Corona-drive à Vendôme, Loir-et-Cher

coronadrive jordan pouille vendomeMercredi 1er avril 2020. Photo: Jordan Pouille

#depistage #covid19

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Parution La Vie.fr

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REPORTAGE

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Coronavirus : Blois, la ville où même les pigeons se confinent

Qui de l’habitant ou de la ville a le plus changé ? Récit d’un confinement collectif et de travaux forcés, en période de pandémie.

Silence monacal dans cette file indienne qui s’est emparée de la rue des Grands degrés Saint-Louis menant au château. Le marché du samedi est interdit mais quelques maraichers locaux assurent une vente dans un jardin dissimulé. « Deux marches d’intervalle, pas plus de deux clients à la fois et tout ce qui est palpé doit être acheté » nous prévient-on.

Un individu qui sortirait d’une longue retraite, avec une grosse fringale de relations sociales, ne comprendrait pas ce qui se trame, depuis l’obligation du confinement. Dans les rues vides de Blois, quelques âmes solitaires se croisent avec un masque de papier ou un col roulé. Certains hochent la tête pour se saluer, pas plus. Ceinturés de ruban signalétique, les toboggans et jeux à ressort ressemblent à des scènes de crime. La forêt domaniale, à la frontière ouest de la ville, a fermé, les parcs publics et bords de Loire aussi. Les toues à fond plat ne larguent plus les amarres. La liberté est bien volatile. Les mouches en ont plus. Quand le virus sera mort, il faudra la reconquérir.

Chrétiens face au coronavirus : le curé chante sous les fenêtres d’une maison de retraite

Dans une vidéo mise en ligne le 25 mars, le maire fraichement réélu Marc Gricourt, infirmier de métier, a félicité les soignants, les agents, puis fustigé « les inconscients, les irresponsables qui continuent de sortir pour le plaisir ». Et d’enchaîner : « Ne faites pas tous les jours des activités physiques que vous ne faisiez pas auparavant ». Le lundi 30 mars, il lançait un service de livraison municipale de courses alimentaires, avec une vingtaine de commerçants.

Le dilemme des commerces

Les habitants vont-ils ainsi cesser de converger vers les grandes surfaces ? Des irréductibles y vagabondent tous les jours, seuls ou famille, dégainant leur attestation dérogatoire comme un totem d’immunité. D’autres, plus prudents, se réfugient dans les « drive ». Les plus anxieux fréquentent ce supermarché bio dont le gérant a instauré des règles sanitaires dignes d’une échoppe coréenne : chaque client se voit désinfecter les mains dès l’entrée, les couples sont interdits. A l’intérieur, les salariés portent gants, masque, voire même blouse et charlotte. La fontaine à eau en libre-service a été débranchée.

On ne sait plus si le virus est sur cette bouteille en rayon, sur le bouton vert de cet horodateur, sur cet écran tactile de distributeur à billets. Sur les vingt et une boulangeries que compte la ville, sept ont déjà fermé, principalement dans le centre-ancien. « Par mesure de sécurité pour notre clientèle et l’ensemble de notre équipe », lit-on en vitrine de l’une d’elles, rue Anne de Bretagne. La perte du goût et de l’odorat figure parmi les symptômes possibles du coronavirus. Aux personnes âgées du quartier, il ne reste donc plus qu’Héloïse, la pâtissière-résistante de la rue des Trois marchands, pour obtenir quelques antidotes sucrés. Elles ne pourront pas fleurir de tombe prochainement – les cimetières étant fermés – mais elles peuvent déjà savourer son pâté de Pâques, le plat du moment. Toujours pas d’hygiaphone en plexiglass ni de masque « pour ne pas effrayer mes clients » dit Héloïse. En revanche, ses portes restent ouvertes pour ne pas avoir besoin de toucher les poignées et dès qu’un client a le dos tourné, elle désinfecte son ramasse-monnaie avant d’accueillir le suivant, impatient.

Héloïse la pâtissière-résistante de la rue des Trois marchands.
Héloïse la pâtissière-résistante de la rue des Trois marchands. © Jordan Pouille

Sur le trottoir d’en face, un chevalet rouge taquiné par le vent exhibe l’effroyable Une de la Nouvelle République. « Dix décès à l’Ehpad de Salbris ». Quelques mois plutôt, on avait lu « Bientôt 150 tonnes de feuilles mortes ramassées à Blois » en se disant que l’actualité blésoise était parfois bien monotone… En soirée, on apprendra la mort de deux patients, testés positifs au covid-19, à l’hôpital de Blois.

L’église fermée

L’église Saint-Nicolas, d’ordinaire offerte aux visiteurs et prieurs solitaires, est fermée au public depuis qu’un tronc à offrandes a été forcé, il y a peu. « Nos paroissiens bénévoles sont confinés et ne pouvaient plus surveiller le site », regrette l’Abbé Neuville, prêtre de la cathédrale Saint-Louis, plus haut. Cela fait deux semaines qu’il assure la messe du dimanche sur Facebook Live, en plus de nourrir un groupe WhatsApp de ses lectures et homélies.

Plus au nord, dans les lotissements ouvriers, les bruits de tondeuse, karcher et sécateurs forment un ensemble polyphonique, celui du chômage partiel. Les haies de thuya marquent la distanciation sociale. C’est derrière l’une d’elle que Michel raconte comment le fils d’un voisin a lâché son poste de chauffeur-routier chez une grosse blanchisserie industrielle. Installée à la Chaussée Saint-Victor, celle-ci nettoie de jour comme de nuit le linge d’hôpitaux parisiens, dont une partie est contaminée par le covid19. Les salariés dénoncent une désinfection des camions et des chariots insuffisante. La direction répond qu’elle pourvoit ses opérateurs en gel, masque et gants de latex. Fin de la discussion.

Elodie, ancienne fidèle des gilets jaunes du rond-point de la Patte d’Oie, s’inquiète pour ses ex-collègues d’un gros call-center de Blois, planqué au fond d’une austère zone d’activités. Le site a connu trois cas de coronavirus. Deux téléconseillers sont encore sous assistance respiratoire. Au terme d’une quarantaine écourtée, c’est la boule au ventre que leurs voisins d’open-space sont revenus travailler vendredi ; le directeur considérant sa société comme relevant d’un secteur prioritaire. « Le gouvernement n’a pas dressé de liste des entreprises considérées comme essentielles au service de la Nation », nous dit un cadre de la préfecture, regrettant à demi-mot que des productions non vitales puissent se maintenir en pleine pandémie.

Les SDF désemparés

Retour sur la place Louis XII, coeur névralgique du centre-ville, aujourd’hui comateux. La journée, malgré des hébergements d’urgence dégotés par les autorités, ils sont encore une trentaine de SDF indociles à déambuler dans les ruelles mitoyennes, généralement en binôme. « On veille surtout à ce qu’ils ne se rassemblent pas en plus grand groupe. Comme ils savent très bien où chacun est, ça nous aide beaucoup pour nos maraudes », explique Raphaël, en formation d’agent de sécurité et membre du Secours populaire. Avec Sophie et Hanane, ils ont pris la relève des Restos du Coeur, dont les bénévoles, âgés, ont suspendu leur mission. Ils distribuent masqués et en quinconce des sandwich invendus, des produits d’hygiène et d’introuvables flacons de gel hydro-alcoolique. « Ils sont fragiles mais très au point sur les gestes barrières » se félicite Raphael.

Avec ses collègues, Paul, sans-abri, savourait ses après-midis dans un recoin bitumé du square Valin, en bord de Loire, à convoquer l’ivresse et réclamer une clope ou un euro aux usagers du parking souterrain. C’est d’ailleurs au niveau -1 qu’il dormait jusqu’alors. Le voici aujourd’hui esseulé et désemparé : « Regardez ! Mais regardez ! Même les pigeons ne viennent plus »

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Le Monde – Au zoo de Beauval, le huis clos paisible des soigneurs et des animaux

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Fermé au public, le plus grand zoo de France a mis 400 salariés au chômage partiel. Mais ses cent vingt vétérinaires et soigneurs restent mobilisés, car, pour les animaux, la vie continue.

Chaque matin quand il traverse son zoo désormais vide de visiteurs, Rodolphe Delord observe le curieux manège des chimpanzés. « Ils grimpent au sommet des structures de leur enclos et guettent l’horizon. Ils cherchent le public ! » Or depuis le 15 mars, date d’un arrêté instaurant la fermeture des lieux publics « non essentiels » pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, le directeur est bien seul lorsqu’il arpente son parc et inspecte le dôme équatorial, ce globe de verre et d’acier à 40 millions d’euros inauguré le mois dernier après deux ans et demi de travaux.

Adieu manchots, pandas bravaches, gibbons, couvée… Les visiteurs ont donc déserté les allées mais aussi les boutiques, hôtels et restaurants du plus grand zoo de France, entraînant la mise au chômage partiel de 400 salariés. Les vingt-quatre télécabines ne survolent plus cette savane loir-et-chérienne, fréquentée par 1,6 million de visiteurs l’an dernier. « Nous avons déjà perdu quelques millions d’euros, et fermer en avril sera difficile, car c’est normalement le début de la saison touristique. Mais nous avons les reins solides. Nous avons pu repousser de six mois nos remboursements de prêts bancaires. Et heureusement que notre billetterie fonctionne toujours : chaque billet acheté est valable deux ans », rappelle M. Delord.

Cent vingt vétérinaires et soigneurs toujours actifs

Si la fréquentation touristique s’est tarie, « pour les animaux, la vie continue », souligne le directeur. Le zoo de Beauval, ouvert en 1980, compte aujourd’hui plus de dix mille animaux, dont la vie dépend de cent vingt vétérinaires et soigneurs animaliers. Eux travaillent donc toujours. Mais afin d’empêcher toute contagion, leurs plannings ont été fortement modifiés, pour minimiser les interactions humaines. « Il n’y aura donc normalement pas de risque de propagation du virus si l’un de nous est infecté. Pour leur sécurité, deux soigneuses enceintes, l’une dévolue aux chimpanzés et aux ouistitis, l’autre aux herbivores, sont confinées chez elles », précise Nicolas Leroux, le chef animalier.

Lire aussi Les animaux domestiques peuvent-ils attraper le coronavirus et le transmettre ?

A Hongkong, deux chiens dont le maître était atteint du Covid-19 ont à leur tour été testés positifs. Ces animaux de compagnie n’ont affiché aucun signe clinique, mais cette situation semble démontrer qu’une transmission d’homme à animal est possible. La vigilance entre soignants et animaux est donc de mise : « Nos pratiques sanitaires sont déjà très strictes et elles n’ont pas changé. Par exemple, la distribution des repas – jusqu’à sept par jour pour certaines espèces – s’opère toujours avec gants et même, parfois, des masques. Ici, nos animaux sont à l’abri », explique M. Leroux. Les talkies-walkies sont régulièrement désinfectés.

Approvisionnement assuré, mais transferts suspendus

Par chance, l’approvisionnement des pensionnaires du zoo en nourriture n’a pas souffert de la crise sanitaire. Les otaries ne se nourrissent pas encore de poissons panés et les lamantins ingurgitent toujours leurs cinquante kilos de salade verte, cultivée localement, tout comme les feuilles et pousses de bambou dont raffolent les pandas. Une grosse commande de feuilles d’eucalyptus en provenance d’Angleterre a même été livrée dans la nuit de lundi à mardi, pour les koalas.

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Tandis que les déchetteries ont fermé à travers le pays, le fumier et autres biodéchets de Beauval alimentent toujours l’unité de méthanisation du parc zoologique. Son biogaz permet, entre autres, de chauffer la serre des gorilles et la maison des éléphants. De leur côté, les techniciens du zoo poursuivent leurs chantiers sans entrave : les clôtures des panthères de Perse sont en cours de remplacement, l’ancien bassin des lamantins va devenir un aquarium pour raies d’eau douce. Des vitres entourant un espace à félins sont remplacées. La valse des tondeuses et le dépaillage des palmiers occupent les jardiniers.

Pour ne prendre aucun risque, les transferts d’animaux – généralement entourés de soigneurs étrangers, ont tous été suspendus. Si un bébé rhinocéros a pu rejoindre la République tchèque au début de mars, des aigles font actuellement le pied de grue dans un élevage brésilien, des singes rongent leur frein dans un zoo de Bangkok tandis que bullent des poissons dans un aquarium hollandais.

Naissance d’un lémurien

Par chance, le jeune gorille Yamba ne souffre pas trop de sa polyarthrite ces temps-ci : sa rhumatologue du Mans ne devrait pas être sollicitée. Un lémurien est né au zoo lundi. Tous les yeux se tournent à présent vers Huan Huan, panda femelle qui pourrait bien attendre un heureux événement. Sa prochaine échographie est programmée vendredi.

Pour tenter de pallier la frustration de ses visiteurs, et notamment de ses abonnés, dont beaucoup de retraités qui venaient régulièrement y observer leurs « filleuls », le zoo multiplie les nouvelles sur sa page Facebook : « Vous êtes plusieurs à nous avoir réclamé une photo d’Asato, notre mâle gorille. La voici ! » Les soigneurs tournent aussi des vidéos sur demande : le tout dernier trot d’un tapir a été « liké » 7 600 fois.

Lien: https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/26/au-zoo-de-beauval-le-huis-clos-paisible-des-soigneurs-et-des-animaux_6034523_3244.html

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MEDIAPART – Morgues et funérailles sous coronavirus: l’obsession d’une mort sans contact

 PAR 
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Les travailleurs funéraires exercent désormais avec d’infinies précautions, dans l’angoisse. Les curés, eux, s’interrogent sur le sens de cérémonies réduites à peau de chagrin.

Ce samedi après-midi en Alsace, avec trois de ses collègues, Sylvain, 32 ans, est allé porter un cercueil jusqu’à sa tombe. Le défunt était atteint du Covid-19. Tous portaient un costume noir, des gants de Latex mais pas de masque, « parce qu’on n’en a pas », dit Sylvain, à la fois porteur et assistant funéraire, au sens de l’écoute aigu. « Quand son épouse m’a appelé, cinq jours plus tôt, elle a précisé tout de suite qu’il était mort du coronavirus. En discutant, j’ai compris qu’elle n’avait pas vu son mari depuis quatre semaines. Il était parti en cure à une soixantaine de kilomètres et c’est là-bas qu’il est tombé malade et qu’il a été hospitalisé. On a dû aller le chercher à la morgue sans elle, car c’était trop risqué. La mise en bière a été immédiate. On l’a mis directement dans une housse mortuaire puis dans un cercueil fermé. »

 

Cimetière à Blois (Loir-et-Cher). © JPCimetière à Blois (Loir-et-Cher). © JP

 

L’agence de Sylvain, installée dans une commune de 7 000 habitants, a déjà enterré deux malades du coronavirus. Il y en aura d’autres. « Hier matin, j’ai pleuré au réveil. Je touche du bois pour qu’on n’enterre pas les gens à la chaîne, comme à Bergame en Italie. Certains disent qu’on est en guerre. Moi, je ne veux pas de cette guerre. » Sylvain a signé une pétition en ligne pour que tout le personnel funéraire – plus de 19 000 personnes – soit correctement doté en équipement de protection. Dimanche soir, elle avait rassemblé plus de 5 000 signatures.

Sur avis du Haut Conseil de la santé publique daté du 15 mars, les préfectures ont adressé une série de consignes aux sociétés de pompes funèbres. L’une d’elles les oblige à maintenir l’usage de leurs chambres funéraires tout en fermant les agences au public, sauf sur rendez-vous. Tous les travailleurs funéraires doivent continuer d’exercer, dans la mesure où ils fournissent « des services publics essentiels à la vie de la Nation ». Comme les soignants.

Pour eux, en revanche, aucun système de garde d’enfants n’a été envisagé. Les commerciaux, qui rédigent puis font signer les contrats obsèques après une bonne heure d’échange, peuvent difficilement opérer en télétravail. Les plus chanceux auront le droit à une barrière de Plexiglas. Les autres, encore plus exposés, s’inquiètent d’un matériel de protection qui ne vient pas. Leur absence de la liste des professions prioritaires pour recevoir des masques, qu’ils soient FFP2 ou chirurgicaux, contribue à une impression généralisée de manque de reconnaissance.

Charlie, 45 ans, est chauffeur-porteur dans une petite société d’assistance aux pompes funèbres de l’Indre. Il dit travailler « la boule au ventre », paniqué à l’idée d’être infecté et de transmettre le virus à sa famille en rentrant à la maison. Avec son fourgon gris, dont le coffre renferme encore une poignée de combinaisons, il récupère les morts dans les maisons de retraite et les domiciles. « Mais personne ne fait de test à domicile. Qui sait si la personne est porteuse du virus ou non ? On ne fonctionne que sur des suspicions. » À l’opérateur funéraire de placer lui-même le défunt dans une housse et d’y inscrire son nom à l’aide d’un marqueur. Depuis qu’il est possible pour les docteurs de déclarer un décès au moyen d’un formulaire en ligne, certains évitent même de se déplacer…

Comme tous ses collègues, Charlie est vacciné contre l’hépatite B. « On fait attention à tout mais on est impuissant face au manque d’équipement dont on a pourtant besoin tout le temps. D’habitude, je n’interviens jamais sans gant ni blouse mais avec la crise actuelle, les fournisseurs se tournent davantage vers les soignants. Ils nous rappellent que nous ne sommes pas prioritaires et ceux qui acceptent font exploser leurs prix ! On voudrait pouvoir se fournir à des tarifs raisonnables, sans être pris pour des jambons. »

Gaétan est chauffeur-porteur lui aussi. Dans le Doubs cette fois, et depuis vingt-quatre ans, pour 1 400 euros net par mois en comptant les astreintes de nuit, les week-ends et les toilettes mortuaires payées 10 euros… mais facturées 200 aux familles. Formé à tout, sa polyvalence est extrême : « J’assure la toilette, le déshabillage et l’habillage, le coiffage, le méchage des orifices, les ligatures de bouches, je conduis le corbillard et porte le cercueil jusqu’au lieu de culte. Je procède à l’inhumation comme à la dispersion des cendres. » Gaétan en veut surtout à l’avidité de son employeur, leader français des pompes funèbres et gestionnaire d’une cinquantaine de crématoriums, racheté par un fonds de pension canadien en 2017.

« Ce sont des financiers devenus propriétaires d’enseignes ayant pignon sur rue. J’estime qu’il leur appartient d’assurer notre protection, ils en ont largement les moyens et ne le font pas ! Ils n’ont pas d’autres soucis que les chiffres journaliers. Nous autres, petits collaborateurs, ne sommes absolument pas considérés actuellement, malgré les risques encourus. » Cet ouvrier funéraire, qui utilise un masque respiratoire à cartouche personnel, dénonce aussi le manque de bacs Dasri, ces poubelles jaunes prévues pour les déchets à risque infectieux.

«On est tenu d’enlever les pacemakers»

Dans le petit milieu des pompes funèbres, on s’indigne de certaines morgues hospitalières où les corps contaminés partagent les mêmes chambres froides que les corps sains, dont la prise en charge sera allégée. On s’interroge aussi sur la légitimité de certaines consignes récentes, tant elles varient d’un département, voire d’une commune à l’autre. « À Lorient, en cas de Covid-19, les porteurs doivent se déplacer dans des véhicules séparés ! », s’étonne, sur un forum, une conseillère funéraire aguerrie qui se demande aussi si elle doit répercuter ces changements sur son devis.

Un autre regrette que des municipalités refusent aux familles endeuillées par le coronavirus d’entrer dans leurs cimetières, même en comité restreint. Un flou juridique entoure enfin le thanatopracteur. Parce qu’il manipule les dépouilles, il dépend du ministère de la santé. Mais il s’astreint dans le même temps aux consignes contradictoires du ministère de l’intérieur…

« Aujourd’hui, le thanato n’a pas le droit d’effectuer le moindre soin de conservation sur une personne décédée du coronavirus, c’est mise en bière immédiate », explique Marie, travailleuse funéraire dans le Tarn et fille d’un marbrier réputé. « Dans le même temps, on est tenu d’enlever les pacemakers et les prothèses à pile ! Leurs piles au lithium explosent pendant la crémation ou polluent le sol si inhumation. Alors il faut y aller mais c’est très risqué puisque dans les douze premières heures, les bactéries, les charges virales se démultiplient. »

Combinaison jetable, masque FFP2, lunettes de protection, gants et charlotte : les thanatopracteurs manquent aussi cruellement d’EPI (équipement de protection d’individuelle), eux aussi. « Un corps mort est vecteur de maladies. C’est pour ça qu’on prend des précautions, coronavirus ou non. » Un autre sujet tracasse ces « passeurs de rive » : les informations inscrites sur le certificat de décès. Pensant bien faire, certains docteurs cochent « cercueil hermétique » quand seul le cercueil simple peut être incinéré. Et rien n’indique clairement que le corps est atteint du coronavirus, sauf la case « mise en bière immédiate », souvent signe d’un fort risque de contamination post-mortem. Les housses doublées sont alors appropriées…

Entouré de deux vicaires, Didier Marie, 40 ans, est le curé de la paroisse de Cellettes, dans le Loir-et-Cher. En temps normal, les jours de semaine, il célèbre les messes dans plusieurs Ehpad et parfois y effectue les derniers sacrements. Tout cela a disparu. Tous comme les baptêmes et les mariages. Deux enterrements sont prévus dans sa paroisse ces prochains jours : deux personnes âgées de plus de 90 ans. « Lors des premiers entretiens, on n’a pas parlé de la cause du décès. A priori, il n’était pas question de Covid-19. Mais les familles ont réclamé une cérémonie au cimetière plutôt qu’à l’église car c’est plus aéré. »

Après avoir asséné qu’il n’était pas raisonnable de se rendre à des enterrements, le premier ministre a précisé les nouvelles règles, lundi 23 mars, sur TF1 : « Au maximum une vingtaine de personnes », afin de « préserver l’humanité », tout de même, des obsèques. Mais le père Didier Marie bénira le cercueil fermé à l’eau bénite et pas question de partager son goupillon. « Les gens vont se signer mais ne toucheront pas le cercueil car si tout le monde le fait, ça peut devenir dangereux. » En dehors de son homélie, le curé envisage de porter un masque sauf s’il ressent une gêne en face de lui. « Les familles sont toujours affectées par la disparition d’un être cher, et désormais assommées par la complexité entraînée par l’épidémie. » Vidée de ses rites et de son public, la cérémonie va-t-elle permettre le deuil ? « Les mots aident à prendre conscience que celui qu’on aime est décédé, or c’est vrai que l’assemblée est désormais réduite : la famille proche est présente mais les cousins, les oncles et tantes, les amis se retrouvent exclus. À eux, je proposerai de les rappeler. »

Avec son mari, et après vingt années comme fleuriste en boutique, Séverine vient de lancer « Éternel Jardin », une petite entreprise de fleurissement et entretien de sépultures dans le Bas-Rhin. Son département est un foyer infectieux, les morts du coronavirus se succèdent et pourtant son activité a déjà cessé : elle n’est pas autorisée à pénétrer dans les cimetières, contrairement aux autres métiers du funéraire. Ses commandes de gerbes et de nettoyages ne sont pas arrivées, tant la perspective de rouvrir les cimetières et de lever le confinement semble improbable. « En revanche, j’ai le droit de livrer les pompes funèbres. Dommage que les Pays-Bas aient renoncé à nous fournir. » Ce pays produit 85 % des fleurs coupées vendues en France. « C’est triste de savoir que dans quelques jours, tant de personnes ne pourront pas se recueillir, nettoyer, fleurir la demeure de leurs proches décédés. Je ne serai utile qu’en restant chez moi. »

https://www.mediapart.fr/journal/france/240320/morgues-et-funerailles-sous-coronavirus-l-obsession-d-une-mort-sans-contact

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Le Monde – A Blois, confinement oblige, l’abbé Neuville célèbre la « visiomesse »

Chaque jour, aux horaires habituels, le curé de la cathédrale Saint-Louis assure un service liturgique devant plusieurs centaines de chaises vides.

La visiomesse de l’abbé Neuville, retransmise sur Facebook Live, a été suivie par 550 fidèles.
La visiomesse de l’abbé Neuville, retransmise sur Facebook Live, a été suivie par 550 fidèles. CAPTURE D’ECRAN

« Ce qui est bien ici, c’est qu’on peut maintenir trente mètres entre chaque fidèle. » L’abbé Sébastien Neuville, curé de la cathédrale Saint-Louis de Blois, s’apprête à célébrer des funérailles en comité réduit, conformément aux consignes sanitaires liées au coronavirus. Malgré son humour, il s’inquiète un peu. La défunte est blésoise mais ses proches viennent du Berry, de Lille et de Paris. « Certains ont insisté pour me rencontrer avant la cérémonie. C’était un peu inconscient. D’autres ont voulu voyager en covoiturage ; j’ai essayé de les en dissuader. »

En dehors des cérémonies funéraires, le prêtre a adopté lui aussi une vie quasi monacale. Les messes ne sont plus célébrées, les mariages et les baptêmes sont reportés aux calendes grecques et leur préparation se déroule au téléphone. Mais, contrairement aux curés de campagne, seuls dans leur presbytère, lui cohabite avec deux confrères : un prêtre sénégalais doctorant en théologie et dont l’université – l’Institut catholique de Paris – a fermé. Et un séminariste achevant un stage d’ingénieur près de Blois.

Lire aussi Coronavirus : les croyants ne peuvent plus vivre leur foi en communauté

Sans surprise, les paroissiens bénévoles ont renoncé à leurs charges habituelles. Deux ados qui, chaque soir, verrouillaient les portes de la cathédrale lui ont rendu les clés. Des dames âgées ont cessé de renouveler les cierges. De tout ça, l’abbé doit désormais se charger.

Réseau de paroissiens

Les six églises catholiques de Blois demeurent ouvertes aux prieurs solitaires. « Mais il y a beaucoup moins de passage. Ce qui en fait des cibles de choix pour les voleurs. » Jeudi, un fidèle a d’ailleurs découvert un tronc défoncé, à l’intérieur de l’église Saint-Nicolas, dans la basse ville. La voilà désormais fermée.

Tous les jours, aux horaires habituels, l’abbé Neuville assure un service liturgique devant plusieurs centaines de chaises vides. Il veille à prendre un cliché depuis l’autel, pour permettre aux fidèles de communier. « Je télécharge chaque photo sur WhatsApp, pour une communauté de deux cents abonnés… Mais visiblement ça ne suffit pas, alors, ce dimanche, je suis passé à la “visiomesse”. » Pour cela, il s’est inspiré d’un curé de son diocèse, le père Lhomme-Ducret de Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher), adepte des célébrations retransmises sur Facebook Live. Un vrai succès : la visiomesse de l’abbé Neuville a été suivie par 550 fidèles et certains ont envoyé leur photo pour qu’il l’imprime et la pose sur les chaises.

Le père Neuville se découvre aussi secouriste. La semaine dernière, un paroissien l’a appelé à l’aide pour un voisin de 89 ans qui gisait au sol depuis deux jours, après une chute. Les pompiers lui ont porté secours mais les urgences ont refusé de l’accueillir. « Alors j’y suis allé avec deux religieuses. »Le prêtre a alerté le centre intercommunal d’action sociale (CIAS), qui l’a renvoyé vers la préfecture, qui, elle-même, l’a redirigé vers la mairie. « Au final, ce monsieur a été admis à l’Ehpad de l’hôpital, et aujourd’hui tout va bien. »

Le curé s’est, depuis, constitué une communauté de paroissiens mobilisables sur les réseaux sociaux en cas d’accident du même ordre. « Il va falloir aussi se soucier de nos chrétiens d’Irak, un groupe de fidèles disséminés dans Blois et dont certains ne parlent pas du tout français. Et enfin des détenus de la maison d’arrêt. Les aumôniers n’y viennent plus le vendredi… On pourrait leur envoyer des dessins. »

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/23/a-blois-la-visio-messe-de-l-abbe-neuville_6034050_3224.html

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La Vie – Reportage sur le confinement – Ehpad Bracieux

ehpad Bracieux

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Parution – La VIE – Maintenir “l’élan vital” dans les Éhpad

Pour protéger leurs résidents du coronavirus, les Éhpad ont interdit toutes les visites. Comment, dès lors, préserver le moral des résidents ? L’établissement de la Bonne Eure, à Bracieux (Loir-et-Cher) tente de trouver la parade.

Émile, 90 ans et ancien maraîcher, se présente à la caméra sur un fauteuil roulant. Estelle Crespo, l’animatrice, lui chuchote de bien vouloir regarder son enfant à l’écran mais rien n’y fait. Ses yeux fixent le sol. Ses mains ne bougent pas. Sans doute pense-t-il à son amie, sa voisine d’étage, décédée le mois dernier. Et cela fait plusieurs jours que sa fille Marie-Claude ne lui a pas touché le visage, qu’elle ne lui a pas glissé de mots doux au creux de l’oreille.

« Tu manges bien, papa ? Tu as bien dormi ? », répète-t-elle à la tablette. C’est sa première visioconférence, dans une pièce étroite de la mairie de Bracieux (Loir-et-Cher), à 300 m de l’Éhpad la Bonne Eure qui, depuis jeudi 12 mars, proscrit toute visite extérieure, conformément aux consignes des autorités. Manque de chance : la 4G passe mal, la connexion est capricieuse. Il faudra poursuivre l’échange dans le couloir, près de l’entrée. D’autres familles sont attendues : des créneaux horaires de visite virtuelle sont calées pour les trois prochaines semaines.

Pour beaucoup de résidents, la perspective de mourir est moins terrifiante que celle de couper les ponts avec le monde extérieur.

La Bonne Eure a fermé ses portes aux proches mais aussi au prêtre, Didier Marie, et à sa messe du mercredi, au professeur de judo, au coiffeur, aux écoliers du village et à leurs ateliers créatifs, au club de bridge, aux artistes plasticiens en résidence, aux ainés du quartier habitués à fréquenter la cantine à midi. Le kinésithérapeute, qui met les gens debout, ou le podologue, qui soulage les pieds diabétiques, ont encore droit de cité. Mais tout ce qui a forgé la singularité de l’établissement – lieu de vie ouvert sur le monde – s’est évaporé à cause d’un virus féroce et invisible. Le Loir-et-Cher n’est pas encore un grand foyer infectieux et ces précautions sanitaires de « distanciation sociale » ne sont pas sans effets secondaires : pour beaucoup de résidents, la perspective de mourir est moins terrifiante que celle de couper les ponts avec le monde extérieur.

Coronavirus : 6 conseils pour prendre soin des personnes âgées

Jacques Gardé, 94 ans, ancien enseignant, tient salon dans le hall. D’ordinaire, il observe le va-et-vient de l’entrée principale. Laquelle exhibe désormais un large panneau « sens interdit ». Son regard se porte, à défaut, sur Virginie la réceptionniste. Son épouse est à la cantine. On lui passe un téléphone : « Comme tout à chacun, il y a un grand doute sur ce qui peut arriver. En cette période de confinement, les souvenirs très anciens remontent à la surface beaucoup plus aisément que les souvenirs récents. » Jacques dit qu’il « vit dans une bulle ou plutôt un bunker ». Il pense à la guerre de 1939-1945. Il a connu l’occupation. Non loin, un relais de chasse solognot servait de garçonnière aux officiers nazis. « On a bien supporté la Wehrmacht, alors il faut se faire une raison. Ma femme et moi avons l’avantage d’aimer les livres. Ça nous permet d’éviter de regarder la télévision, toujours plus anxiogène. »

Jeudi 12 mars, une première réunion a été organisée pour les résidents. On leur a expliqué l’existence du coronavirus, on a recueilli toutes les inquiétudes. Madeleine, la doyenne de 101 ans, a libéré elle aussi ses souvenirs. « Elle est revenue sur l’épisode de la grippe espagnole vers la fin de la Grande Guerre et toutes ces morts inexpliquées »,raconte Estelle. La pandémie touchait alors les personnes dans la fleur de l’âge, entre 20 et 40 ans. Les scènes de liesse, à l’Armistice, ont même accéléré la diffusion du virus…

Dans un bureau séparé, accessible depuis l’extérieur, on échange avec le directeur, Pierre Gouabault. Il vient de lancer un appel à dessins enfantins sur les réseaux sociaux, pour égayer le quotidien de ses résidents à l’isolement. Et inaugure une crèche pour les enfants du personnel de la Bonne Eure et de deux autres établissements à sa charge. « Nous disposons d’un ancien bâtiment de fonction et allons recruter un adulte pour quatre enfants. Même les collègues de l’ADMR, ces indispensables aides à domicile, pourront en profiter », dit Pierre Gouabault qui, à l’aube, est allé chercher sa première recrue, une étudiante, devant chez elle.

Gazette familiale

À la Bonne Eure, les idées jaillissent pour maintenir une gaité de vivre, préserver le lien affectif. Au-delà de la visioconférence, l’outil numérique Famileo retrouve une vitalité. Cette appli lancée en 2017 permet aux seniors de recevoir sous forme papier une gazette hebdomadaire collectant tous les contenus adressés par leurs familles depuis un Smartphone. Les petits textes et photos du quotidien sont ainsi collectés, mis en pages et imprimés chaque semaine à l’attention de 25 des 80 résidents de la maison de retraite. « On imprime aussi notre propre gazette au sein de l’Éhpad, qui raconte notre quotidien et qu’on envoie de manière électronique aux familles. »L’édition de cette semaine est, sans surprise, consacrée au Covid-19 et les fameux gestes barrage. La prochaine inclura l’interview d’un docteur spécialisé.

Une plus large partie des salariés – s’appuyant sur un quota d’heures supplémentaires déplafonné pour pallier l’absence des bénévoles – s’implique désormais dans toutes les animations, qu’il s’agisse des jeux de mémoire, jeux d’adresse avec petit ballon, ateliers de peinture adaptés, préparations de gâteaux ou de la lecture à haute voix de la Nouvelle République, le quotidien régional. Fort heureusement, le jardin sécurisé, au centre de l’établissement, reste ouvert. Depuis six mois, Jean Bernard, 57 ans, SDF du village, venait entretenir le poulailler et bichonner ses six occupants en échange de repas à la cantine. « Comme il ne peut plus rentrer, les poules sont gérées en interne. Jean Bernard peut encore récupérer ses repas en barquettes, mais aussi son linge propre », assure Pierre Gouabault.

Même si l’avenir est incertain, les résidents continuent de se projeter, en évoquant les sorties des mois à venir. Le brame de la mi-septembre en forêt de Chambord, synonyme de saison des amours pour les cerfs, est très attendu. « Notre crainte serait de voir apparaître des syndromes de glissement. Donner un but pour se lever chaque matin et ne pas les laisser se sentir enfermé… Bref, conserver l’élan vital, c’est vraiment notre priorité. »

Lien: http://www.lavie.fr/famille/seniors/maintenir-l-elan-vital-dans-les-ehpad-17-03-2020-104708_601.php

NOTA BENE:
Pour l’heure, les Agences régionales de Santé ne comptabilisent pas les décès de covid19. Uniquement, ceux qui ont été testés et/ou hospitalisés. Ce qui risque de fausser grandement les décomptes nationaux.

La presse régionale fait état de disparitions importantes et brutales, sans que les patients aient été formellement testés (pénurie de tests oblige). Ce sont donc, le plus souvent, des suspicions de mort par covid19, sur la base de diagnostics posés par les médecins coordinateurs.

Ainsi le 18 mars à Saint-Martin-de-Valgagues, un “décès à forte suspicion de coronavirus” est constaté dans le Midi Libre.

https://www.midilibre.fr/2020/03/18/saint-martin-de-valgagues-un-deces-a-forte-suspicion-de-coronavirus-a-la-maison-de-retraite,8807870.php

AJOUTS:

23 mars: 20 résidents dans un Ehpad des Vosges

https://www.lalsace.fr/sante/2020/03/23/coronavirus-deces-de-20-residents-d-un-ehpad-des-vosges

23 mars: 15 morts dans un Ehpad du Doubs

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/doubs/besancon/coronavirus-covid-19-thise-15-residents-ephad-sont-morts-maire-durcit-confinement-1805312.html

24 mars: 11 décès dans des Ehpad de l’Aisne.

https://www.lunion.fr/id141179/article/2020-03-24/coronavirus-22-deces-dans-laisne-dont-11-dans-des-ephad

24 mars: 16 décès à Paris, Ehpad Rothschild

http://www.leparisien.fr/societe/coronavirus-deja-16-deces-a-l-ehpad-rothschild-a-paris-24-03-2020-8286909.php

25 mars: 8 morts en maison de retraite, Charente, Angouleme

https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/charente/angouleme/coronavirus-huit-morts-maison-retraite-villa-bury-angouleme-1806134.html

27 mars: Salbris (41) avec 10 décès “en lien possible avec le coronavirus”. https://www.leberry.fr/salbris-41300/actualites/dix-deces-de-residents-dans-un-ehpad-de-salbris-en-lien-possible-avec-le-coronavirus_13771072/
Le même jour, dans son bulletin de 20h, l’ARS ne comptabilise que 3 décès dans le Loir-et-Cher.

27 mars: 1 décès Ehpad Ajaccio

https://www.corsenetinfos.corsica/Covid-19-un-deces-dans-un-Ehpad-d-Ajaccio-263-cas-positifs-en-Corse_a48714.html

28 mars: onze décès dans un Ehpad de l’Hérault

https://www.lindependant.fr/2020/03/28/coronavirus-11-morts-dans-un-ehpad-de-lherault,8823036.php

29 mars: 5 décès à Chateauroux, Ehpad Balsan

https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/chateauroux-5-deces-de-residents-a-l-ehpad-balsan-a-cause-du-coronavirus-1585418195

29 mars: 3 décès présumés liés au Coronavirus dans le Loiret

https://www.larep.fr/orleans-45000/actualites/loiret-trois-deces-presumes-dans-les-ehpad-de-nombreuses-maisons-de-retraite-encore-epargnees_13771488/

29 mars: 10e décès en 10 jours, Ehpad en Ardèche

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/ardeche/coronavirus-covid-19-c-est-10e-deces-dix-jours-ehpad-ardeche-1808440.html

 

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La Recherche – Portrait de Hongkui Deng

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MEDIAPART – Aux confins de Pékin, la crainte du virus bouleverse le quotidien

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 PAR 

Au-delà du cinquième périphérique pékinois, le quartier de Pingguoyuan vit aussi au rythme de la paranoïa sanitaire. Visite guidée par un de ses résidents.

Le quartier de Pingguoyuan, arrondissement de Shijingshan, se réveille en silence. Depuis sa fenêtre, au seizième étage, monsieur Chen n’entend plus la musique tonitruante qui d’ordinaire accompagne les exercices de gym des écoliers, ni même l’hymne national, diffusé chaque lundi, dans la foulée.

Au terminus de la ligne 1, ce quartier à l’extrême ouest de Pékin, derrière le cinquième périphérique, à l’ombre des montagnes ocres, rassemble soixante-dix lotissements répartis sur 13,8 kilomètres carrés. Comme ailleurs dans la capitale, à cause de la contagion féroce du Coronavirus, ses 100 000 habitants subissent une surveillance sanitaire très étroite. Monsieur Chen, 72 ans, est ingénieur retraité d’une entreprise étatique de construction et vit dans un immeuble résidentiel bâti par son entreprise en 1999. Tous les issues annexes ont été scellées. Il n’a d’autre choix que d’emprunter les deux accès principaux, au nord et au sud, en exhibant un laissez-passer.

Ces entrées sont gardées par un policier à képi, un jeune soldat en survêtement et un retraité arborant le brassard rouge du volontaire civique. Le policier mesure la température à l’aide d’un thermomètre frontal et vérifie la validité des laissez-passer tandis que le volontaire badigeonne les mains de gel désinfectant. Le militaire observe les va-et-vient, impassible.

Les livreurs à triporteur électrique, comme tous les non-résidents, sont bannis. Les murs de dépôt de colis Alibaba et JD.com, trônant au pied des immeubles, ont été débranchés. Les marchandises s’échangent donc à travers les grilles ou sur le trottoir, en respectant au moins un mètre de distance entre le client et le professionnel. JD.com a privatisé des trottoirs avec des tapis et des parasols rouges, comme autant de lieux de retrait.

Professeur Chen sort trois fois par jour, pour faire quelques courses de légumes frais et tant pis si les prix du poivron et des pousses d’ail ont explosé, nous dit-il. L’ascenseur met des cure-dents à disposition pour ne pas avoir à toucher directement les boutons. L’épouse de monsieur Chen préfère rester à l’appartement et s’abreuver des informations de la Beijing TV. Elle consulte aussi Douyin, la version chinoise de TikTok, une plateforme sur lesquelles se succèdent les clips de propagande célébrant les renforts vers Wuhan ou burlesques, montrant des Chinois s’accommoder avec humour de leur confinement. Elle télécharge ses favorites pour les diffuser presque aussitôt dans son groupe WeChat familial.

Au rez-de-chaussée, les affiches austères se succèdent le long d’un couloir décati. L’une d’elles est signée du « Parti communiste du comité de voisinage numéro 1 de la résidence du Jardin de la mer ». Elle sollicite la vigilance, pour ne pas dire la délation. « Si vous-même ou un voisin que vous connaissez revient d’un séjour dans la province du Hubei [la plus touchée – ndlr] ou a été en contact avec des personnes en provenance du Hubei, prière de nous contacter au…. Ne sortez jamais sans masque, lavez-vous bien les mains au savon, n’allez surtout pas dans les lieux fréquentés, reposez-vous bien, mangez copieusement ! » Monsieur Chen a grandi dans la campagne pauvre du Hubei mais n’y est pas allé depuis novembre. Une cousine, qui réside comme lui à Pékin, a passé les festivités là-bas. « Sur sa porte, ils ont collé une grande affiche révélant son séjour. Elle ne risque pas de rentrer de sitôt… De toute façon, son village l’empêche de sortir. »

Dans ce vaste lotissement, tout tourne au ralenti. Les ouvriers migrants rentrés chez eux pendant le Nouvel An lunaire ne sont pas encore revenus et ont sans doute, pour beaucoup, basculé vers un emploi local. Originaire du Henan, province frontalière du Hubei, le chiffonnier du lotissement, qui récupère les bouteilles en plastique et les emballages en carton des riverains contre une poignée de yuans, n’est toujours pas réapparu. Le porteur de bonbonnes à eau n’a pas bougé, son dépôt est rempli mais il refuse de livrer à l’intérieur des appartements. L’infirmerie, où monsieur Chen fait renouveler ses ordonnances, ne reçoit plus que sur rendez-vous. Si un résident du quartier a de la fièvre, il doit d’abord se signaler auprès des volontaires civiques du comité de quartier – neuf numéros circulent pour ce seul lotissement – puis se rendre vers un hôpital approprié.

La station de métro la plus proche est ouverte, les bus menant vers les villages de Sangyu, Lingshui et Cuandixia se déplacent sans entrave. « Mais ils roulent à vide. Déjà parce qu’ils ne mesurent la température que dans le métro et pas dans le bus. Que les gens ont peur de la foule et que ces villages refusent les étrangers », nous dit-il.

Les troncs des platanes encerclant son immeuble ne sont pas épargnés par les instructions sanitaires : « Portez un masque, lavez-vous les mains souvent, ne vous rassemblez pas, stérilisez vos objets », peut-on lire sur l’un. « Motivez votre famille et vos voisins pour respecter les règles ! Les membres du Parti communiste devront montrer l’exemple ! », enjoint un autre.

Tous les commerces ordonnent aux clients d’avancer masqués. La pharmacie vend des bouteilles de liquide désinfectant à raison d’une par personne sur présentation de la carte d’identité. Le centre commercial de Xilongduo, jadis ouvert de 8 heures à 22 heures, ouvre deux heures plus tard et ferme quatre heures plus tôt. L’étage des restaurants est accessible sur réservation, celui des aires de jeu aussi. Tout y est désinfecté deux fois par jour, des plantes factices aux cabines d’essayage. Le vieux parc d’attractions de Shijingshan, aux tarifs dérisoires, est fermé depuis le 23 janvier.

Dans le quartier de Pingguoyuan à Pékin. © DRDans le quartier de Pingguoyuan à Pékin. © DR

Le lotissement doit son nom à son espace vert principal, le fameux « jardin de la mer », là où les mamies ont l’habitude de danser en ligne dès la tombée du jour et par tous les temps. Monsieur Chen aime y jouer au « xiangqi » – les échecs chinois – sur une table de béton, un petit poste de radio accroché à la ceinture, pour ne pas louper les informations. Là encore, morne plaine. Un écriteau du Parti fournit l’explication : « Afin de protéger la sécurité de tous les résidents de notre communauté, les lieux d’activités collectives comme le terrain de basket ou l’aire de tennis de table sont fermés jusqu’à nouvel ordre. Nous espérons que la majorité des amateurs de sports comprendront et coopéreront ! » 

Un autre, daté du 9 février, est moins magnanime : « Une personne présentant des symptômes de fièvre doit absolument se manifester. Toute personne qui refuse l’observation médicale, le confinement et d’autres mesures de contrôle et de prévention commet une violation de la sécurité publique et devra répondre de ses actes… » 

Masque bleu, bonnet pourpre et lunettes noires, Monsieur Chen aime de plus en plus échapper à toutes ces injonctions. Il arpente volontiers le nouveau quartier de la Convergence des Monts orientaux (Xishanhui), à une demi-heure de marche. Là-bas, aucun immeuble résidentiel, mais un amas de tours de bureaux blanches, propriété de l’ancien sidérurgiste étatique Shougang dont les hauts-fourneaux tout proches ont été reconvertis en village olympique à l’approche des prochains JO d’hiver.

En temps normal, Xishanhui grouille de salariés de start-up spécialisées dans la conception de jeux Android. Une boutique sans caissier leur vend à toute heure du jour et de la nuit des choux à la crème, des sushis en barquettes et du latte en gobelet. Un hélicoptère rouge, vissé au sol, trône près d’une fontaine, comme un totem. Une centaine d’oiseaux somnolent, confinés dans leur pigeonnier comme à l’époque des festivités des 70 ans de la République populaire de Chine, en octobre dernier. La balade s’achève et notre streaming WeChat aussi. Monsieur Chen s’apprête à ranger son smartphone. Et nous avertit, un brin pince-sans-rire : « Attention à la grippe américaine, j’ai appris qu’elle atteignait l’Europe. » 

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Parution – Le Vif

Reportage publié dans le magazine belge Le Vif, édition du 20.02.20

Les sikhs sauveurs du Parmesan
En Emilie-Romagne, qui a résisté à Matteo Salvini lors des dernières élections, cette communauté venue d’Inde assure depuis les années 1990 la prospérité des fermes laitières productrices du fromage au lait cru. Mais les jeunes sont tentés par d’autres horizons.

En binôme avec la photographe Catalina Martin Chico
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