tian Tian et Yang Guang, les pandas d’Edimbourg en Ecosse sont nourris à 85% par du Bambou poussant en Allemagne. Quid de Beauval?

Yuan Zai est mâle. Huan Huan est femelle. Si ces petits oursons finissent par faire des bébés en France, ceux-ci devront obligatoirement rejoindre le sol chinois (et ce n’est pas Claude Guéant qui est derrière cette règle). Beauval est le neuvième zoo de la planète à jouir de pandas prêtés par la Chine. Le transporteur Fedex fait sa pub en offrant le transport aérien direct entre Chengdu et Roissy Charles de Gaulle, sur un Boeing rebaptisé “Panda Express” pour l’occasion.

Pour des raisons de sécurité et pour éviter de stresser les pandas, aucune réception publique n’est prévue sur le tarmac français. Mais FedEx propose de suivre le périple des deux animaux sur le site suivant: http://blog.fedex.com/panda-express-france

Quand tout va mal, le panda, gentil et mignon, est un bel outil de “soft power” à l’étranger et le meilleurs moyen d’éviter les sujets “sensibles” dans les médias chinois. Une grève massive ? Le panda a fait son plus beau caca devant les caméras de CCTV. Des émeutes paysannes? Le panda a fait des petits, rapporte en Une le Quotidien du Peuple.

Mais revenons à nos pandas “français”. Parce qu’ils auront besoin de repos après leur long voyage, ils ne seront visibles au public qu’à partir du 11 février. J’imagine déjà à l’entrée du zoo la petite boutique de souvenirs à l’effigie du panda. Attention, chers consommateurs, je vous aurai prévenu: le mignon bonnet synthétique en forme de panda pour lequel vous succomberez forcément, ne coûte à Pékin qu’une poignée de yuans.

http://www.dailymotion.com/videox41gam

La croissance chinoise cache ses pauvres

Posted 12 Jan 2012 — by admin
Category economie, societe

Voici un document intéressant, un petit scan d’une étude d’Athar Hussain, sur la pauvreté urbaine chinoise.

Il montre que la pauvreté n’est pas là où on l’attend. Ainsi Tianjin, ville prospère à 180 kms de Pékin et seulement 30 minutes par le train rapide affiche un “taux de pauvreté” au dessus de la moyenne. Ou même en Mongolie Intérieure ou dans le Shaanxi, deux provinces qui carburent à leurs réserves phénoménales de charbon et qui connaissent les plus fortes croissances en Chine, ont toujours un taux de pauvreté parmi les plus élevés. Cela montre que les provinces mènent une politique différente de lutte contre la pauvreté. Et aussi que le modèle socialiste chinois continue de creuser à coup de pelleteuses les écarts de richesse au sein de la population.

Chine: les paysans de Wukan ont gagné (Médiapart)

Posted 28 Dec 2011 — by admin
Category economie, environnement, mediapart, politique, societe

Analyse publiée le 24 décembre dans le journal de Médiapart.

L’issue du conflit est beaucoup plus optimiste que ce que je pouvais imaginer. Même si les chefs du village sont peut-être déjà planqués à Hong Kong… avec la caisse», confie le correspondant flegmatique du Daily Telegraph en Chine, de retour de Wukan.

Depuis septembre, les habitants de cette bourgade au sud de la Chine ferraillaient contre les officiels locaux, accusés d’avoir saisi leurs terres et empoché des millions de yuans en les revendant à des promoteurs. Véhicules de police renversés, altercations violentes étaient le lot quotidien à Wukan. Jusqu’à l’arrestation de cinq paysans “meneurs” et la mort suspecte de l’un d’entre eux, il y a deux semaines. Les habitants se sont alors subitement barricadés, en prenant soin de bouter les officiels et les policiers hors du village tout en accueillant la presse étrangère et les blogueurs hongkongais, dans l’espoir que leurs revendications soient massivement diffusées.

Même s’il faudra rester vigilant – le chef de la préfecture, Zheng Yanxiong, enrage actuellement contre l’influence diabolique «des médias étrangers pourris, des sites pourris» –, la répression sourde que l’on craignait n’a pas eu lieu. Les 20.000 paysans ont obtenu la libération de trois de leurs camarades vendredi, la rétrocession de 27 hectares de terres et la garantie d’élections démocratiques pour désigner le prochain chef de village. Jusqu’ici muet sur le conflit, le Quotidien du Peuple félicitait jeudi une gestion exemplaire orchestrée par le Parti communiste chinois, désormais capable de remettre l’humain au centre.

Mais est-ce vraiment un tournant? Le Parti change-t-il de cap en acceptant l’instabilité et en satisfaisant les attentes rurales? Plusieurs tentatives de réponses:

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Wukan se calme, Haimen s’enflamme

Posted 21 Dec 2011 — by admin
Category societe

Face à la pression des médias et des internautes, les officiels de la province du Guangdong seraient sur le point d’accéder aux requêtes des habitants barricadés de Wukan, que les potentats locaux leur ont refusées: libération des villageois arrêtés et compensation pour les terres confisquées. Mais un peu plus loin, à Haimen, les habitants protestent contre le projet de construction d’une centrale à charbon. La police a chargé très violemment la population. Les autorités locales ont nié les violences mais de nouvelles images prouvent le contraire. La vidéo ci-dessous reste encore largement inconnue sur la toile occidentale (90 “vues” au moment de la mise en ligne de ce billet).

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Les CRS chargent à 2’20

Et ces photos trouvées sur Weibo, le twitter chinois, avant qu’elles ne soient censurées:

Wukan, un village d’irréductibles

Posted 15 Dec 2011 — by admin
Category societe

Au sud de la Chine, un village entier se barricade contre la police après la mort suspecte de l’un des leurs, qui militait contre le vol de ses terres par les officiels locaux. Les forces de l’ordre encerclent la commune et empêchent quiconque d’y pénétrer. Heureusement, les villageois sont rusés et le ravitaillement se poursuit par des voies détournées. Même des journalistes ont pu y pénétrer. Mais que va-t-il se passer?

Trois scénarios:

– Soit Pékin réagit, punit sévèrement quelques officiels pour l’exemple et rétablit le calme, tout en s’assurant que l’histoire est ‘harmonieusement’ relatée par Xinhua, l’agence de presse.

– Soit le gouvernement local réprime sévèrement et la révolte ne pourra que faire tache d’huile… pour le plus grand désarroi de Wang Yan, secrétaire général de la province du Guangdong qui brigue un siège au politburo à Pékin l’an prochain.

– Soit le gouvernement local accepte de négocier, de “lancer une enquête” pour ne pas perdre la face, puis de lâcher prise, très vite, via de généreuses indemnités de compensation, sous la pression de Pékin et des internautes chinois.

La presse étrangère est présente sur place. Malcolm Moore du Daily Telegraph est à l’intérieur du village, tout comme un journaliste de l’AFP et Tom Lassetter, excellent confrère et ami. Ils seront bientôt rejoints par d’autres journalistes basés à Pékin. Leur présence est très importante.

Car il est faux, paresseux et dangereux de dire que Pékin compte ainsi affamer sa population, pour la forcer à se rendre” comme j’ai pu le lire sur un papier rédigé par un journaliste (?) depuis Paris. Il faut toujours faire la distinction entre autorités microlocales, locales et centrales tout comme garder en tête l’importance des luttes d’influences et de l’impact politique d’une révolte populaire à l’approche du XVIIIe congrès en septembre 2012.  Ce journaliste enfonce le clou de la dramatisation absurde: Mais, une nouvelle fois, Pékin a tout prévu”

Puis je lis sous sa plume que “Wukan a disparu de la toile chinoise”. C’est faux et c’est oublier tout le travail des internautes pour contourner la censure ou celui du blogueur hong-kongais Beifeng qui agrège en ce moment toutes les infos. Il interviewait hier la fille du militant décédé au téléphone. Et comme le signale le sinologue Renaud de Spens, même le Beijing News évoque la révolte, certes timidement.

Il serait donc préférable de ne pas transposer nos fantasmes révolutionnaires français lorsqu’on parle d’un mouvement social en Chine: les paysans de Wukan ou d’ailleurs ne veulent pas renverser le Parti Unique ou le régime mais plutôt se débarrasser de leurs édiles locaux. En règle générale, à travers mes reportages dans les campagnes du Gansu, du Shandong, de Mongolie-Intérieure ou du Hebei, j’ai pu observer que les familles conservaient une confiance aveugle dans le gouvernement central à Pékin, persuadées – souvent à tort – de sa bienveillance.

Voici à présent une recherche vidéos que j’ai réalisée sur le thème de Wukan. Celles-ci ont déjà disparu de Weibo mais ont trouvé refuge sur Youtube et nous donne une meilleure idée du mouvement.

Bus de police renversés dans le village de Wukan, le 22 septembre 2011:

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Les CRS battent en retraite devant la colère générale des villageois:

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Certains rebelles, arrêtés par la police et contraints d’expliquer face caméra qu’ils sont bien traités en cellule, qu’ils n’ont pas été tapés et qu’il ne faut pas céder aux rumeurs.

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Children and parents in China

Posted 09 Dec 2011 — by admin
Category daily life, photos, societe

“(…) As we stayed in China I realised that no country has greater love for children. The word for ‘good’ in Chinese is a pictograph of a woman next to a child (好).” Fox Butterfield. China, alive in the bitter sea

jordan pouille

Son and dad on Shanghai metro. 05.12.11

jordan pouille

Babies and mothers on Zhoushan port, Zhejiang province. 20.11.11

jordan pouille

Little boy and his grandmother, Ritan park, 19.10.11

jordan pouille

Girl with her father, on Bus n°1, Chang’an avenue, Beijing. 26.11.11

jordan pouille

Young father and his baby, Hongjiannao, Shaanxi province. 02.12.11

Présentation du “Passeur de Rives” sur France Info

Posted 06 Nov 2011 — by admin
Category reportage, societe

Ce dimanche matin, si vous vous êtes réveillés sur France Info, vous avez peut-être entendu ma voix. Si non, voici le podcast.
Interrogé par Célyne Baït-Darcourt, j’ai présenté  mon reportage publié dans le dernier numéro du trimestriel XXI.

Le terrorisme selon Pékin

Posted 25 Oct 2011 — by admin
Category beijing, societe

jordan pouille ©

La Chine, Etat de droit s’il en est, se penche actuellement sur une définition officielle du terme “terrorisme”. Il y aurait donc un terrorisme aux “caractéristiques chinoises”…

Depuis hier, une loi dite “anti-terroriste” est officiellement à l’étude à Pékin, par le Comité Permanent de l’Assemblée Nationale Populaire. L’agence “Chine Nouvelle” précise que “cette loi est un préambule à de prochaines campagnes de lutte anti-terroriste”.

La dépêche de l’agence officielle rappelle que les sanctions existent – entre trois et dix ans de prison- mais qu’on ne sait pas vraiment ce qu’est un terroriste en Chine. Il est vrai qu’il y a de quoi s’emmêler les pinceaux. La semaine dernière, lors d’une conférence de presse, la porte parole du ministère des affaires étrangères allait même à comparer  la dernière immolation d’un moine tibétain à du “terrorisme déguisé”:  ”Les cas d’immolation sont contraires à la morale et à la conscience et devraient être condamnés” ou ”Les activités séparatistes qui coûtent des vies humaines sont de la violence et du terrorisme déguisés”.

Alors ne sera-ce qu’un jargon supplémentaire? Est ce qu’une définition chinoise du terrorisme pourrait élargir ou rétrécir les cibles de l’outil répressif? On sait qu’un amendement de la procédure criminelle est en cours pour légaliser des disparitions sans justification de suspects, bien souvent des dissidents, considérés comme faisant atteinte à la sécurité de l’Etat.

Ici, ce qui est étrange, c’est cette nouvelle définition apportée à l’acte de terrorisme: “tout acte visant à provoquer la peur collective, s’en prendre à des organes d’Etat, des organisations internationales par la violence, le sabotage, les menaces ou d’autres tactiques“. Censée apporter un peu de clarté, cette définition brille par son imprécision.

Car après tout, un avocat des droits de l’homme révélant un vaste programme d’avortement forcés, un journaliste chinois enquêtant sur les lacunes du tgv chinois ou une poignée de ouighours s’en prenant à un poste de police pourraient bien figurer dans cette catégorie de provocateurs de peur collective. Même l’outil en ligne Weibo (le twitter chinois), cet empêcheur de tourner en rond capable de propager en moins de deux, n’importe quelle rumeur, scandale alimentaire, faits divers aux quatre coins de la Chine, pourrait constituer un organe terroriste dans la mesure où il sabote le travail du Bureau de Propagande d’Etat et ses consignes de censure quotidiennes auprès des médias officiels.

“Les actes terroristes provoquent ou ont pour but de provoquer des dommages à la société, qu’il s’agisse de victimes humaines, de pertes économiques majeures de trouble à l’ordre social“, poursuit la définition officielle à l’étude.

Rassurons nous, l’agence Chine Nouvelle promet qu’une liste des organisations terroristes et des terroristes sera dressée et diffusée par les autorités de sécurité publique. On saura peut-être alors qui est vraiment dans le collimateur de l’Etat.