Posts Tagged ‘chine’

La Chine invente les villes fantômes

Posted 31 Jul 2010 — by admin
Category reportage, societe

En plein désert et bien loin de Pékin, des officiels zélés dépensent des milliards pour construire des villes dont personne ne veut. Pourquoi faire? Reportage à Ordos, où l’argent du charbon finance sa démesure puis à Qingshuihe, ville morte-née en 2007, et qui n’accueille guère que des chèvres à cachemire.

Publié dans Marianne samedi 31 juillet 2010 (sujet d’ouverture monde – 4 pages) . Textes et photos Jordan Pouille. 

Plus de photos (Jordan Pouille Tous droits réservés) ici:

Ci-dessus: le chantier de la ville nouvelle de Kangbashi, à 25 kms de Dongsheng, district d’Ordos.
Ci-dessous: l’échec de Qinshuihe. La municipalité s’est ruinée en rêvant d’une ville nouvelle qui ne sera jamais terminée.

Pour consulter toute la série, commander : jordanpouille @ gmail.com

Une semaine avec les curés souterrains de Mongolie intérieure

Posted 29 Jul 2010 — by admin
Category religion

Depuis janvier, l’Association Patriotique de Chine, en charge des affaires religieuses, multiplie les ordinations d’évêques en communion avec Rome. Curieux effort quand on sait que Pékin refuse toujours toute relation diplomatique avec le Vatican. La province de Mongolie Intérieure est montrée en exemple avec déjà deux ordinations cette année. Pourtant, à l’extérieur des villes et de leurs cathédrales, les curés souterrains sont toujours traqués par la police. Nous sommes partis à la recherche d’un curé porté disparu. Découvrez avec nous l’existence de villages catholiques laissés à l’abandon, de séminaires clandestins et d’irréductibles fidèles au Pape devenus bâtisseurs d’églises souterraines, malgré les descentes de police répétées. La Vie du jeudi 29 juillet 2010.

In English: 

The Patriotic Association, which is in charge of religious affairs in China, has been ordaining 5 bishops since january, with the Pope’s approval. This so-called reconciliation between the Official church and the underground catholic church is even more surprising as Beijing still rejects any kind of diplomatic link with the Vatican. The province of Inner Mongolia has appointed 2 bishops last spring and is now regarded as a model region for Chinese catholics. Meanwhile, outside cities and their cathedrals, undergrounds priest don’t get to see this reconciliation at all. Outside Hohhot, some of them are being chased by local police: threats, bribes and fines being part of their everyday life. For our report, we went to the countryside to search for a missing underground priest who had been put on a “wanted list” by local authorities. We slept  in remote catholic villages, visited illegal seminaries and temples, were invited to catholic funerals and met fearless believers eager to build their own churches to compete with the official church. The story was first published in the print edition of French magazine La Vie, on July the 29th. I own the pictures and would be glad to tell my experience again in an english speaking publication.


Text and pictures by Jordan Pouille (jordanpouille @ gmail.com)

La cathédrale de Hohhot interdite aux journalistes lors d’une récente ordination.

Village catholique de Wang’Ai

Séminaire clandestin quelque-part en Mongolie Intérieure.

Topsy Turvy Xinjiang ! / Tête-bêche au Xinjiang ! Episode 1: Urümqi

Posted 24 Jul 2010 — by admin
Category culture, séquence nostalgie
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Voici les images tournées en marge d’un reportage réalisé l’an dernier pour la presse francophone à Urumqi, capitale du Xinjiang. 30 jours s’étaient déroulés depuis les émeutes sanglantes qui ont déchiré la ville le 5 juillet 2009. Malgré un climat d’extrême tension, où les soldats de l’Armée Populaire quadrillaient la ville à la recherche des insurgés, nous avons fait la connaissance d’une chaleureuse famille d’artistes ouighours dont le père est retraité d’un Bingtuan (société créée par des militaires hans envoyés par Pékin il y a un demi siècle). Ils sont fans de musique turque et nous ont accueillis chez eux avec une extrême générosité.

These are the motion images shot while reporting last year for the French print press, in Urumqi, capital of Xinjiang autonomous region. We were back there 30 days after the deadly riots which erupted in the city on July the 5th, 2009. Despite an extremely nervous atmosphere, as 20 000 soldiers have been spread all over the city to hunt the rioters down, we have been able to meet and spend a great time with a colourful uyghur family whose retired father used to work for a paternalistic Bingtuan factory. Our new friends are fanatical about turkish music and dance, as you will see. Enjoy !

Pourquoi “Tête-Bêche au Xinjiang” comme titre? Parce que les émeutes ont mis sans dessus dessous, la fragile harmonie entre les deux ethnies hans et ouighours. Minoritaires à Urumqi, majoritaires à Kashgar, les Ouighours qui déjà règlent leurs montres avec deux heures d’avance sur le reste de la population chinoise, vivent désormais à distance de leurs compatriotes hans. Une forme d’Apartheid bien triste mais totalement assumé. Si la Chine était un lit, Ouighours et Hans y dormiraient… tête-bêche !

Why did we choose such a title? Because these dreadful ethnics riots have torn the fragile harmony between the Han and Uyghur communities totally upside down. They now have to live together, while avoiding each other.

Prochain (et dernier) épisode à Kashgar, la deuxième ville du Xinjiang, dont la population est en grande majorité ouighoure musulmane. Déclarée zone économique spéciale, elle est sous le joug d’une urbanisation galopante.

Next (and last) episode will be showing Kashgar, second biggest city in Xinjiang. Its population is mostly made of traditionnal uyghur people. But Kashgar has been declared “Special Economic Zone” and is now under heavy urbanization.


Jordan Pouille, freelance reporter in China.
www.jordanpouille.com
jordanpouille(@)gmail.com

La Chine verte et grise de Jonathan Watts

Posted 20 Jul 2010 — by admin
Category politique

(photo Jordan Pouille)

Jonathan Watts est le correspondant “environnement” du Guardian en Asie. Un job passionnant qui l’emmène dans les quatre coins de la Chine. Caméra au poing et carnet de note en poche, à lui de mesurer l’impact du “Miracle économique” chinois sur la bio-diversité, sur la santé de la population, sur l’environnement. A nous, en le lisant, de mesurer notre responsabilité d’occidentaux… après avoir délocalisé toutes nos industries polluantes ou fait de la Chine une terre d’accueil pour nos déchets les plus toxiques. Cet été, Jonathan Watts compile ses plus beaux reportages, ses plus belles rencontres, dans le livre “When a billion chinese jump“, publié en anglais. 100 000 kms parcourus pour nous décrire un armageddon environnemental, que dis-je, un recueil à la fois touchant d’humanité et impressionnant de rigueur  sur l’ampleur de la catastrophe écologique chinoise, de la part d’un journaliste engagé pour la protection de notre planète.

Voici un extrait, en français, au sujet d’une récente expédition internationale organisée par le gouvernement chinois pour tenter de sauver le Baiji, le dauphin du fleuve Yangtze. 

“Il y a vingt ou vingt-cinq millions d’années, un dauphin plutôt pâle, au long museau, quittait l’océan paçifique et commençait à s’aventurer dans les eaux boueuses du fleuve Yangtze. Avec le temps, il s’est différencié des autres cétacés. La vue ne lui était guère utile dans une eau si sombre et le dauphin a fini par devenir aveugle mais avec un sonar redoutablement efficace pour se repérer. Dans un fleuve gorgé de poissons mais dénué de prédateurs, l’animal s’est répandu. Jusqu’à encore quelques milliers d’années, ces dauphins étaient si nombreux qu’ils côtoyaient les tapirs s’aventurant hors des denses forêts pour venir se désaltérer en bordure de fleuve (…). L’homme est arrivé après. Soit 6500 ans avant JC pour s’installer dans le delta du fleuve et y cultiver le riz pour la première fois dans l’histoire de l’humanité.

(…) Le delta du Yangtze supporte aujourd’hui plus d’un humain sur vingt et 40% de l’économie chinoise. Il n’y a plus de place disponible pour d’autres espèces ou d’autres activités. Les éléphants et les tapirs ont depuis longtemps étaient chassés. D’autres créatures fantastiques comme le crocodile du Yangtze sont désormais au bord de l’extinction. Le Baiji a sans doute déjà franchi la ligne. Plus que le panda géant, sa disparition illustre tous les sacrifices que la nature a du endurer pour soutenir le pays le plus peuple du monde. Dans les années 50, il y avait encore 6000 dauphins Baiji dans le fleuve Yangtze, leur unique territoire. Puis son nombre a chuté. En 1984, ils n’étaient que 400 et depuis leur déclin est allé de pair avec l’explosion de la croissance chinoise. La dernière fois qu’un Baiji était aperçu, remonte à 2002″.

S’en suit alors le récit passionnant de cette vaine expédition de scientifiques du monde entier, chargés de détecter les derniers Baiji et d’assurer leur survie dans des réserves sophistiquées.

Au fil des pages, Jonathan Watts souligne le paradoxe d’un pays d’1.4 milliard d’habitants, en pleine révolution industrielle mais déjà au pied du mur environnemental. Un peuple contraint de se projeter au plus vite vers un modèle de société écologique, durable alors qu’il entre à peine dans la société de consommation.

Après avoir dévoré le bouquin, je suis allé vérifier moi-même si Jonathan Watts n’était finalement pas blasé par cette société, prête à laisser son environnement partir à vau-l’eau. Pas de doute, le journaliste garde l’espoir:

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When a Billion Chinese Jump”, publié en anglais et disponible sous 2 semaines ici.

Foxconn. Reportage dans la ville-usine

Posted 05 Jun 2010 — by admin
Category societe

Reportage (4 pages) publié dans l’hebdomadaire français Marianne, ce samedi 5 juin 2010.

  

Pour Marianne, suite à la vague de suicides, je suis descendu 6 jours dans le sud de la Chine, à Longhua où 420 000 ouvriers fabriquent dans la douleur les ipads, iphones et autres gadget apple, acer, nokia ou sony. (Voir les beaux reportages des confrères ici, ici ou ici).

A l’évidence, les communiqués rassurants de Foxconn, les propos tempérés de Steve Jobs, ou les hausses de salaire annoncées pour tenter d’enrayer la vague de suicides ne risquent pas de stopper la série noire. Cette semaine encore, un jeune homme est mort de fatigue, après un shift de 34h… ce n’est pas un suicide de plus mais une mort inacceptable tout de même. La difficulté a été d’obtenir des témoignages sincères de la part d’ouvriers migrants craintifs, souvent briefés par la direction. Nous les avons rencontrés à l’arrière d’un restaurant, pendant un cours de danse improvisé par un vieux prof de gym bénévole, dans la rue ou, plus étonnant, à l’étage d’un petit hôtel, reconverti en église évangélique clandestine où chacun pleure son dégoût, ses souffrances.

Ce soir là, la vingtaine d’ouvriers priait pour que Dieu puisse enfin raisonner Terry Guo, l’intransigeant pdg de Foxconn, surnommé ici “le Tigre”. Au delà des cadences infernales, de l’absence de rotation, de la répetitivité des gestes, ce dont souffrent le plus les lampistes de Foxconn sont l’anonymat total, l’absence de considération de la part de leurs chefs d’ateliers. Les brimades, l’humiliation et la peur sont les piliers du management chez Foxconn, dans la pure tradition des usines taiwanaises où la parole d’un chef est souveraine et absolument incontestable.

Les ouvriers ne choisissent pas où et avec qui dormir; ils se retrouvent à partager des chambres austères de dix à douze ouvriers, aux shifts variés, et issus de différents ateliers. Sur la ligne de production, la discipline est sévère. Interdiction totale de parler à son camarade et si l’ouvrier n’atteint pas son objectif de production du jour, il est systématiquement sanctionné. Cela va de l’insulte, la brimade jusqu’à l’humiliation du piquet. A l’abri des regards, un ouvrier nous expliquera comment il a du rester debout 6 heures face à un mur, perdant la face devant ses collègues.

Il n’a pas été possible de pénétrer à l’intérieur de l’usine: au lendemain d’un suicide, le 26 mai, des journalistes ont eu le droit à une visite guidée. Trois jours plus tard, à notre arrivée, le service de presse refusait de traiter notre demande, les vigiles ayant même pris soin d’appeler la police pour tenter de nous faire partir de l’entrée sud, d’où entrent et sortent la plupart des ouvriers, à 8h ou 20h. Plus loin, au milieu des dortoirs et loin des policiers, nous avons pu entamer le dialogue avec de nombreux adolescents-ouvriers dont le courage, l’abnégation  forcent l’admiration.

Même si à Longhua, les cybercafés sont contraints de fermer après chaque nouveau suicide, force est de constater que les informations circulent très vite. Un ouvrier nous a même aiguillé vers la chambre de l’hôpital, où un jeune garçon se faisait soigner après une tentative de suicide. Il avait sauté main dans la main avec un camarade. Lui seul, a survécu, à son désespoir. Par pudeur, nous avons choisi de rester à l’entrée de l’établissement, si l’un des membres de la famille acceptait d’apporter son témoignage.

Les filets anti-suicides dressés autour des ateliers et dortoirs Foxconn.

Plus de photos ici.

Ai Wei Wei – souvenir d’une rencontre estivale

Posted 03 Jun 2010 — by admin
Category culture, politique, séquence nostalgie
Une année s’est écoulée depuis cette rencontre (voir photo) dans le Fake Studio d’Ai Wei Wei et je suis un peu moins béat devant le personnage. Son action pour les victimes des écoles effondrées du Sichuan est toujours aussi légitime, son combat contre la censure salutaire. Je n’oublie pas qu’il était l’une des très rares personnalités chinoises devant le tribunal où l’on condamnait l’écrivain Liu Xiaobo à 11 ans de silence, Noël dernier.
Mais j’ai réalisé également que son art n’était pas restreint à ses sculptures ou au design de ses bâtiments. Même son militantisme, découvert sur le tard (après les J.O.), s’élève au rang de performance artistique, au risque de surprendre ses acolytes. Je pense à ses twits frénétiques, à son documentaire sur les enfants du tremblement de terre au Sichuan où il se met en scène du début à la fin. L’art contemporain évolue, change avec l’époque comme avec les prix du marché. J’espère que son engagement restera intact.
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These pictures were taken last summer 2009 at the Fake studio in Beijing.
Ai Wei Wei is a famous Chinese artist and architect as well as a strong political activist. You can follow him on twitter: @aiww

Chez la diva des écolos

Posted 29 May 2010 — by admin
Category environnement

Je n’ai ni son talent, ni son flegme, ni son expertise de la Chine. Mais en dévorant les pages du dernier livre du correspondant “Environnement” du Guardian en Chine,  Jonathan Watts, dans lequel il narre ses rencontres, les conditions de ses reportages, ses découvertes et ses désillusions chinoises, j’ai une envie nocturne d’écrire. Ecrire quoi? 

Peut-être ce qui fait le sel d’un reportage, d’un voyage à travers la Chine: les à-côtés qui rendent toujours le boulot de correspondant en Chine particulièrement cocasse: incompréhensions, intimidations, arrestations, découvertes. Soit les galères pour se rendre d’un point A à un point B, ou même toutes celles pour quitter le point B . Ces choses hors sujet d’un article calibré (et rémunéré) au feuillet mais toujours vivement recherchées. 

Prenons un exemple ! A l’approche du sommet de Copenhague, je partais à la recherche de figures de l’écologie en Chine. Des universitaires, avocats, militants, bénévoles, lobbyistes désireux de faire bouger leur société. Ils vivent pour la plupart dans les grandes villes, où sont réunis les décideurs, les mécènes, les médias. Mais leur action est en dehors des grandes mégolopoles, là ou désertification, pollution des rivières, déforestation affectent les populations démunies ou la biodiversité.

Dans la préparation de ce casting des figures vertes de la société chinoise, j’ai sondé mes contacts. Autour d’un bon canard laqué, plusieurs amis chinois m’ont dressé le portrait d’une dame courageuse ayant créé la première ong écolo “Global Village”. Présentée comme une “Heroe of the Environnement 2009″ par le Time magazine, cette philosophe de 55 ans est aussi la productrice d’une émission populaire sur l’écologie en Chine, genre “apprenez les gestes qui sauvent la planète”. Elle s’est en outre fait remarquer avec sa campagne médiatique +1, dans laquelle elle appelait les Chinois, grands adeptes de l’air climatisé, à pousser d’un degré la température, pour économiser de l’énergie, que l’on sait principalement produite à partir du charbon, grand émetteur de C02.

Mais depuis le terrible tremblement de terre du Sichuan – 90 000 morts et des centaines de milliers de familles déplacées – la diva aurait mis de côté ses actions médiatiques pour se lancer à bras le corps dans la reconstruction d’un village de sinistrés du Sichuan, mais cette fois ci de manière écologique. Objectif: utiliser le bois mort pour reconstruire, enseigner aux paysans l’agriculture bio, mieux utiliser les énergies renouvelables. Un village modèle en quelque sorte, dont pourraient s’inspirer bien d’autres.

slogans maoistes du Grand Bond en Avant - Jordan Pouille

 

Le rendez-vous est fixé dans le Sichuan. Dans la camionnette qui nous emmène de Chengdu – capitale de la province – jusqu’à son village, j’assiste au défilé des maisons de poupées, des façades aux couleurs acidulées avec petit jardin à l’anglaise, joliment cloturé, des dalles vieillies menant vers la porte en bois, un petit espace pour pouvoir un jour garer sa voiture. Ce sont les nouvelles maisons reconstruites par le gouvernement après le drame et autant de villages potemkine balisant la route vers la cité écologique de Sheri Liao. A bord de la camionnette, trois hommes d’affaires visiblement intéressés par le projet de Sheri Liao ainsi qu’un étudiant. En observant par la vitre les efforts inégaux de reconstruction (presque deux ans après le séisme, les villages de préfabriqués sont toujours une réalité), l’un d’eux m’explique que l’épargne des particuliers dans la province a explosé six mois après le tremblement de terre. Pour lui, un signe évident que tous les fonctionnaires locaux se seraient remplis les poches. Il me parle aussi des chantiers de route faramineux… où si appel d’offre il y a, le gouvernement local choisira toujours le plus cher, avec au final des pots de vin monstrueux pour tout le monde. “Ici, pour un km, c’est 150 000 yuans ou un millions d’euros même si il en faudra vingt fois moins pour le réaliser”. Cet ancien publicitaire de Shanghai s’est donc lancé dans la construction de routes dans les régions ravagées par les catastrophes naturelles. “C’est bien plus lucratif”.

Nous arrivons jusqu’au village, après trois heures de routes tortueuses, collés au cul des bétonneuses. Il faut d’abord rejoindre le QG de Sheri Liao, rien de moins que la plus grosse bâtisse du village. En entrant, on est surpris par l’aménagement intérieur. A gauche, une salle de presse avec ordinateurs, connection internet haut débit, écran géant et table de réunion. D’ailleurs, ce jour là, les volontaires de Global Village font les comptes: la venue d’un expert en recyclage 1000 yuans par jour, un professeur agronome 1500 yuans, etc… A Daping, l’altruisme vert a un prix !

A côté de la salle “média” se trouve un salon de thé encerclé de photos des huiles du gouvernement central et des couvertures de magazines chinois ou étrangers sur lesquelles figurent notre militante. A droite, une salle encore plus cosy, truffée de confortables fauteuils de satin, pour y fumer le cigare. D’une chambre, plusieurs trois jeunes filles. Apparemment, elles ne sont pas du coin: leurs Casquette Gucci et sac Chloé contrastent avec les vieilles bottes en caoutchouc qu’elles vont devoir enfiler pour remplir leur mission de l’après midi. Car ce sont les attachées de presse de la diva, chargées d’escorter les journalistes chinois ou étrangers. Où est Sheri? En train de s’engueuler avec des villageois (On saura plus tard qu’ils venaient réclamer plus d’argent pour leur travail). Mais avant de découvrir son fameux village écologique en sa compagnie, je suis invité à regarder un petit film. Images au ralenti, musique pompeuse, slogans élogieux: il s’agit d’un documentaire à la gloire de la militante écolo. Pour une femme qui dit se distancer de l’héritage de Mao: domestiquer la nature, la contrôler, je la trouve à l’aise avec les outils de propagande communiste.

Alors seulement je suis invité à visiter le village, soulagé d’entamer enfin cette petite randonnée, mais avec le sentiment d’être installé sur un manège de parc d’attractions, où le long du parcours, on me laissera admirer des petits bonhommes mécanique scier une bûche, ferrer un âne, une pipe à la bouche. “Sheri Liao ne va pas tarder à vous rejoindre”. En effet, nous sommes doublés par une camionnette blanche qui nous asperge de boue en roulant sur les flaques. C’est la diva qui ne se déplace qu’en voiture, même pour des petites distances. Le troupeau est prié de marcher plus vite pour ne pas la faire attendre trop longtemps en haut de la montagne. Mais chaque halte est l’occasion de saluer les habitants affairés à poncer, raboter des planches pour faire un toit, un mur. “Cet immense châlet, c’est le futur hôpital de campagne, c’est Jet Li qui a tout payé” précise l’attaché de presse, tout sourire. “Si vous voulez bien me suivre”…

Dans un coquet châlet, décorées de peintures artisanales, une quinzaine de femmes s’activent. Elles ont renoncé à l’agriculture, dans ces champs en pente désormais menacés par le moindre glissement de terrain. Les voici couturières: elles fabriquent des mouchoirs en tissu portant les initiales GV pour Global Village, l’ong de Sheri Liao. Drole de système que ce village où paysans sont assistés, touchent un revenu mensuel de l’association, consomment désormais plus dans leur grande maison dont les déchets ménagers en plastique s’accumulent tout autour.

Car derrière ces maisons modèles, la machine à laver toute neuve déverse ses eaux usées directement dans la rivière. La cuisinière, censée fonctionner au gaz généré par les déchets, sommeille sous les toiles d’araignées. Au bord du chemin, nous découvrons des poubelles de tri sélectif anachroniques. En rentrant au GQ, je demande une petite mise au point avec Sheri Liao. Dans sa grande bonté, elle m’accordera une demi heure, montre en main. Elle finit par lâcher le mot “touristique”. Son village sera clairement une destination touristique, un parc pour les urbains qui viendront admirer ces braves paysans vivant à l’ancienne, en harmonie avec la nature. Une attachée de presse vient clore la discussion. Comme tout bon apparatchik, Sheri Liao demandera (en vain) une relecture de papier avant publication. On nous remet aussi un dvd rempli de photos libre de  droits et de virus, qui achèveront mon disque dur externe.  

Il est tard et plus aucun véhicule ne circule dans la montagne. Nous trouvons finalement un chauffeur pour descendre jusqu’à Pengzhou: 250 yuans! Un prix exhorbitant dans une camionnette remplie de légumes: c’est le cuisinier. Arrivée en bas, nous aussi devenons des marchandises. Le jeune chauffeur s’arrête au milieu de la route et nous transvase dans un autre véhicule. Nous avons simplement été vendus à un autre chauffeur qui terminera la course pour une poignée de yuans. J’espère au moins que nous lui avons permis de faire une bonne affaire.

Au final, bilan très mitigé de cette exotique excursion. Nous partirons le lendemain matin pour une mine de charbon “officiellement” fermée depuis le séisme.

Se loger à Pékin en 3 actes pour Mediapart

Posted 15 May 2010 — by admin
Category economie, societe

Pour Mediapart, j’ai eu la chance de réaliser une série de trois enquêtes sur le logement à Pékin… profitant ainsi du lancement de l’Expo Universelle de Shanghai dont le thème était “Better City, Better Life”. Le logement est la préoccupation principale des Chinois, dans un pays où l’on construit de partout et où le prix du m2 à Shanghai, Pékin ou Canton augmente jusqu’à 12% chaque mois !

Voici donc les trois sujets de cette série sur le logement. Comme souvent pour Mediapart, j’essaie de marier le texte et la vidéo ou le diaporama sonore. Je mets ici plusieurs vidéos d’accompagnement (j’ai encore des progrès techniques à faire, je vous le concède bien volontiers. Une piqûre de rappel chez la Télélibre me ferait du bien!).

Episode 1: Que se passe-t-il après la démolition d’un Hutong, à quoi ressemble la nouvelle vie de ces expropriés?

http://www.dailymotion.com/videoxd2d34

Episode 2: Comment devient-on propriétaire? Le sacerdoce des classes moyennes face à la spéculation immobilière.

http://www.dailymotion.com/videoxd2fig

Episode 3: Les derniers jours de Tangjialing, un bidonville qui ne dit pas son nom, à la sortie de la ville. S’y installent les diplômés de tout le pays, qui rêvent de faire carrière à la capitale.

http://www.dailymotion.com/videoxd2org

La Vie – La face sombre du solaire

Posted 29 Apr 2010 — by admin
Category environnement
 Visite de l’usine TianWei New Energy qui fabrique les panneaux solaires Upsolar – Jordan Pouille

Depuis quelques années, la grande majorité de nos panneaux solaires sont fabriqués en Chine. Censés diminuer notre consommation d’énergie et protéger l’environnement, ces panneaux sont pourtant fabriqués dans des conditions extrêmement énergivores et polluantes. J’ai réalisé pour La Vie, une enquête à Leshan, dans la province du Sichuan. Il a fallu pénétrer à l’intérieur des usines, rencontrer les habitants en amont et aval du fleuve qui bordent les usines, faire  analyser l’eau, discuter longuement avec des ingénieurs européens spécialistes des processus de purification du silicium ou du recyclage des déchets. Depuis trois ans, la ville se consacre à l’industrie du solaire. Grâce à la promesse d’une bourse de la Scam, j’espère aussi pouvoir approfondir l’enquête, sous la forme d’un webdocumentaire.

Lire l’enquête ici

Voir toutes les photos du reportage ici

La Vie – Avec l’Eglise catholique clandestine de Tianjin

Posted 05 Apr 2010 — by admin
Category medias
Il s’agit d’un reportage publié le 1er avril dans le cadre d’un numéro spécial de La Vie consacré à la situation des catholiques dans le monde. En Chine, l’Eglise catholique est divisée. D’un côté l’Eglise officielle, dont les prêtres et évêques sont validés par l’Association Patriotique, émanation du Parti communiste. De l’autre, l’Eglise dite souterraine, dont les prêtres revendiquent le leadership du Vatican et dont les évêques ont été choisis par le pape. Ceux là vivent dans l’illégalité. A Tianjin, déclarée zone spéciale économique depuis 2006, les églises construites par les missionnaires sont partout. Mais à mesure que le centre ville se modernise, les promoteurs cherchent à mettre le grappin sur ces propriétés religieuses, pour leur cachet ou leur emplacement idéal. L’Eglise officielle gère le “parc” et l’église souterraine est gardée à distance. L’évêque Melchior Shi est assigné à résidence dans la banlieue polluée de Tianjin.

Ci dessous l’église souterraine de l’évêque Melchior, qu’il ne peut quitter sans l’accord du commissariat de police.

Ci dessous la cathédrale Saint-Joseph de Tianjin. “Sa” cathédrale, mais qu’il ne peut approcher.

Lire le papier ici

Voir toutes les photos du reportage ici