Ai Wei Wei, la patate chaude du mofa

 

Jordan Pouille ©

 

Derrière le bunker du MOFA (minister of foreign affairs ou ministère des affaires étrangères), chaque mardi et jeudi, se déroule la conférence de presse à l’attention des journalistes étrangers. Plus besoin de sortir sa carte de presse, un scan humain détecte votre identité et l’affiche sur une écran.  Ai-je une puce coincée dans le cerveau ou peut-être une carte de presse chinoise sophistiquée coincée dans le portefeuille?

A 15h pétante, le porte-parole fait son apparition. Derrière son pupitre, Hong Lei remercie ses amis journalistes étrangers d’être venus en nombre. A côté de moi un journaliste indien, derrière c’est un gars de Reuters. A droite, l’élégante journaliste de  CNN qui commence à tweeter sur son Blackberry. Derrière sont alignées les caméras des chaînes tv du monde entier. Je branche mon casque pour la traduction. En quarante minutes, après une déclaration sur les relations chaleureuses entre la Chine et le Maroc, huit questions auront été posées sur Ai Wei Wei, une question sur le porte-avions en construction, une sur des tensions frontalière avec l’Inde, une sur le prochain sommet du BRICS et enfin une dernière, pour la route, sur la vague d’arrestations depuis mi-février.

Sur Ai Wei Wei: “Cela n’a rien à voir avec les droits de l’homme. Je pense que vous m’avez parfaitement entendu. A ma connaissance, Ai Wei Wei fait l’objet d’une enquête pour délits économiques. Si vous me posez encore la même question, je mets un terme à la conférence de presse”.

Soit. Sur la vague d’arrestations: “Je ne vois pas de quoi vous voulez parler” dit Hong Lei, tout en ajoutant que “Le gouvernement chinois veille à protéger la liberté d’expression de ses citoyens tant que ces derniers respectent la loi chinoise“.

Sans surprise, les journalistes viennent avec leurs questions et le porte-parole vient avec ses réponses. Bel hommage à Georges Marchais et dur métier que celui de porte-parole.

Notons le zeste d’ironie d’une journaliste allemande: “ne pensez vous pas que vous avez heurté les sentiments du peuple allemand après l’arrestation d’Ai Wei Wei, très apprécié chez nous”.

La veille Bob Dylan offrait son premier concert en Chine continentale, dont 20% des sièges étaient réservés aux  fonctionnaires du ministère de la Culture. D’après le Daily Telegraph, le chanteur s’était engagé à livrer son répertoire à l’avance aux autorités et signer une lettre promettant de “ne pas heurter le sentiment du peuple chinois”.

Jordan Pouille ©

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