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En rentrant de reportage

Posted 22 May 2011 — by admin
Category photos, reportage

Si je vis en Chine, ça n’a jamais été pour rester dans les ghettos d’expatriés: ces résidences diplomatiques entourées de murs de barbelés, télésurveillées et gardées par des soldats de l’armée du peuple, le torse bombé comme un coq en rut. Dans ces appartements très confortables, sont encore planqués quelques micros. Ici, dès qu’une ampoule grille, un technicien débarque fissa avec son escabeau. J’y ai mon bureau que je partage avec des collègues et amis merveilleux et un joli balcon pour admirer les bouchons de Jianguomen à l’heure de l’apéro.

Mais je vis ailleurs, dans un immeuble de petits vieux où la gardienne réceptionne tout le courrier. C’est elle qui inscrit à la craie, sur son tableau en ardoise, le numéro de mon appartement quand je reçois un courrier. (En général, il arrive déjà ouvert…). Où le long préau est un cimetière à “pigeons volants” du nom de la célèbre bicyclette. Où les voisins, sur leur porte d’entrée, ont une petite plaque rouge  sur laquelle est écrit “Famille civilisée”. Où les mêmes voisins regardent à longueur de journée, par la fenêtre du couloir, le nouveau chantier d’en face. Sans doute que leur résidence sera un jour démolie pour laisser place à un énième centre commercial. Dans le petit ascenceur qui pue du soir au matin, il y a aussi une vieille chaise verte.

Il n’y a pas si longtemps, une dame occupait celle-ci. Elle surveillait les allers et venues. Maintenant c’est la gardienne de l’immeuble qui poursuit cette tâche aliénante. C’est elle aussi qui a distribué les inutiles* poubelles verte et grise pour initier les habitants au tri sélectif, voulu par le bureau du Parti communiste de ce bout de Chaoyang. C’est elle enfin qui devant ma porte a collé un matin une affiche de la police “m’invitant” à enregistrer tout invité de nationalité étrangère au commissariat le plus proche, quelques heures seulement après l’arrivée de ma mère à Pékin.

* Une initiative inutile puisque tous les matins, des mingong viennent chercher les ordures sur leur triporteur, mélangent tout le contenu des grandes poubelles collectives puis séparent les immondices en petits tas plastique/verre/végétaux/bois/fer/papier/carton pour le revendre au poids. Eux, sont les vrais empereurs du tri sélectif. 

Bref, je rentre d’un reportage dans le Gansu que vous lirez je l’espère, bientôt dans La Vie. Cela devrait mettre un terme à cette période délicate où révoltes arabes, mort de ben laden, mariage princier et le scandale du Sofitel new yorkais (sans parler du séisme japonais que j’ai couvert) ont phagocyté l’actualité chinoise. Pour beaucoup de France, les infos en provenance de Chine se réduisaient subitement au pays du bébé à deux têtes et des pastèques explosives…

Dans les montagnes sableuses du Gansu, je suis allé en binôme, avec une fixeuse baroudeuse chinoise et un formidable chauffeur. Quand on lui a demandé pourquoi il y avait autant d’amulettes accrochées à son rétro intérieur, il nous a racontés qu’il avait été soldat, en poste au Tibet, dans les années 80. Il en est ressorti bouddhiste et totalement paçifique: “les vrais Tibétains ont des pensées claires comme l’eau de source” disait-il.

Loin de Pékin, je voyage rarement avec un photographe étranger. En général, aussi doué, inspiré et créatif soit-il, il débarque, se plante devant le paysan avec son gros Canon 1D à 10 000 dollars et place notre homme sous une bonne lumière… alors que ma traductrice et moi avons lutté pendant plus d’une heure pour qu’il nous raconte en confiance son combat contre les officiels locaux. En revanche, là où le binôme photographe/journaliste fonctionne à merveille, c’est dans les situations périlleuses, les zones mafieuses où il faut réfléchir à deux, s’épauler, se serrer les coudes, travailler en équipe. 

Donc voici quelques clichés à moi. Ma fixeuse a aussi fait de jolies photos.

Jordan Pouille ©

 

Jordan Pouille ©

 

Jordan Pouille ©

 

jordan pouille ©

 

Jordan Pouille ©

La Vie – Les fixeurs du désert

Posted 25 Dec 2009 — by admin
Category environnement
Les Fixeurs du désert – Oasis de Min Qin – Jordan Pouille

 

Commande française passionnante  dans le cadre d’un numéro spécial sur le réchauffement climatique, à l’approche du Sommet de Copenhague. Dans la province de Gansu, l’oasis de Min Qin rétrécit de 20 mètres chaque année, cerné par les désert de Tengger et Badain Jaran ! Les paysans dont les terres sont desertifiées parfois totalement, doivent faire face à une pénurie d’eau qu’ils exploitaient jadis plus que de raison. L’Etat voudrait qu’ils renonçent à leur activité, pour les enrôler comme fixeurs du désert … tandis qu’une ong leur enseigne discrètement de meilleures pratiques agricoles.

A lire ici: Les fixeurs du désert (fichier pdf)

Toutes les photos du reportage sont ici